Qui a tué le Flash informatique ?

mardi 3 décembre 2013, par Jacqueline DOUSSON

Non, ce n’est pas le Colonel Moutarde dans la cafétéria avec une canne anglaise. Les présumés coupables sont multiples, mais comme ils l’ont fait sans s’en rendre compte, on leur accordera des circonstances atténuantes.



No, it was not Colonel Mustard in the cafeteria with an English cane. They are many suspected culprits, but as they were not aware of what they were doing, they will be granted extenuating circumstances.

Premier coupable possible : l’âge de la retraite

Même si certains illuminés voudraient le repousser jusqu’à septante ans pour les hommes, septante-deux pour les femmes (normal, elles vivent plus longtemps !), tout le monde est d’accord pour admettre qu’il est justifié de changer d’air après toutes ces heures consacrées à une activité salariée, même si celle-ci était gratifiante, intéressante, etc. Donc bien évidemment, ce n’est pas notre départ, le mien suivi de celui d’Appoline, qui a pu provoquer l’arrêt définitif de cette revue ; le FI n’existait pas que pour ceux qui en avaient la charge, il avait su faire sa place dans les médias de veille technologique. C’était pour beaucoup de services informatiques un moyen de connaître les orientations de notre prestigieuse École, l’expérience des autres étant toujours très utile. Les lecteurs moins férus d’informatique, mais néanmoins curieux y trouvaient des articles, certes pas toujours écrits de façon professionnelle, mais présentant l’informatique de l’intérieur. Le FI aurait pu, même dû, évoluer avec d’autres acteurs aux commandes.

Deuxième éventualité : les méthodologies

Afin d’améliorer l’efficacité de leurs processus, les services informatiques modernes peuvent s’aider de méthodes qui ont déjà fait leurs preuves dans d’autres contextes ; c’est le choix pris par le DIT depuis plus d’un an (voir à ce sujet l’article de Michel Naguib dans le FI5/2013). Les bonnes pratiques conseillées ne laissent guère de place à un vecteur d’information comme le FI, on doit juste documenter les prestations, et loin de moi l’idée de dire que c’est facile, je connais les difficultés de cette tâche.

Troisième possibilité : la langue anglaise

Souvent reproché, le choix du français pour les articles du FI, avec quelques rares exceptions, pourrait s’avérer un plus. Nous l’avons souvent expérimenté en remarquant que des recherches en français sur Google, mettaient en bonne place les articles du FI, qui n’étaient pas noyés dans l’océan des articles techniques en anglais. À l’heure où il est sérieusement envisagé de développer des MOOCS (ou CLOMS : cours en ligne ouverts et massifs) en français, pour un public francophone longtemps négligé, dommage d’abandonner une revue technique en français, qui a su faire ses preuves et acquérir un lectorat.

Enfin quatrième candidat : la modernité

Tout le monde sait que le papier c’est ringard, dématérialisons donc et entrons dans le cloud ! Mais les journaux qui passent au numérique ne jettent pas tous le papier, en dehors sans doute des quotidiens. Quel que soit le média (matériel ou non), une revue a besoin d’une équipe, comité de rédaction, auteurs, etc. Supprimer aujourd’hui le FI c’est se passer de toute cette structure qui existe et qui a su perdurer. Le choix de notre confrère de l’UNIL il y a quelques années fut de passer au tout numérique, mais il a gardé des dates de parution, une équipe d’auteurs, un rédacteur, etc. C’est une piste qui n’a pas été suffisamment explorée pour le FI.

Coupable ou non coupable ?

En conclusion, bien sûr, pas de coupable à condamner, juste un contexte actuel qui n’est pas favorable à de telles initiatives. Il est sans doute plus facile de supprimer le FI que de le faire évoluer.

Ce n’est pas un hasard si le FI a duré 28 ans, ce quart de siècle a vu tant de changements fondamentaux qu’aucun futurologue n’a su les voir venir : l’arrivée du poste de travail individuel, le Web, les dispositifs mobiles, les réseaux sociaux, etc. C’est devenu plus que banal de dire que pendant ces années l’informatique a bouleversé nos vies professionnelles et privées, quels que soient l’âge, la géographie, le niveau d’éducation. Et le FI, avec toute la modestie de ses moyens, a tenté d’accompagner ces mutations et d’en faire sentir l’importance, souvent avant que les journaux standard ne s’en emparent. Il suffit de passer à travers les numéros spéciaux, cités par Appoline en page 38 de ce journal, pour se rendre compte à quel point le FI collait aux problématiques du moment. Et comme l’informatique est une chose trop sérieuse pour ne laisser que les informaticiens s’exprimer, nous avons profité de ces numéros spéciaux pour demander à des sociologues, philosophes, médecins d’apporter aussi leurs regards !

Voilà, une belle aventure se termine à laquelle j’ai eu la chance de participer. Souhaitons qu’ailleurs, naissent d’autres Flash informatique, issus d’écoles ou d’universités, en version papier ou électronique, qui nous amènent un regard indépendant sur le monde.

P.-S.

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Jacqueline DOUSSON

FI 7 du 3 décembre 2013

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