Lecture numérique ou le nouvel iPad

mardi 1er mai 2012, par Laurent KLING

Nouveau iPad, gadget ou évolution significative  ?



New iPad, gadget or new paradigm ?

Devant chaque évolution technologique, on peut s’attendre à deux réactions :

Si le progrès tient ses promesses, ces deux attitudes disparaissent avec le temps. Finalement, tout le monde passe aux nouveaux modèles en oubliant allègrement les réticences passées.
Au premier abord, le nouvel iPad ne se distingue pas de son prédécesseur, les changements semblent insignifiants. Dès que l’appareil est allumé, on reste béat devant la qualité de l’écran qui représente bien plus que la simple lecture des caractéristiques techniques. Cette transformation me rappelle quelques progrès sur lesquels je ne désire plus revenir :

La première imprimante LaserWriter possédait une résolution de 300 DPI (points par pouce), soit 12 points par millimètre. Avec 10 points par mm, l’écran du nouvel iPad en est très proche. D’un écran d’ordinateur, on passe à celle de la page imprimée. Tous les textes sont d’une lisibilité parfaite. Les autres liseuses numériques font pâle figure devant cette révolution. Le premier iPad devient flou face à une telle perfection. Je n’évoque même pas les appareils utilisant la technologie d’encre électronique dont le temps de réponse est rédhibitoire.
En 1984 devant le premier Macintosh, j’aurais pris comme extraterrestre toute personne qui m’aurait annoncé que dans le futur, je disposerais d’un engin portable, tactile, couleur avec une définition quatre fois supérieure et pesant moins que 1/10e de son poids.

premier Macintosh 1984 dernier iPad 2012
diagonale de l’écran 9 pouces 9.7 pouces
résolution 72 DPI 264 DPI
pixels 512 x 342 2048 x 1536
couleur noir/blanc couleur
poids 7484 g 662 g

La proportion conservée de 4/3 (1.33) est plus agréable à l’oeil, proche de celui d’une feuille A4 (√2 = 1.41). Le texte paraîtrait écrasé avec le format plus oblong de la télévision haute définition en 16/9 (1.77).


bureau Macintosh 128k sur le nouvel iPad

Vecteurs ou pixels

En 1963, époque où la majorité des programmeurs utilisaient encore des cartes perforées comme interface utilisateur, Ivan Suntherland élabore la première interface graphique pour sa thèse au MIT. En combinant un ordinateur de la taille d’une pièce avec un oscilloscope, il créa la première métaphore d’un logiciel de dessin, Sketchpad. Le faisceau électronique dessinait les vecteurs représentant lignes, textes et symboles. Il développa ainsi les principes toujours employés actuellement. La notion de coupure d’une fenêtre sur un espace infini est pratiquée par chacun de nous quand nous nous déplaçons dans une fenêtre informatique.


En 1963, la première interface graphique

Poursuivant cette logique de vecteurs, Tektronix développa le premier terminal graphique utilisable par tous, la série 4000. En 1983, le modèle le plus avancé, 4054, possédait une définition théorique de 4096 x 3125 points. Son seul défaut était la nécessité de rafraîchir régulièrement tout l’écran, car il n’était pas possible d’effacer un trait. À la même époque apparaissaient les premières cartes couleur de 1024 x 768 pixels. La différence de résolution était flagrante, 786’000 pixels comparés aux 12’800’000 points.

Quadrature du cercle

La division de l’écran en pixels pose un problème fondamental. Si vous essayez de dessiner un disque ou une ligne en remplissant un papier quadrillé, le résultat apparaît grossier. Pour éviter les escaliers, la méthode la plus simple d’un point de vue informatique et de tracer le cercle au double de sa taille puis de le réduire de moitié. Cette technique s’appelle anti crénelage (antialiasing) et tous nos appareils modernes l’utilisent maintenant.


Disque en noir et blanc, anticrénelé et doublement de la résolution

Un écran LCD est confronté exactement à ces problèmes, il utilise les mêmes solutions. Quand la résolution atteint des sommets, plus de 200 DPI, vos yeux n’aperçoivent plus les limites des carrés. Le texte apparaît plus net. C’est l’exploit réalisé avec cet objet contenant 2048 x 1536 pixels. L’agrandissement de la portion commune entre le bureau d’un Macintosh 128k avec une icône sur cette nouvelle tablette montre le progrès obtenu depuis 26 ans.


Bureau Macintosh 128k superposé avec une icône de l’iPad de 3ème génération

Couleurs photographiques

Il ne faut pas oublier que chaque pixel est composé de trois couleurs possédant chacune un transistor transparent. Avoisinant dix millions, le nombre de transistors devient totalement vertigineux. Le principal problème de leur taille microscopique est un effet de contagion, l’allumage d’un pixel entraîne l’allumage des pixels adjacents (crossover). La solution retenue est audacieuse, éloigner les connexions électriques des transistors avec une couche transparente de quelques microns. Supprimant le défaut, cela offre également une plus grande séparation des pixels donc une meilleure lisibilité.
Finalement, la colorimétrie est celle d’un moniteur couleur bien calibré. Combiné avec une dynamique de rendu quasiment parfait, le nouvel iPad offre une qualité très élevée aux photographes. Dans ce graphique, la courbe blanche représente l’espace de couleur perçue par un être humain, le triangle noir le résultat produit par un écran théorique (méthode additive, la somme des rouge, vert et bleu génère le blanc).


Espace colorimétrie IEC, Copyright© 1990-2012 by DisplayMate® Technologies Corporation.

Une autonomie conservée

Le quadruplement des pixels et la technologie 4G LTE engendrent naturellement une consommation accrue d’énergie. De plus, le processeur possède 4 GPU [Graphique Processeur Unit, unité de calcul graphique] offrant des performances remarquables. Pour éviter de se retrouver en panne sèche au milieu d’un vol transatlantique, Apple a quasiment doublé la batterie intégrée (de 25 à 42.5 W/h). À titre de comparaison, celle d’un iPhone 4S est de 5.3 W/h. Avec cet apport, le temps d’utilisation reste supérieur à 10 h, probablement plus si on n’emploie pas le réseau et qu’on ne regarde pas des vidéos. Si les appareils évoluent, certaines habitudes subsistent. Périodiquement j’entends des discussions sur la manière la plus efficace pour prolonger la durée de vie d’une batterie lithium-ion polymère :

Le site Apple explique ces principes ; et les bonnes habitudes.

Une dictée vocale qui joue à cache-cache

Une autre nouveauté qui peut passer inaperçue est la dictée vocale. Cette fonction n’est pas facile à activer, il faut procéder en trois étapes :

Ajouter un clavier français :
Réglages, Général, clavier, claviers internationaux, ajouter un clavier ;
activer le clavier français (France, pas le français canadien ni le suisse français).
Ensuite il faut personnaliser son aspect :
Cliquez sur la flèche,
Choisir une apparence visuelle QWERTZ
Finalement, il faut activer la dictée vocale.
Le résultat après ces manipulations ésotériques correspond à nos attentes, un clavier suisse avec la dictée vocale active. L’opération est réussie si un microphone apparaît à gauche de la barre d’espace en éditant un texte. N’oubliez pas de supprimer le clavier suisse français, car il est maintenant inutile !


clavier français au format QWERTZ

Pour l’allemand, il faut faire les mêmes opérations en choisissant le clavier allemand (Allemagne). Cerise sur le gâteau, si la connexion internet est absente, votre clavier virtuel s’est adapté en supprimant cette fonction.
Ensuite, on peut discuter directement devant son iPad. Cet article a d’abord été écrit, puis dicté sur cet appareil. La reconnaissance vocale n’est pas toujours exacte, cependant la capacité de sélectionner avec son doigt la partie défectueuse, puis énoncer le remplacement est parfaite. La durée d’enregistrement maximum est celle d’un paragraphe. La ponctuation est comprise, virgule, tiret, ouverture et fermeture des parenthèses et le point.

Un retour difficile

Quand je reviens sur mon iPad de la première génération, le changement est flagrant, les pixels apparaissent, et une certaine nostalgie me saisit. Je laisse avec regret à mon fils le dernier iPad qu’il a acheté en économisant sou après sou.

Documents joints


Laurent KLING

FI No 4 du 1er mai 2012

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