FLASH INFORMATIQUE FI



Ma radio, où, quand et comme je veux




Pascal BERNHEIM


Jeudi 2 juin, un mois après le lancement du premier podcasting de Couleur3, chaîne musicale de la Radio Suisse Romande, Pascal Bernheim accepte volontiers de répondre aux questions de la rédaction du FI.

Qu’est-ce le podcasting ?

C’est un néologisme qui vient du baladeur de Apple : iPod et du mot broadcasting ( en français, diffusion). Mais, bien sûr ce n’est pas limité aux seuls propriétaires de iPod, puisque ce sont des fichiers MP3 standard qui sont fournis. Les canadiens disent baladodiffusion.
En fait, c’est un mode de diffusion de fichiers sonores pour des abonnés qui téléchargent automatiquement sur leur ordinateur les émissions de radio qu’ils ont choisies. La diffusion en mode streaming de fichiers de type Real ou MediaPlayer, assurée par un serveur central, n’autorise pas (officiellement) la copie ou la sauvegarde des fichiers. Dans le cas du podcasting, le détenteur des émissions met volontairement à la disposition des auditeurs les fichiers de format MP3, qu’ils peuvent ensuite décharger sur leur iPod ou autre lecteur MP3. C’est la technologie RSS qui est utilisée pour que les auditeurs s’abonnent à un fil audio, comme ils peuvent s’abonner à un fil texte dans les sites Web qui le permettent.

En pratique comment cela se passe ?

Il faut installer sur votre ordinateur un logiciel de podcasting, par exemple iPodder, (gratuit et multi plates-formes). Ce logiciel permet de sélectionner les sources de fichiers audio auxquelles vous voulez vous abonner, par exemple Couleur3, le son du jour.

Est-ce automatique ?

Non, pas encore, ou tout du moins pas de manière évidente ; je le fais encore manuellement. Mais Apple vient d’annoncer la version Itunes 4.9 qui intègre le podcasting ; l’installation d’un logiciel de podcasting devient alors inutile.

Que trouvons-nous dans le son du jour ?

Ce sont uniquement des chroniques, dont on a retiré la musique pour des problèmes de droits d’auteur. Contrairement aux émissions diffusées en streaming qui peuvent comporter des morceaux musicaux, puisque l’auditeur ne peut officiellement que l’écouter depuis le serveur.

Quelles sont les autres émissions que vous prévoyez de podcaster ?

La RSR envisage d’étendre l’offre, probablement à partir de cet été, avec des émissions de la Première. Le choix doit se faire en tenant compte de la musique qu’il faudra supprimer. Certaines émissions sont conçues sans musique, la musique étant ajoutée par la suite ; dans ce cas il est possible de diffuser l’émission en podcasting. Mais c’est plus compliqué pour les émissions en direct, cela demande plus de travail ; la BBC, par exemple, enlève la musique dans les émissions qu’elle met à disposition.

Quid des droits d’auteur ?

La RSR est propriétaire de ses émissions, ce qui n’est pas le cas des chaînes françaises par exemple où les émissions appartiennent aux journalistes qui sont à l’antenne ou à un producteur, etc. et qui réclament des droits sur leurs produits mis à disposition sur Internet. Cela fait toute la différence.

Quelle évolution prévoyez-vous dans ce domaine ?

Nous serons tenus de nous adapter aux nouvelles possibilités qu’offre la technique. Aujourd’hui, il existe un logiciel de radio qui permet d’enregistrer le flux stream de 600 radios simultanément et qui est capable de reconnaître les tags indiquant les caractéristiques de morceaux scannés, titre du morceau, nom de l’interprète, etc. ; avec ces outils, il devient facile à tout un chacun de se faire sa propre radio en une nuit.
Les distributeurs de disques doivent en être conscients et doivent réfléchir à une stratégie autre que la répression qui n’est certainement pas la meilleure solution.

Apple avec iTunes n’a-t-il pas trouvé la solution à ce problème ?

En partie seulement, un morceau acheté sur iTunes ne peut être écouté que sur un seul iPod ; avec d’autres systèmes, par exemple Sony, on ne peut écouter que sur un seul type de baladeur numérique. La solution devrait se trouver entre iTunes et Kazaa.
Si on sort un peu du domaine podcasting, parlons de ce que nous essayons de faire avec notre opération Couleur MP3 avec un partenaire qui s’appelle MadeinMusic.com. Cela pourrait être un modèle à suivre. Il s’agit d’un espace où les artistes qui sont volontaires pour participer à l’opération déposent leur musique ; la RSR achète la musique et la revend ou l’offre à ses auditeurs. Dans tous les cas, l’artiste touche 50% et les autres 50% sont répartis entre les droits d’auteur, le label qui promeut l’artiste et MadeinMusic.com. Ce qui est différent dans cette opération, c’est qu’une fois téléchargé, le fichier n’est plus protégé.
La RSR fera une action pour la fête de la musique en offrant des cartes avec des téléchargements gratuits pour les auditeurs, mais elle paiera les droits d’auteur aux artistes. Les avantages sont évidents, l’artiste touche par cette méthode 50% du prix de vente alors que dans le domaine du disque, il ne touche pas plus de 10% et cela ne freinera pas la vente du disque que l’on continuera à acheter ne serait-ce que pour l’offrir. Pour la petite histoire, il y a un groupe qui appuie sa campagne publicitaire sur le fait d’être le groupe le plus piraté sur Kazaa.

Et pour le choix des émissions à diffuser en podcasting

Comme je vous le disais lorsqu’il n’y a pas de musique, tout est facile, nous n’avons pas de problème. Mais nous aimerions diffuser par exemple des chroniques d’Option Musique ; elles sont liées à une chanson, comment faire pour les diffuser sans la chanson ?... Nous y réfléchissons...

Côté format ?

Le fichier que nous mettons à disposition, c’est du MP3 ; la compression est automatisée. Après le choix éditorial, la chronique choisie est compressée, puis archivée ; au bout de 4 semaines, c’est fini, on ne peut plus accéder aux fichiers.

Pourquoi Couleur3 s’est-elle lancée dans le podcasting ?

Tout d’abord parce que c’est dans l’air du temps. Certains sociologues pensent que dans 15 ans, il n’y aura plus de radios musicales, d’autres dans 5 ans parce que les auditeurs se feront leurs radios musicales eux-mêmes.
Nous sommes un service public, nous nous devons d’être attentifs aux technologies émergentes. Si le public va dans une direction et nous dans une autre, nous allons nous couper du public, il faut suivre les tendances. Le public qui fait du podcasting est encore marginal aujourd’hui, mais nous devons être là. En plus, la technologie est simple, alors à peu de frais nous arrivons à être présents.

Côté réalisation technique ?

Le son du jour à écouter et Le son du jour à télécharger sont identiques. Nous avons un serveur real pour le son à écouter et un serveur MP3 pour le son à télécharger. Nous moulinons deux fois le fichier choisi, cela ne représente pas de difficulté technique.

Et la publicité ?

Nous mettons parfois des promos dans Le son du jour, toujours avec une signature Couleur3 ; ce sont principalement des éléments sonores sur un gros évènement. Nous évitons d’être invasifs. Le spam serait une erreur et nous éloignerait des abonnés. Pour le moment, les radios commerciales ne veulent pas entrer dans ce créneau parce que l’audimat n’est pas mesurable. On ne mesure que le nombre de téléchargements, mais on ne sait pas mesurer si le téléchargement a été suivi d’une écoute ou non.

Quelle place pour les radios service public sans publicité ?

Quand on voit le taux d’écoute de Le Mouv’ qui fait en Valais 10% de part de marché alors qu’il ne sont que sur les ondes moyennes, cela en dit long...

Avez-vous des statistiques ?

Nous sommes à 5000 chargements pas semaine, soit 20000 par mois. La BBC a commencé en octobre et a totalisé sur son premier podcast 240 000 téléchargements pour les 6 premiers mois entre octobre et mars ; la RSR soutient la comparaison, nous sommes loin d’être ridicules. Aujourd’hui la BBC a 20 émissions en podcast ; elle a débuté par un test ardu : un podcast de 53 minutes sur une émission historique sans musique pour voir si cela marchait et le test était très concluant.

Quel est le public type ?

Pour le moment, ce sont plutôt des jeunes qui s’intéressent au podcasting.
Pour le streaming, au début on pensait toucher surtout les jeunes, et en fait on touche toutes les catégories socio-professionnelles, tous les âges. Mais c’est dommage que le taux d’écoute ne soit pas mesurable. D’un côté, c’est de la mesure d’audience et de l’autre c’est de la statistique. Nous avons des statistiques, mais nous ne pouvons pas comparer ; nous savons seulement quelles sont les tendances. Nous savons par exemple que ce sont les adresses de wanadoo.fr qui nous écoutent le plus en streaming live. Pour la 1ère, la proportion est en train de s’inverser ; avant 70 % des auditeurs étaient en Suisse et maintenant ils ne sont plus que 50% et cette tendance continue.

Qu’est-ce que la mesure d’audience pour une radio classique ?

Ce sont des personnes qui portent une montre qui enregistre dix secondes toutes les minutes ce que le porteur écoute, ensuite l’échantillon est envoyé à un serveur qui traite ces données pour nous indiquer ce que ces cobayes écoutent à la minute près. Ces statistiques ne fonctionnent pas avec les émissions diffusées en podcasting ou en streaming.

Comment vous êtes-vous fait connaître ?

Pour le podcasting les auditeurs ont appris son existence par l’antenne. La presse aussi en a parlé, comme le journal Le Temps qui faisait un article sur le sujet deux jours avant notre premier podcast.

Qui fait du podcasting ?

En France ce sont les radios associatives ou des personnes seules chez elles. En fait le podcasting c’est un blog audio. Par exemple, le podcasteur est un journaliste sans emploi qui fait seul ses émissions et qui a un certain succès.

L’avenir ?

Aujourd’hui, nous fêtons notre premier mois et nous allons faire un bilan avant d’étendre l’offre aux autres chaînes de la RSR, la 1ère, Espace 2 et Option Musique. Option Musique est le plus problématique à cause de la musique. Nous ne sélectionnerons probablement que des parcelles d’émission et avant leur diffusion pour les avoir exemptes de musique. Pour la diffusion en direct le problème sera plus difficile à régler toujours à cause des plages musicales.

Un mot sur la radio de demain ?

La consommation de la radio est en train de changer. Il y a le DAB (Digital Audio broadcasting) qui arrive ; quand il y aura de vrais bouquets en Suisse, la 1ère n’aura plus que 40% de parts de marché. Quand il y aura une centaine de chaînes de radio en Suisse romande, il va falloir partager le gâteau. La technologie apporte de plus en plus de possibilités et le public réclame toujours plus de nouveaux programmes ; avant la qualité, c’est la nouveauté qui attire.
En Angleterre tant qu’il n’y avait pas de nouveaux programmes, le DAB ne décollait pas. La BBC avait 4 chaînes sur 5 et détenait 70% de parts de marché. Aujourd’hui avec ses 40 chaînes sur 400, la BBC détient 30% de parts de marché. Le concurrent direct de la BBC possède 90 chaînes. Contrairement au podcasting où l’on peut faire sa radio dans sa cuisine, avec le DAB, pas de place pour les bricoleurs, seuls les grands groupes pourront survivre.

autres liens



Cherchez ...

- dans tous les Flash informatique
(entre 1986 et 2001: seulement sur les titres et auteurs)
- par mot-clé

Avertissement

Cette page est un article d'une publication de l'EPFL.
Le contenu et certains liens ne sont peut-être plus d'actualité.

Responsabilité

Les articles n'engagent que leurs auteurs, sauf ceux qui concernent de façon évidente des prestations officielles (sous la responsabilité du DIT ou d'autres entités). Toute reproduction, même partielle, n'est autorisée qu'avec l'accord de la rédaction et des auteurs.


Archives sur clé USB

Le Flash informatique ne paraîtra plus. Le dernier numéro est daté de décembre 2013.

Taguage des articles

Depuis 2010, pour aider le lecteur, les articles sont taggués:
  •   tout public
    que vous soyiez utilisateur occasionnel du PC familial, ou bien simplement propriétaire d'un iPhone, lisez l'article marqué tout public, vous y apprendrez plein de choses qui vous permettront de mieux appréhender ces technologies qui envahissent votre quotidien
  •   public averti
    l'article parle de concepts techniques, mais à la portée de toute personne intéressée par les dessous des nouvelles technologies
  •   expert
    le sujet abordé n'intéresse que peu de lecteurs, mais ceux-là seront ravis d'approfondir un thème, d'en savoir plus sur un nouveau langage.