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Les blogs : au delà du phénomène de mode




Stephanie BOOTH


En contrepoint aux articles parfois alarmistes, parfois simplement utiles, qui mettent en avant les dangers liés aux blogs, voici une approche du phénomène blog qui cherche à clarifier tout ce qu’ils ont à apporter de positif, aussi bien à la société qu’à l’individu.

Au-delà des clichés

Cette première moitié d’année 2005 a vu paraître plusieurs articles sur les blogs dans la presse romande. Le plus souvent, ceux-ci ont mis en avant les dérives possibles et les risques encourus par les propriétaires - des adolescents pour la plupart - de ces sites Internet.
Les blogs sont appelés à jouer un rôle bien trop important dans les années à venir pour que l’on se contente de les étiqueter nouvelle mode adolescente potentiellement dangereuse. Ce cliché semble malheureusement déjà bien ancré dans les esprits du grand public, et il est réducteur à plus d’un titre.
Premièrement, tous les blogueurs ne sont pas des adolescents, même si les blogs (ou pour être précis, une certaine variété de ceux-ci, mise à disposition par la radio Skyrock) connaissent un grand succès auprès de ces derniers.
Deuxièmement, les blogs sont un outil, que l’on peut utiliser à bon ou à mauvais escient. Certains blogueurs se mettent dans des situations délicates, quelques-uns s’attirent de véritables ennuis, mais la plupart des blogueurs font leur bonhomme de chemin sans soucis majeurs.
Enfin, les blogs sont en train de transformer le monde dans lequel nous vivons, et la façon dont nous tissons des liens avec autrui. Certes, il y a un effet de nouveauté pour le grand public et certains utilisateurs, qui peut donner une impression de mode. Mais le blog, de par sa grande simplicité d’utilisation, n’est finalement qu’une concrétisation de la promesse d’Internet : le pouvoir de la parole publique à la portée de chacun ; la démocratisation de l’expression. Mode, ou changement profond de notre société ? Ce qui suit vous permettra peut-être d’en juger.
Plutôt que de proposer encore une analyse des dangers des blogs et de leur utilisation en guise de journal intime ou album photo par les adolescents, voici plutôt un tour d’horizon du rôle constructif que jouent les blogs, aussi bien pour la société que pour l’individu.

C’est quoi un blog ?

Un blog (diminutif de weblog) c’est une sorte de site Internet, dont le contenu est organisé selon une logique chronologique, un peu comme un journal de bord. De plus, le blog est la plupart du temps géré automatiquement par une application Web qui rend l’ajout de contenu (ou sa modification) très facile - aussi facile qu’envoyer un e-mail avec Hotmail : il suffit de remplir un formulaire en ligne avec son texte et d’appuyer sur un bouton publier.
En général, les lecteurs d’un blog ont la possibilité de réagir à chaque article qui s’y trouve en laissant un commentaire, qui sera ensuite visible pour les lecteurs suivants. Des liens se tissent ainsi entre le blogueur et son lectorat, ajoutant une dimension sociale importante à une pratique qui semble au premier abord n’être que de l’écriture.
Un blog est donc principalement une forme de site, accompagné d’une dynamique communautaire entre un auteur, des lecteurs (souvent auteurs également) et d’autres auteurs. Son contenu peut être graphique, textuel, et même audio ou vidéo ; il peut porter sur un sujet bien précis (technique, politique, sportif, culturel...) ou bien être un collage des différents intérêts du blogueur, changeant au gré du vent ; il peut être un journal de voyage, un journal intime (!), une collection de critiques de sites, de films, ou de livres ; des opinions de l’auteur ou des comptes-rendus factuels. La liste pourrait être encore bien longue, car il n’y a pas de règles régissant le contenu d’un blog.
Un blog, c’est un format de site dont le contenu est libre, accompagné d’une simplicité de publication qui le met à la portée de tout internaute.


Les blogs touchent la société

Ni les médias, ni les politiciens, ni les entreprises ne peuvent plus ignorer les blogs. Ceux-ci les égratignent parfois et les poussent à se remettre en question, avant de réaliser quel parti ils peuvent tirer de ce nouvel outil. Voici quelques exemples pour en mesurer la portée.

Blogs et médias

Blogs et journalisme sont souvent mis soit en opposition, soit en parallèle. Si cette mise en relation en des termes aussi simplistes n’est plus vraiment défendable, il n’en demeure pas moins que les blogs ont un rôle à jouer par rapport à la presse, que ce soit en servant de matière première ou de commentaire à celle-ci. Les blogs sont souvent une source de témoignages de première main lors d’événements importants ; le tsunami de décembre en est un exemple frappant. On y trouve des récits et des photos publiés par des blogueurs de la région touchée, indigènes ou de passage, bien avant que les équipes de reporters soient arrivées sur place.
Certains émettent des doutes quant à la crédibilité de telles sources. C’est oublier que la presse elle-même n’est pas infaillible ni objective. Les blogs contribuent d’ailleurs à le rappeler, puisqu’ils permettent commentaire et critique des informations que véhiculent les médias. Ils se montrent en cela bien plus puissants pour mettre au grand jour intox ou inexactitudes que le courrier des lecteurs ou un simple droit de réponse.
Un exemple célèbre est celui des documents Killian, présentés par Dan Rather de la chaîne de télévision CBS. Ces documents, qui se sont par la suite avérés être des faux, donnaient une image peu flatteuse des performances du président Bush dans sa jeunesse à l’armée. Ce sont les blogueurs qui ont publiquement mis en doute l’authenticité des documents les premiers, déjà dans les heures suivant la diffusion de l’émission.
De façon moins spectaculaire, mais plus fréquemment, les blogueurs qui trouvent dans la presse des articles traitant d’un sujet qu’ils maîtrisent n’hésitent pas à apporter leur grain de sel ou à corriger les inexactitudes qu’ils repèrent. S’ils incluent dans leur commentaire un lien vers l’article original, on peut retrouver à partir de celui-ci tous les billets qui le commentent, en s’aidant d’un moteur de recherche spécialisé dans les blogs comme Technorati, ou même simplement avec Google.
Les blogs sont également une source de matière première pour les médias. Les témoins d’événements publient souvent comptes-rendus, photos, voire vidéos sur leur blog, dont peuvent se servir les journalistes. Inutile de courir après les interviews, tout est déjà en ligne !
Lors des attentats du 11 septembre 2001 , on a pu lire les témoignages de personnes résidant dans les environs. Le blogueur devient ainsi dans une certaine mesure un petit reporter de l’actualité dont il est témoin.
La blogosphère ne remplace pas la presse traditionnelle, qui fait entre autres un travail de synthèse et d’analyse qui est absent des témoignages bruts, mais elle présente un regard plus personnel et immédiat sur divers événements. On utilise l’expression journalisme citoyen pour faire référence à ce rôle actif des personnes ordinaires dans la diffusion de l’information. De plus en plus, le public se tourne vers les blogs ou des sites collaboratifs, comme wikipedia ou wikinews, lors d’événements comme les attentats de Londres du 7 juillet, à la recherche d’informations qui ne sont peut-être pas encore dans la presse, ou simplement pour écouter l’histoire de ceux qui y étaient.

kit de découverte

Pour faire son blog

Comparatif de plates-formes gratuites (en anglais) :

Pour suivre l’actualité des blogs

Femmes et technologie (en anglais)

Quelques blogs en français

En anglais

Femmes polyglottes

Photologs

Pour explorer plus


Politique

Les blogs jouent un rôle de plus en plus important en politique. Les hommes politiques ouvrent leur blog, ce qui leur permet un contact plus direct avec le public (un bain de foule virtuel). Aux États-Unis, Howard Dean (candidat aux primaires 2004) a utilisé très efficacement les blogs pour mener sa campagne et récolter des fonds. Il avait d’une part un blog de campagne, alimenté par plusieurs personnes, dont lui-même, et d’autre part une liste de ressources pour encourager ceux qui le soutenaient à ouvrir leur propre blog, afin de mener campagne sur Internet. Plus proche de nous, en France, l’ex-ministre Dominique Strauss-Kahn possède un blog qu’il met à jour plusieurs fois par mois, et dont les billets suscitent des discussions constructives. Un homme politique sans blog sera bientôt une chose impensable.
Le blog est aussi un outil politique pour le simple citoyen, comme le démontre MonPuteaux.com, la page d’un Putéolien qui a décidé de l’ouvrir. Christophe Grébert, habitant de Puteaux, jette un regard critique sur la politique de sa ville. On apprend sur son blog que le maire de Puteaux, après 35 ans à la tête de la commune, vient de remettre les clés de celle-ci à sa fille. Mairie héréditaire ? Outre la gestion discutable des finances de la commune (copinage et conflits d’intérêts), l’opposition politique quasi inexistante au sein du conseil municipal, Christophe dénonce encore sur son blog pressions, menaces, et tentatives d’intimidation. Le blog MonPuteaux.com, qui a été d’ailleurs sélectionné par Reporters sans frontières ? parmi les 60 meilleurs blogs défendant la liberté d’expression, vaut en effet à son auteur un certain nombre d’ennuis avec les dirigeants de sa commune, y compris un procès, dont on a pu entendre parler dans la presse nationale, et même internationale.
Plus loin de nous, les citoyens vivant sous des régimes totalitaires n’ont parfois qu’Internet et les blogs pour se faire entendre. En Iran, de nombreux blogueurs, journalistes parfois, mais pas nécessairement, utilisent leur blog pour dénoncer les excès du régime. Les représailles dont ils sont victimes (prison voire pire) confirment l’efficacité de cette forme d’expression qui ne demande finalement que peu de moyens pour être exploitée .

Entreprises (ou institutions)

Le monde de l’entreprise et des prestataires de services est également touché par les blogs. A l’interne, tout d’abord, on peut utiliser les blogs pour améliorer la communication au sein de l’entreprise, entre les individus et les différents départements. Par opposition à l’e-mail, qui est une technologie dite push (l’auteur de la communication doit décider à qui l’envoyer, et par conséquent, qui elle pourrait intéresser), les blogs sont une technologie pull ? : l’information est mise à la disposition de tous, et ceux qui s’y intéressent vont la consulter.
Un outil appelé agrégateur RSS ou lecteur de news permet de s’abonner aux weblogs que l’on désire surveiller, afin d’être automatiquement prévenu des mises à jour. Un chef de projet pourrait ainsi s’abonner au blog de son équipe, à celui des communications officielles de l’entreprise, aux blogs de projets ayant une connexion avec le sien, et enfin à quelques blogs de collègues ou départements dont il a besoin de suivre le travail. Il publierait sur le blog consacré à son projet, avec l’aide de son équipe, des nouvelles et des communications concernant l’avancement de celui-ci, des réflexions sur les problèmes rencontrés, ou encore des appels à suggestions.
Cette façon d’utiliser les blogs présuppose une certaine culture de la transparence - ce qui est probablement la raison pour laquelle cet outil est encore utilisé assez timidement.
Le blog a également son utilité dans les relations avec la clientèle, comme outil de marketing et de communication. Un exemple intéressant d’une telle utilisation du blog est celui de Vichy (L’Oréal). Afin de promouvoir le lancement d’un nouveau produit, Vichy a ouvert Le journal de ma peau, une sorte de blog tenu par Claire, un personnage fictif que les blogueurs-lecteurs n’ont pas tardé à percer à jour. Dans les heures et jours qui ont suivi le lancement, Vichy a été très vertement critiquée par la blogosphère. L’entreprise a rapidement remis en question sa démarche, ouvrant un véritable blog où de vraies clientes racontaient leurs expériences avec le produit, et qui a été un succès. On voit que Vichy a su aussi bien écouter sa clientèle que lui parler via le canal des blogs.
Une autre façon d’utiliser les blogs, pour une entreprise ou un prestataire de services, consiste à faire bloguer (ou laisser bloguer !) les personnes qui en font partie. Ainsi, de nombreux employés Microsoft (dont certains cadres supérieurs comme Robert Scoble) tiennent un blog. Ces blogs contribuent à donner une figure humaine à l’entreprise et sont en général perçus très positivement. Cela exige bien entendu une politique claire de la part de l’entreprise concernant les blogs : les employés ont-ils le droit de bloguer, peuvent-ils parler de leur travail sur leur blog, et que doivent-ils garder confidentiel ?
Du côté des institutions, on trouve par exemple le blog de Mario Asselin, directeur de l’Institut St-Joseph, une école privée québecoise. Depuis plusieurs années, il partage sur son blog la vie de son école, ses idées sur l’éducation, et les expériences éducatives faites avec Internet. L’école gagne en visibilité, et le directeur en humanité.

Et la recherche ?

Le Web fut créé pour permettre un partage global de l’information, dans un contexte de recherche scientifique. Il est dès lors logique que les blogs aient un rôle à jouer dans le monde académique , qui demeure le lieu par excellence du savoir et de son partage. L’EPFL l’a bien compris, et offre depuis 2004 des blogs à son personnel et à ses étudiants. Malheureusement, la plate-forme en place est un peu primitive, et il y a fort à parier que les chercheurs-blogueurs sérieux choisissent d’héberger leur blog ailleurs.
Le chercheur qui publie l’avancement de ses travaux sur le Web augmente ses chances de rentrer en contact avec d’autres scientifiques travaillant dans le même domaine. Comme pour toute activité mettant en jeu une communauté, la publication sur Internet au travers d’un outil comme le blog favorise la communication, les interactions, les échanges.
Les mots publiés sont archivés et datés au vu et au su de tous ceux qui y ont accès. Lorsque les sujets abordés sont trop sensibles, un certain degré de discrétion peut être obtenu à travers les réglages de l’outil de blogging utilisé. Dans un monde où il est important de documenter ce que l’on fait, et de donner crédit à ceux qui le méritent, le blog permet également de garder une trace de l’histoire qui est en train de se faire .

Transparence et honnêteté

De façon très générale, les blogs poussent les institutions vers une certaine forme de transparence et d’honnêteté. Ils donnent au public, aux clients, ou encore aux électeurs le moyen de se faire entendre - quand ils sont mécontents, mais également quand ils sont satisfaits, comme l’a montré l’histoire du faux-blog-devenu-vrai de Vichy.
L’âge du courrier des lecteurs ou de la lettre à la direction est en passe d’être révolu : on s’adresse maintenant directement à tous via son blog, avec garantie de publication et absence de censure. Les blogs sont réactifs : si une nouvelle mérite diffusion, elle le sera dans des délais parfois terriblement brefs.
L’entreprise qui roule ses clients, le politicien qui ne tient pas ses promesses et le journaliste qui falsifie ses sources courent le risque de voir leurs pratiques exposées sur la place publique, de façon beaucoup plus dramatique qu’auparavant .

Blogs à risque

Écrire en public présente des risques. Ce qui était auparavant réservé à des professionnels formés à cet exercice est maintenant à la portée de tous.

  • Le blogueur débutant ne maîtrise pas la parole publique. Qu’est-ce qu’on dit en public et comment ? Que vaut-il mieux garder pour soi ? Quel sera l’impact de ses mots ? Est-on prêt pour les conséquences ?
  • Il surestime souvent la protection offerte par l’anonymat ou la discrétion dont il entoure son blog. Même si on ne divulgue pas son nom sur son blog, une connaissance peut le lire par hasard et faire des rapprochements. De nombreux blogueurs anonymes apprennent après-coup que leurs proches avaient en fait découvert leur blog et le lisaient sans le leur dire.
  • Le blogueur imprudent peut s’attirer des ennuis avec son employeur, ses proches, les autorités scolaires, et bien entendu les autorités en général (diffamation, insultes et injures, divulgation d’informations confidentielles ou sensibles, atteinte à la personne par la publication de photos prises sans le consentement de l’intéressé...).
  • Les conséquences peuvent être lourdes : perte de travail, con ?its avec les proches, ennuis dans le cadre scolaire, plaintes pénales...
    Pour bloguer sans souci, il faut le faire de façon responsable. Une ligne de conduite prudente est la suivante :
  • utiliser son vrai nom sur son blog (cela évite bien des tentations) ; si l’on utilise un pseudonyme, s’assurer que c’est pour créer une barrière entre son identité et des inconnus, et non pas pour dissocier ses écrits de son identité pour les gens qui pourraient nous connaître ;
  • n’écrire que ce que l’on serait d’accord de voir lu par chacun (y compris les personnes concernées, son patron, sa grand-mère) ;
  • en cas de doute, s’abstenir ou vérifier auprès des personnes concernées.

Les blogs touchent l’individu

Les blogs n’ont en général pas, pris inviduellement, le genre d’impact dont il a été question plus haut. Il existe bien entendu des exceptions, des blogs à forte audience et grande influence, mais la plupart des blogs n’intéressent qu’un tout petit lectorat et ne font jamais é eux seuls la une des journaux.
L’apport des blogs à la société serait-il donc limité à celui de quelques blogs célèbres qui font le phénomène blog, alors que les autres, les blogs normaux, seraient condamnés à croupir dans l’anonymat de la contemplation informatique de leur nombril ? En rester là reviendrait à négliger l’importance capitale des microcommunautés, passant à côté d’une grande partie de ce qui fait l’attrait du blog pour la plupart des gens.
Pour l’individu, le blog a le potentiel pour devenir le cœur d’un réseau social internautique, en plus d’être un loisir ou une distraction agréable. Sur son blog, on se raconte, on raconte sa vie, ou on raconte ses intérêts. Les personnes qui vont graviter autour d’un blog sont celles qui y sont passées un jour, et qui ont aimé ce qu’elles y ont lu, ou ce qu’elles ont entrevu du blogueur. La contingence première présidant à une rencontre est donc celle des intérêts communs, plutôt que la proximité géographique.
Si Paul a une passion pour les courses d’escargot à coquille rayée et qu’il y consacre son blog, il y a bien des chances pour que quelques autres personnes partageant sa passion, disséminées aux quatre coins de la planète, le trouvent un jour ou l’autre grâce à sa présence sur le Web. Ainsi se formera une petite communauté d’entraîneurs d’escargots, qui s’enrichiront mutuellement et se rencontreront peut-être même un jour. En se promenant dans sa ville et en parlant avec ses amis, quelles auraient été les chances de Paul de rencontrer d’autres passionnés ? Sur un registre moins anecdotique, il existe de réelles communautés de blogs-cuisine, blogs-tricot ou encore BD-blogs.
Le blog de Julie n’a peut-être que dix lecteurs réguliers, mais il est bien possible que pour ces dix personnes, ce qu’écrit Julie est véritablement captivant. Il y a certainement également une forme de contact ou d’interaction entre Julie et ses lecteurs, par le biais des commentaires du blog ou par e-mail, qui lui apporte la reconnaissance qu’elle désire. Julie préfère peut-être dix lecteurs fidèles que ses écrits interpellent profondément, plutôt qu’un millier de lecteurs anonymes et sans voix, qui passent presque sans s’arrêter, au détour d’une recherche sur Google.
Les blogs d’adolescents n’ont pour la plupart pas beaucoup de lecteurs, mais ce sont des lecteurs qui comptent : la bande des copains, les amis éloignés avec qui on veut garder contact. Les lecteurs sont souvent aussi les auteurs de leur propre blog, que l’on visite aussi, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance à la tribu.
Le blog est également un moyen de rester en contact avec des amis éloignés, ou de donner des nouvelles lorsque l’on est en voyage. De plus en plus de personnes ont des blogs qui restent protégés par un mot de passe, pour y partager avec leurs proches un quotidien qu’ils ne désirent pas forcément présenter au monde entier.
Ce qui importe dans le blogging, bien plus que le nombre de lecteurs, c’est la relation forte de ceux-ci avec le blog, l’auteur du blog, et la communauté lecteurs-auteur(s).

Adolescents

Les adolescents aiment les blogs, et plus particulièrement les Skyblogs, qu’ils utilisent volontiers pour mettre en ligne les photos qu’ils prennent avec leurs téléphones portables. Le nombre d’adolescents-blogueurs est très important, et c’est une population fragile.
Ils sont assez insouciants des conséquences de leurs publications en ligne (journal intime, insultes envers des enseignants, comptes-rendus d’activités illégales...) et les adultes qui les entourent (parents, enseignants) ne sont souvent pas assez familiarisés avec Internet pour les soutenir efficacement dans leurs explorations. On considère encore beaucoup trop Internet comme une grande bibliothèque, alors qu’en fait, c’est un lieu social où l’on fait des rencontres, et un centre de publication et de distribution d’écrits, de photos, et de vidéos.
Il est urgent d’éduquer les adolescents à la publication Internet responsable et sans risques. Durant les mois de janvier et février 2005, pas moins d’une dizaine de lycéens français ont été exclus de leur école pour des incidents impliquant des blogs - et les adolescents suisses bloguent tout autant que leurs camarades français.


Blogs de passage ou pour de bon ?

Il aurait été possible de parler des différences, similitudes et synergies entre les blogs et les autres outils de communication Internet : wikis, forums, IRC, newsletters. Il aurait été possible de s’attarder sur les différents types de blogs, ou encore de s’intéresser aux blogs collectifs. La technologie liée aux blogs est également riche : trackbacks, tags, commentaires, RSS, les moteurs de recherche et les outils de blogging eux-mêmes. Une analyse psychologique des motivations (besoin de reconnaissance, expression artistique, isolement) qui poussent le blogueur à s’exprimer sur Internet aurait aussi été intéressante. Le domaine des blogs est vaste et passionnant, mais en fin de compte, le phénomène se résume à peu de chose (on reconnaît les promesses d’Internet que je mentionne plus haut) :

  • mettre à disposition d’autrui une connaissance que l’on a ou quelque chose que l’on a créé ;
  • entrer en relation avec autrui ;
  • la possibilité pour chacun de faire ceci facilement. Avec des enjeux tellement fondamentaux, il n’y a pas à s’étonner que les blogs aient autant de succès, et trouvent des utilisations aussi diverses. Il n’y aura ainsi pas lieu de s’étonner non plus de la persistance des blogs, qui loin d’être une mode passagère, sont en train de s’installer durablement dans la société et les vies de chacun.


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