FLASH INFORMATIQUE FI

1993 - 2003


Les 10 ans de Mosaic... et du serveur Web de l’EPFL




Jacqueline DOUSSON


Le 23 avril 1993, la version 1.0 de Mosaic, premier navigateur Web à rencontrer un succès mondial, était officiellement distribuée par le NCSA, (National Center for Supercomputing Applications de l’Université de l’Illinois). Mosaic a rendu célèbre dans le monde entier le NCSA, comme le Web avait fait connaître quelques mois plus tôt le CERN dans un domaine très différent que celui de la physique des particules. Ces quelques10 années qui ont bouleversé nos relations avec l’informatique méritent qu’on y revienne.

Les premiers navigateurs

Mosaic ne fut pas le premier navigateur Web mais c’est sans aucun doute, lui qui a permis l’extraordinaire diffusion du Web, depuis les milieux universitaires jusqu’au grand public en passant par toute l’économie et le phénomène .com que l’on connaît bien, avec ses espérances et ses déceptions ! Sans Marc Andressen, le monde ne serait pas tout à fait pareil aujourd’hui.

Avant Marc Andressen et son équipe du NCSA, il y eut le premier navigateur développé en 1991 au CERN sur NeXT par Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web. Il fut suivi de près, dès que Tim eut mis à disposition des internautes libwww, code fondateur des serveurs Web, par d’autres développements. Parmi eux, le navigateur Lynx, en mode ligne, qui a connu ses heures de gloire et d’autres construits sur X Window, par exemple Viola. En mai 1993, Viola possédait déjà des boutons de navigation et pouvait afficher des images et des tableaux, mais son installation était réservée à une population éclairée de développeurs UNIX. Pei Wei, le développeur de Viola, dut bientôt baisser les bras devant la déferlante Mosaic.

La découverte de l’Amérique

En mai 1991, il n’y a qu’une poignée de serveurs Web, la plupart dans les laboratoires de physique, et tous de ce côté-ci de l’Atlantique !

Cinq cents ans après Christophe, l’Amérique découvre le Web ; le premier serveur Web des Etats-Unis est démarré au SLAC (Stanford Linear Accelerator Center) par un physicien que le produit, développé par Tim Berners-Lee, a impressionné lors d’une visite au CERN. L’année 92 vit se répandre tranquillement le phénomène Web d’universités en centres de recherche, de part le monde, au hasard des rencontres, alors que Tim et Robert Cailliau, son partenaire dans l’aventure Web, se battent, sans grand résultat, avec leur hiérarchie pour obtenir les moyens de développer ce projet dont ils pressentent le potentiel. Et pendant ce temps, l’équipe du NCSA, dont les qualités de développement étaient déjà connues de la communauté informatique (par des produits comme NCSAtelnet entre autres) travaillent sur des outils de morphing pour Terminator2 (eh oui, Schwarzenegger sévissait déjà à l’époque !). Parmi eux, Marc Andreesen, un jeune boursier de 23 ans, spécialiste d’interfaces graphiques, découvre le phénomène www, en novembre, et décide d’écrire un navigateur pour les plates-formes Unix. Tim est enthousiaste de cette nouvelle étape et inclura dans libwww dès janvier 93 une version alpha 0.5 de XMosaic. Le portage sur Mac et Windows se fait très rapidement et en avril la version 1.0 est disponible, qui rencontre un succès immédiat grâce notamment à sa facilité d’installation et d’utilisation qui en font un outil accessible à tous. Un an plus tard, plus d’un million de Mosaic avaient été déchargés depuis le site du NCSA. Ce sont les simplicités de Mosaic et des protocoles www qui ont permis l’explosion du Web : le nombre de serveurs Web recensés passe de 130 en juin 1993 à 1200 en mars 1994 !

Développement du Web à l’EPFL

A l’EPFL, le premier serveur Web (info.epfl.ch) a été créé dès 1993 par le Service informatique central, voir à ce sujet la copie d’écran que Claude Lecommandeur a retrouvé dans ses archives (papier) du serveur Web de juillet 93 : elle ne manque pas d’intérêt, notamment le texte prévenant l’internaute que ce serveur ne contient à peu près aucune information... et le lien vers la liste (exhaustive ?) des serveurs W3 du monde, tenue à jour par le CERN.

juillet 1993

Quelques mois plus tard, le SIC impliquait le Service de presse pour une réflexion sur le contenu. Le Flash informatique, toujours vigilant, annonce dans son numéro de février 94 : Mosaic vers une nouvelle culture ? Vous avouerez, qu’il ne se trompait pas ! Sur la gauche de la figure qui illustrait l’article, on devine la home page de l’époque, le logo placé à droite (on ne pouvait pas encore centrer une image), et 3 liens (vers le Service informatique et vers les départements d’informatique et de mathématiques, les seuls à avoir des pages Web), plus un lien vers les annuaires téléphoniques CSO et X500.

A l’EPFL, d’inévitables comités se sont penchés sur ce nouveau média. La population EPFL est partagée, les uns freinent, d’autres aimeraient que cela aille plus vite, enfin arrive en 1995 une version officielle dont on ne peut que vanter la sobriété.

février 1994 : photo d’écran illustrant un article du FI

septembre 1995

Quelques mois et séances de coordination plus tard, comme il faut faire plus moderne on quitte les bullets pour des icônes (décembre 1996).

décembre 1996

Octobre 1998, changement majeur, on fait appel à un graphiste externe, on découvre les joies(!!) du javascript et cela donne la spirale.

octobre 1998

Cette spirale a survécu jusqu’en octobre 2001 où une équipe, le projet e-pfl, est enfin créée pour reprendre la gestion de l’information Web de l’EPFL.

septembre 2003

L’après Web

Aujourd’hui, il ne vient plus à l’idée de personne de recenser les sites Web dans le monde. Le Web et Internet ont échappé au monde académique, ils sont dominés par le monde commercial. Mais, que l’économie mondiale n’oublie pas que sans ces développements réalisés dans des centres de recherches et des universités, développements parfois faits en dehors de tout accord hiérarchique !, elle ne disposerait d’aucun des outils actuels. Vous souvenez-vous que ce n’est qu’en décembre 95 que Bill Gates a officiellement annoncé le credo de sa compagnie vis-à-vis d’Internet : embrace, extend and extinguish ?

L’après Web, nul ne sait ce qu’il sera, peut-être viendra-t-il du GRID, concept où on pourra accéder à des ressources (de calcul, de stockage) quel que soit son emplacement géographique, quel que soit son environnement informatique, tout comme le Web permet d’accéder à n’importe quelle information, qu’elle soit sur un serveur Linux ou Microsoft, qu’elle soit à Morges ou à Seattle ; mais ceci est une autre histoire.

Références

• http://public.web.cern.ch/public/about/achievements/www/history/history.html
 Histoire du Web sur le site du CERN
• http://www.webhistory.org/
 The World Wide Web History Project
• Weaving the Web, Tim Berners-Lee, Orion Business Books
• How the Web was born, Gillies & Cailliau, Oxford University Press.



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