FLASH INFORMATIQUE FI



L’avenir dure longtemps




Anne POSSOZ

Thierry STŒHR


Formats-Ouverts.org

Formats-Ouverts.org (FOo) est un blog spécialisé dans les problèmes posés par les formats informatiques. Ouvert début juillet 2004 à l’initiative de Thierry Stoehr, ce site compte aujourd’hui plus de 100 articles. Répartis dans une quinzaine de catégories, les billets sont brefs et documentés et l’ensemble survole de manière exhaustive les questions liées aux formats de données. De la liberté des utilisateurs à la pérennité de l’information, de la législation européenne au format XHTML en passant même par la capsule Nespresso, Thierry Stoehr recueille avec minutie les exemples qu’offre régulièrement l’actualité dans ce domaine. La consultation de ce site est chaque fois une source d’étonnement et d’enseignement.

Marc Geiser

Le soir de sa première journée à l’EPFL, Lucien va le passer avec sa grand-mère, curieuse de l’entendre parler de cette nouvelle vie. Emue, sa grand-mère lui montre des photos de sa propre jeunesse. Puis, toute fière de son petit fils, elle l’invite à manger à Lutry.

Lucien :

  • Tes photos souvenirs, grand-maman, elles sont dans des albums et les pellicules rangées dans des boîtes au grenier. L’album de tes vacances à Zuoz que tu viens de me remontrer, j’ai toujours plaisir à le regarder avec toi. Vos ballades printanières en montagne, dans notre beau pays...
    Les miennes, elles sont toutes numériques. Je peux les montrer à l’écran de mon ordinateur ou de la TV, les imprimer sur l’imprimante couleur de maman, les envoyer par courriel à mes amis ou les utiliser pour illustrer mon serveur de plongée. Quelle différence !

    La grand-mère :

  • C’est vrai. Nous sommes dans une phase de transition. La matière était le support des écrits et des illustrations : la pierre gravée, le papyrus, le parchemin et les enluminures, puis les livres, suite à Gutenberg.
    Aujourd’hui le support est de plus en plus souvent numérique, que ce soit pour l’écrit, l’image ou le son. Les archives prennent moins de place, les informations peuvent être reproduites à l’infini et traversent la planète à la vitesse de la lumière.
    Je me demande pourtant si, quand tu seras grand-père, tu pourras encore montrer tes photos de plongée à tes petits-enfants.
  • J’y pense aussi. Alors, je les grave sur des DVD [1] que je garde précieusement dans le fond de mon armoire. Je donne aussi une seconde copie à ma copine, pour le cas où mon armoire prendrait feu.
  • Et tu es certain que ce qui est gravé sur ces DVD ne va pas s’effacer avec le temps ? L’autre soir Véronique m’a dit qu’elle n’arrivait plus à relire sa thèse qu’elle avait conservée sur un CD. Heureusement, la bibliothèque de l’EPFL garde aussi des archives. Elle s’est donc vite regravé un nouveau CD.
  • Hum.

    À la table voisine, Nina et Sébastien, entendant cette bribe de conversation, s’y plongent à leur tour.

    Nina :

  • Les publicités annoncent 100 ans de sauvegarde. D’autres disent que c’est un pur mythe [2] et que 2 ans pourraient être une limite. En fait, on n’a pas d’expérience bien longue dans ce domaine. Outre les conditions de rangement de ces objets pour lesquels on conseille la température ambiante et pas d’humidité, il y a aussi les conditions de gravure, la qualité du matériel acheté.

    Sébastien :

  • Oui, la qualité de la couche réflectrice, la colle utilisée peuvent procurer de mauvaises surprises.
  • Comme je fais peu confiance à toutes ces informations, je re-grave mes DVD tous les deux ans. Mais je n’ai pas idée de ce qui est vraiment raisonnable. J’essaie aussi de garder une copie sur un disque dur.
  • Certains publient tout sur Internet et comptent sur Google pour archiver leurs données.
  • Ma vie privée au grand jour ? Je préfère garder mes choix. Et faire confiance à Google ? Nous ne connaissons pas leurs algorithmes de stockage. Peut-être vont-ils abandonner les vieux fichiers qui sont gros et jamais accédés.

    Lucien, revenu de sa surprise, se tournant vers sa grand-mère :

  • Alors, je vais les re-graver de temps en temps. Tous les ans peut-être. Mais si je comprends bien, on devrait pouvoir louer des services auprès de banques de données. On leur confierait une copie de nos données. Je pourrais fonder une société et faire beaucoup d’argent...
  • Et je me souviens aussi de Frédéric, le fils de mon ami Martin, qui a dû acheter une nouvelle version d’un programme parce qu’il ne parvenait plus à relire ses vieilles déclarations d’impôts. Je me demande parfois si tout cela n’est pas plus compliqué que ces classeurs qui remplissent encore nos armoires. Les vielles photos de grand-père, elles sont certes jaunies, mais je peux toujours les regarder quand je veux revoir son visage.
  • Mais il faut vivre avec son temps.
  • Tu commences tes études. J’espère que tu viendras m’expliquer tout cela. J’aime aussi bien comprendre comment le monde évolue. Tu me raconteras comment on pense aussi à ce qui va se passer à l’avenir. Comment tu pourras laisser des traces que tu pourras partager avec tes petits enfants.

    Sébastien et Nina, toujours l’oreille tendue, sourient :

  • Elle parle sans doute de la suite Office de Microsoft. C’est pour cela que je n’utilise que des logiciels libres. Toutes leurs données sont stockées dans des formats ouverts [3]. Même si le programme que j’utilise aujourd’hui disparaît, je pourrai toujours voir le contenu de mes fichiers. Si les standards du jour changent, j’écrirai un programme pour relire ces fichiers et les convertir dans un nouveau format. Ou d’autres le feront et partageront leur programme, comme cela se fait dans la communauté des logiciels libres. Tous les formats étant publiés, il ne manquera plus que le travail soigneux d’un informaticien.
  • Oui. On se demande pourquoi les sociétés ne sont pas plus attentives à cet aspect. Sans doute parce qu’elles ne sont pas conscientes de l’importance des formats dans lesquels sont stockées leurs données.
  • C’est encore plus sérieux pour les services publics. Ils doivent protéger les biens de la Nation. J’espère que leurs archives sont toutes dans des formats ouverts et publiés, que leurs informaticiens les conseillent bien.
  • Mais on dit que les données de OpenOffice.org (OOo) sont stockées dans un format ouvert et pourtant, quand j’essaye de relire mes données, c’est illisible.
  • C’est parce que tu n’as pas regardé le type de fichier. Regarde par exemple le type de fichier d’un document .sxw de OOo writer. Ce n’est que du format compressé (zip). Ce fichier compressé contient plusieurs fichiers qui définissent tout ce qu’il faut pour que ton texte puisse être relu et mis en forme comme tu l’avais choisi. OOo utilise XML [4] pour tout ce qui concerne le texte. C’est vrai que cela donne un ensemble complexe.
  • C’est pour cela que les mathématiciens et les physiciens, qui ont dû depuis longtemps produire des textes contenant des formules complexes et qu’ils souhaitaient voir imprimées joliment, utilisent LaTeX [5]. Avec LaTeX, je peux voir directement le contenu de mes fichiers.
  • Tu as raison. Comme mathématicien, tu n’as pas peur de taper du texte qui contient quelques hiéroglyphes. Ce n’est pas du chinois pour toi qui manipule des formules bien compliquées. Mais pour les personnes qui ne sont pas techniciennes, OpenOffice.org est plus convivial. Elles voient directement ce que sera leur texte. Des outils différents pour des personnes différentes.
  • Oui. Je comprends. Au moins, elles utilisent des standards et leurs données pourront toujours être relues. Pour autant qu’elles les sauvegardent sur des supports qui résistent au temps. Ce qui me surprend, ce sont ces étudiants qui utilisent des formats propriétaires. Surtout des ingénieurs. Peut-être ne savent-ils pas ?
  • Espérons qu’ils nous entendent !

    Retour sur Lucien et sa grand-mère. Lucien, tout enthousiaste de sa première année se sent émoustillé par cette conversation.

  • Grand-mère, tu as raison. Je vais essayer de comprendre aussi tout cela. Comment faire pour pouvoir encore relire, revoir ou réentendre dans 50 ans, ce que je fais aujourd’hui sur mon ordinateur. Je n’y avais pas pensé. Mais quand je vois le plaisir que j’ai à partager tes souvenirs... Je viendrai te raconter.

    Références

    1. DVD : Digital Versatile Device
    2. http://www.rense.com/general52/themythofthe100year.htm
    3. On parle de format ouvert quand les spécifications de ce qui est dans le document sont publiques et publiées. Pour en savoir plus : http://www.formats-ouverts.org, http://en.wikipedia.org/wiki/File_format
    4. XML : eXtended Markup Language, http://fr.wikipedia.org/wiki/XML
    5. LaTeX, basé TeX, créé par Donald Knuth, http://fr.wikipedia.org/wiki/TeX


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