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Une histoire de blogs




Pierre CREVOISIER


Depuis environ un an, les collaborateurs du KIS [1] ont exploré les espaces ouverts par les weblogs. Nous l’avons fait tout d’abord en raison du phénomène que l’idée provoque aujourd’hui sur le Web. Mode ou génération d’un mouvement profond ? Simple avatar des newsgroups ou changement de paradigme ? Nous n’avons pas le recul nécessaire pour affirmer l’un et infirmer l’autre, mais l’existence du phénomène nous invite à l’observation et à l’analyse. Voici quelques traces [2].


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fig. 1
un scénario possible d’implémentation des blogs avec les Facultés

Notre intérêt n’est pas uniquement inspiré par la fébrilité du monde en ligne. Les mécanismes de publication et de partage de contenus proposés par les blogs sont assez similaires à ce que nous imaginions au début du projet e-pfl : un système d’édition et de diffusion d’informations protéiforme qui puisse s’adapter à un usage individuel comme à un besoin collectif. Nous y pensions, d’autres l’ont fait.
Ce qui frappe et séduit immédiatement, c’est le choix radical de départ privilégiant la simplicité d’usage. L’impératif est à la publication rapide d’informations, comme on le ferait sur un carnet de notes glissé au fond d’une poche. Essentiellement, un article de blog est composé d’un titre, d’un contenu (au besoin, il est possible d’y ajouter un ou plusieurs documents, voire une image) et, avant publication, il est glissé dans une rubrique (ou catégorie). Mais la simplicité n’empêche pas non plus d’enrichir l’information d’une mise en forme un peu plus élaborée en y insérant des tags HTML utiles : un titre en gras, une citation en italique, un tableau ou une liste.
La richesse conceptuelle des weblogs se révèle ensuite :
• le texte posté est automatiquement affiché en tête de vos articles (selon un principe anté-chronologique : l’information la plus récente est en première place) ;
• en deuxième lieu, un classement temporel vous permettra de parcourir le fil de vos publications ;
• un classement thématique permet ensuite de retrouver des notes ou contenus rangés dans les rubriques ;
• enfin, un moteur de recherche permet une fouille plus détaillée.
Si l’on ajoute l’abonnement à la newsletter du blog, permettant d’être averti par email de tout nouvel article publié, l’outil répond ainsi à quatre fonctions spécifiques :
• un journal de bord
• un espace de publication
• un instrument de signalement
• un lieu d’archives

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fig. 2
une saisie d’écran w.bloggar

Mon carnet, nos journaux

A l’origine - et dans son usage le plus communément répandu, le weblog est un journal personnel. Mais quelle imagination nous interdit de dépasser cette vision-là ? Le piano à quatre mains nous a aussi laissé quelques chefs-d’oeuvres...
Son usage collectif (le terme collectif a ici plusieurs acceptions) est d’ailleurs une autre raison de notre intérêt pour le concept. Explorer les blogs aujourd’hui, c’est pénétrer en un territoire de réseaux puisque qu’autour de l’outil, des interfaces (presque) standards lui permettent de communiquer avec le monde extérieur pour :
• diffuser tout ou partie de son contenu dans une autre application ;
• publier du contenu provenant d’un autre logiciel ;
• créer et éditer des textes à partir d’une application externe ;
• etc.

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fig. 3
une saisie d’écran feeddemon

L’interface avec le monde

Le premier exemple est celui de la syndication. Par syndication, on entend généralement la possibilité de publier automatiquement dans un site (ou d’affermer dans une application x ou y) le contenu fourni par d’autres sites web. La clé, c’est la mise à disposition d’un flux XML de type RSS [3], RDF [4] ou Atom [5] par le site fournisseur.
Les perspectives peuvent être multiples : un service de presse publie régulièrement une lettre électronique ; ces informations sont publiées sur leur site, mais elles peuvent aussi être publiées - et cela de manière sélective - sur des sites partenaires (ou n’importe quel autre support...) [6].
Si les besoins sont simples, l’offre suffit. Si vous souhaitez par contre une interaction plus complexe avec le blog (pouvoir éditer p.ex. du contenu dans une autre application et renvoyer les modifications au site d’origine), les blogs intègrent des Web Services (cf. l’article de Laurent Boatto en page 20).
Un exemple de dialogue entre les weblogs et une application installée sur votre machine : w.bloggar (cf.Polyblog : une visite guidée la boîte à outils des blogs]]. L’intérêt d’avoir un tel éditeur installé localement sur sa machine est que celui-ci peut rester en veille et être appelé rapidement chaque fois que l’on en a besoin. Paramétré une fois avec votre identification d’accès au serveur, il transforme le blog en véritable bloc-note.

L’idée de la blogosphère

A ce stade, la question de savoir si les blogs ne fréquentent que les chemins foulés par les newsgroups n’est déjà plus pertinente. Mais il y a plus. Ce plus, ce peut être la manière dont l’outil peut aider un auteur à découvrir les proximités (sémantiques, sociales, intellectuelles, idéologiques, etc.) avec d’autres auteurs et, au-delà, à tisser des liens.
Dans tout travail scientifique, la règle en usage veut que l’on cite ses sources. Dans l’univers du Web, l’équivalent est le lien hypertexte. La particularité d’un article de blog est de posséder une URI, un lien permanent (dans le cas de polyblog, ce lien est très simple : p.ex. http://blogs.epfl.ch/article/333). Les weblogs peuvent ainsi intégrer un mécanisme de trackback (littéralement de traçage), soit une exploration du réseau pour y retrouver tous les articles où l’un de mes textes est cité [7].. Je peux ainsi reconstituer la conversation distante, à l’image du fil de discussion des newsgroups.
Une pratique de plus en plus courante consiste à placer, sur un blog, une liste de références (le terme consacré est celui de blogroll). Autrement dit, un indicateur de qui je lis.
On peut donc imaginer que certains esprits agiles parviennent ainsi à croiser les sources, à remonter les filières, à filtrer l’utile, pour tisser ainsi des liens de proximité avec d’autres bloggers.

Des scénarios pour l’EPFL

Nous sommes donc loin ici des weblogs à vocation individuelle. La question qui nous intéresse, au sein du KIS, est de savoir si un champ expérimental peut être ouvert. Par cette pratique et les observations qui l’accompagneront, nous pourrons faire la part entre les illusions et le réel.
Quelles seront les pistes (cf. Blogs : scénarios académiques Blogs : des scénarios académiques) ? Imaginons :
• Une équipe transformant les blogs en carnets de laboratoire ;
• Un projet pédagogique développant son journal de bord ;
• Des responsables de communications éditant des blogs de Facultés dont le contenu agrégera les contenus publics provenant des sections ;
• Toutes les personnes concernées par l’accueil mutualisant leurs informations pour en faire une base de connaissances ;
• etc.

Au cours de ces derniers mois, le KIS a déjà expérimenté l’usage des blogs dans la conduite de certains projets. L’exercice doit encore mûrir, les règles d’usage s’afffiner, la coexistence avec les autres outils web s’affirmer, mais l’expérience est intéressante. Nous la poursuivrons, les yeux ouverts.

[1] Systèmes d’information et support à la connaissance, http://kis.epfl.ch ; en réalité, la réflexion a débuté au sein du projet e-pfl, aujourd’hui l’une des composantes du KIS.

[2] Pour une petite histoire des blogs et quelques définitions, je vous invite à voir le site Pointblog : http://www.pointblog.com/abc/000032.htm

[3] RSS : actuellement, l’acronyme signifie Really Simple Syndication, après Rich Site Summary

[4] RDF : Resource Description Framework, spécification du W3C pour un modèle de métadonnées, http://www.w3.org/RDF/

[5] Concurrent de RSS, soutenu en particulier par Google

[6] Il est également possible d’utiliser un agrégateur, soit client spécifique pour s’abonner et découvrir rapidement toute une série de flux RSS (cf.Polyblog : une visite guidée la boîte à outils des blogs

[7] Le site Technorati (http://www.technorati.com) recense les traces de tout ce qui entre et sort des blogs inscrits dans sa base de données (plus de 2.5 millions) et offre un puissant moteur de recherche.



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