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Comment l’iPad a changé l’informatique


Comment l’iPad a modifié totalement la vision de l’informatique.



How iPad totally modified the vision of IT.


Laurent KLING


Rares sont les appareils qui amorcent une révolution. En 2009, chaque fournisseur informatique était persuadé de détenir un modèle économique viable pour les ordinateurs personnels selon trois catégories : les PC desktop, les portables et les ultras portables. À cette date, certaines constantes semblaient immuables :

  • les sites Web présentaient du contenu ; il y avait très peu d’interaction avec les utilisateurs,
  • Adobe Flash était omniprésent pour afficher des vidéos ou présenter des publicités,
  • la résolution des écrans était faible,
  • les clés USB étaient quasi universelles (DropBox existait depuis un an et demi, version 0.6),
  • les consoles de jeu portable, Nintendo DS ou Sony PSP, tenaient le haut du pavé,
  • une majorité d’utilisateurs mobiles avait recours aux SMS, les smartphones commençaient à se répandre dans la population, le modèle à cette époque était l’iPhone 3GS,
  • sur le marché florissant du PC, les Macintosh représentaient 1/10, le Mac Book Air avait fait une arrivée remarquée dans la catégorie des ultras portables.
  • pour les systèmes d’exploitation, Window 7 sortait en octobre, Ubuntu était en version 8 et Mac OS saluait la naissance de Snow Léopard, 10.6 supportant encore l’émulation du processeur PowerPC.

À la fin 2009, aucun fabricant n’aurait imaginé que des entreprises très sérieuses de prévisions économiques comme IDC ou Gartner envisageraient quatre ans plus tard, aujourd’hui, une baisse continuelle du nombre de PC.
Les prédictions deviennent caduques quand la technologie atteint l’objectif quasi métaphysique de ne plus exister comme technologie. Ce rêve a pris forme en 2010 avec l’iPad, car sa plus grande force est de ne pas montrer sa technologie. L’article sur l’iPad dans cette revue en juin 2010 avait déjà laissé entrevoir la première raison de son succès, une fenêtre sur Internet, flashinformatique.epfl.ch/spip.php ?article2078. La deuxième raison est dramatiquement simple, l’ergonomie. Comment avons-nous pu laisser berner par des sirènes technologies pour oublier ce composant le plus élémentaire. Dans l’image ci-dessous on reconnaît deux objets familiers : une ampoule, un interrupteur. Ce ne sont pas des créations steampunk [1], mais la première ampoule électrique accompagnée par le premier interrupteur conservé au Discovery Museum de Newcastle.


Source : Discovery Museum, Newcastle

Bizarrement, en informatique, la fonction était parfois tellement éloignée de la forme qu’on devait consulter un manuel pour allumer un ordinateur. L’iPad par sa désarmante simplicité laisse songeur sur le plan des contrôles physiques : un bouton, un interrupteur, le réglage du volume et un inverseur (du son ou de la rotation, c’est à choix).


iPad, 4 interrupteurs

Le plus étrange, est qu’avec la 5e génération qui vient d’être dévoilé, le nombre de commandes mécaniques est strictement le même, aucun ajout, aucune suppression. C’est bien cette recherche monacale vers la simplicité qui a guidé les créateurs de cet objet. La frénésie des concurrents à copier l’idée pour ensuite commercialiser les clones démontre le bien-fondé initial. L’arrivée de l’iPad a entraîné un changement radical dans l’approche de l’ordinateur :

  • simple vs complexe,
  • monolithique vs composite,
  • connecté vs isolé,
  • données dématérialisées vs physique,
  • documents liés avec l’application vs liés à une hiérarchie de dossier.

Au départ, ces choix semblaient complètement à l’opposé des principes qui ont construit l’informatique. Une critique qui revenait systématiquement au lancement de l’iPad était l’absence d’interface USB pour connecter une clé mémoire, un sacrilège ! Le plus étrange en regard avec notre monde actuel, la majorité des réactions étaient négatives à son arrivée :

Seul le célèbre blogueur David Pogue du New York Times mettait en relation les réactions épidermiques des analystes vis-à-vis du succès avéré des produits précédents d’Apple, iPod et iPhone.

Possédant un iPad depuis juin 2010, ma famille a sur-le-champ adopté cette étrange lucarne. Le premier fut mon fils qui a utilisé cette tablette comme un magnifique espace de jeux portable. Son adhésion fut si grande qu’il thésaurisera sous forme monétique l’ensemble de ses cadeaux pendant une année pour pouvoir disposer d’un tel appareil lors de son prochain anniversaire. Rapidement il est devenu un champion pour retrouver les films disponibles en streaming[[visualisation d’un film à travers une connexion Internet], souvent escorté de tentative de contamination avec des virus pour Windows PC.
Un autre apport de l’iPad plus significatif que la forme ou l’objet, c’est le phénomène Bring you own device accompagné par la liaison avec les nuages (Cloud). Sans ceux-ci, ces changements fondamentaux ne se seraient pas produits : penser, imaginer, travailler (combien d’entre nous se promène encore systématiquement avec une clé USB).
Trois ans après son apparition, l’iPad est devenu une réalité évidente, il n’est plus nécessaire de démontrer son impact sur chacun d’entre nous. Au deuxième degré, son influence est plus insidieuse, elle permet de déconnecter l’interface utilisateur de l’objet.

Netatmo la station météo dans le cloud

Dans la conception classique d’un appareil de mesure, par exemple une station météo, on se retrouve devant trois parties clairement identifiées :

  • la fonction de mesure de la pression atmosphérique avec les températures, humidité intérieure et extérieure,
  • l’affichage des prévisions météo,
  • les boutons pour interagir avec l’appareil.

Ce dernier élément était souvent le composant le plus négligé, les interactions étaient dignes d’une station spatiale avec d’étranges incantations, suite de boutons à presser dans un ordre précis pour obtenir le réglage adéquat.
Une solution élégante serait de séparer les différentes fonctions de l’interface utilisateur. La station météo Netatmo se réduit à sa plus simple expression, deux tubes métalliques avec une alimentation électrique sur le plus grand. Au départ, on reste circonspect devant un tel dépouillement, comment puis-je intégrer cette nouvelle station météo dans mon environnement quotidien ?

anciens vs modernes, Oregon Scienfic vs Netatmo

La station météo gagne singulièrement en simplicité, la seule interface utilisateur est le sommet du tube métallique qui fait office de bouton accompagné par un voyant sur la face avant. Cette station météo s’insère dans un écosystème combinant iPhone, iPad, Android, site Web connecté avec le nuage.


une autoconfiguration particulièrement simple

La mise en route est simplissime pour l’utilisateur :

  • télécharger l’application ad hoc sur son smartphone ou sa tablette,
  • par le voisinage Bluetooth, la station météo propose de récupérer vos paramètres WiFi contenus dans l’iPhone,
  • munie de cet accès par Internet, elle s’autoconfigure,
  • la configuration se termine par la création d’un compte utilisateur et l’enregistrement de la garantie de l’appareil.

La mise en route est bluffante, il n’est même pas nécessaire de déterminer le nom et le mot de passe de sa configuration WiFi à la maison. C’est la combinaison très subtile de l’application dans le téléphone liée par Bluetooth avec la station qui permet cet exploit. Cette connexion Bluetooth est également utilisée pour communiquer avec la station extérieure.
L’utilisation simultanée de l’application sur l’iPhone ou iPad et du site Web offre un confort inégalable. Être toujours connecté aux nuages permet de présenter des vues statistiques détaillées de la météo locale, un rêve inaccessible dans les stations météo classiques.
Le découplage entre les trois fonctions devient une évidence, il n’est plus nécessaire de devoir paramétrer l’appareil de manière exotique, l’interface utilisateur est remplacée par une application mobile ou un site Web. L’historique des mesures est naturellement conservé sur le nuage. Les économies réalisées dans l’absence d’affichage sont réinvesties dans les capteurs. Par exemple, mesurer le taux de CO2 permet d’aérer la pièce de manière rationnelle. Plus exotique le capteur de niveau sonore offre la vérification du bon déroulement de la vie familiale en particulier quand vous êtes absent. Ceci peut se révéler être une arme à double tranchant, si votre enfant dispose lui-même de l’application météo, il risque de vous reprocher l’heure effective de votre sommeil, lui qui a été obligé d’aller au lit plus tôt !


les prévisions météos sur un iPad avec Netatmo

Quatre ans après la révolution de l’iPad, quelles sont les conséquences sur le paysage informatique :

  • les sites Web sont interactifs, webkit est devenu le standard de facto à intégrer pour réaliser une page Web, en particulier pour supporter facilement les appareils tactiles,
  • la haute résolution des écrans est devenue concrète, les pixels ont disparu aux profits de texte d’une lisibilité parfaite,
  • la technologie Flash est abandonnée pour la vidéo, le format mp4 est maintenant un standard,
  • les nuages accompagnés par la dématérialisation des données sont devenus la norme, DropBox possède plus de 200 millions utilisateurs,
  • les tablettes et smartphones sont devenus un support majoritaire pour les jeux,
  • la plupart des utilisateurs mobiles profite des applications gratuites dédiées pour la messagerie instantanée (kik et toutes les autres),
  • le marché du PC est en régression constante depuis trois ans. Seule, la Chine reste en progression,
  • sur le plan des systèmes d’exploitation, le modèle payant semble atteindre ses limites avec l’annonce de la gratuité de la nouvelle version de Mac OS X 10.9 le 22 octobre 2013.

Conclusion, un monde en constante mutation

Le changement du paysage informatique depuis 2010 semble incroyable, une régression constante de la vente des PC, un accroissement rapide des smartphones, et une explosion des tablettes.
Tous les acteurs sont abasourdis par ce changement, le grand public semble avoir basculé dans une logique totalement différente. À la technologie, la facilité d’utilisation a été préférée, la tablette est probablement la solution la plus adaptée aux besoins de la majorité d’entre nous.
En 2010, à l’occasion de la conférence All Things Digital, Steve Jobs proposait une vision très futuriste pour l’époque, une décroissance de la vente de tous les PC, y compris ceux estampillés Apple. Le patron de Microsoft, Steve Ballmer, répondit par des arguments qui sonnent étrangement maintenant ; la vision de cette vidéo est une illustration parfaite du changement que nous vivons. Il faut mettre en relation ses arguments avec les dernières prévisions d’IDC.

Remerciements

Je profite de ce dernier numéro pour remercier tous les lecteurs du Flash informatique d’avoir lu les articles que j’ai rédigés depuis 1999. Je remercie également le comité de rédaction pour avoir permis d’élaborer l’alchimie nécessaire à la réalisation de ce journal. J’aimerais remercier plus particulièrement les deux catalyseurs exothermiques que sont Appoline Raposo et Jacqueline Dousson ainsi que le DIT pour avoir développé sur le long terme cette aventure. Dans le futur, je suis persuadé qu’il sera possible de trouver un espace de liberté pour exprimer les opinions de chacun dans une nouvelle formule.

[1] futurisme à une époque victorienne



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