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Des outils pour collaborer en toute liberté


Découvrez des outils collaboratifs libres permettant des prises de décisions démocratiques et une organisation participative. Ces outils peuvent s’appliquer à la rédaction commune d’un article, aux réunions d’une association, aux discussions autour d’un projet de recherche international, etc.



Discover free and collaborative tools useful in democratic decision making and participative organisation. They could be used to coedit an article, for meetings of associations, for discussions in an international research project, etc.


Alexandre POLTORAK

Anne POSSOZ


Alors que Bruxelles entre de plain-pied dans l’organisation de l’édition 2013 des Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL), l’équipe romande des RMLL 2012 tire le bilan de son expérience et transmet les savoirs-faire acquis l’année passée. Il faut savoir que l’organisation des RMLL est constituée d’un large réseau de bénévoles locaux et internationaux. Il s’agit donc de mettre sur pied un espace de communication permettant à chaque volontaire de participer à l’organisation indépendamment de son lieu de résidence.
Toute l’organisation d’une rencontre mondiale, et donc de son succès, repose sur la qualité des outils collaboratifs utilisés. Le choix de logiciels libres ne s’imposait pas seulement du fait de la nature de l’événement, mais surtout parce qu’ils garantissent une maîtrise de l’information et donc la protection de la vie privée des participants. Les solutions non libres et souvent gratuites se finançant malheureusement grâce à l’exploitation des informations collectées...
Dans l’article qui suit, nous nous proposons de décrire l’implémentation technique de ces principes. Il s’agit d’une panoplie d’outils informatiques libres qui nous ont permis de mener à bien l’organisation de ces rencontres à Genève et plus particulièrement ceux qui ne sont pas spécifiques aux RMLL.

Listes de distribution

Le premier moyen de contact est un ensemble de listes de distributions (mailing-lists). L’infrastructure technique des RMLL, qui a pour but de mettre à disposition des organisateurs des outils d’aide à l’organisation, mais aussi de pérenniser le patrimoine numérique de la manifestation, gère entre autres un ensemble de mailing-lists pour chaque édition. L’équipe d’organisation crée les listes nécessaires, selon les besoins, et chaque personne qui désire collaborer peut sélectionner les listes auxquelles elle veut s’abonner.
L’outil utilisé est Sympa, un logiciel développé et maintenu par RENATER (Réseau national de télécommunication pour la technologie, l’enseignement et la recherche), l’équivalent français de Switch en Suisse.
Dans le cadre des RMLL, les listes sont nombreuses, principalement en raison de la quantité de thèmes couverts par les conférences. La première utilisée est celle de l’organisation. S’ajouteront progressivement les listes reseau, village, audiovideo, festival, participants ainsi qu’une liste pour chacun des thèmes de cette édition genevoise. L’ensemble des courriels est archivé sous listes2012.rmll.info. La multiplication des listes est guidée par le souci de tri et de ne pas surcharger les bénévoles de courriels. Par exemple, les organisateurs, auteurs de cet article, ont chacun reçu plus de 5’000 courriels lors de cette édition.

Messagerie instantanée

Pour communiquer en direct, deux canaux IRC (internet relay chat) sont ouverts sur irc.freenode.net : #rmll et #rmll-org. Freenode.net est le réseau IRC du monde du libre, mis à disposition, au niveau matériel et compétences techniques, par plusieurs grands acteurs du libre. En pratique, le canal #rmll-org fut peu utilisé, afin de favoriser la participation la plus large possible.
Les logiciels clients IRC les plus utilisés étaient : xchat, pidgin et chatZilla. Pour les personnes qui ne souhaitaient pas utiliser une application IRC locale, une interface Web était disponible et une passerelle vers le protocole XMPP (Extensible Messaging and Presence Protocol) avait été mise en place. Cette dernière solution facilite l’utilisation des smartphones, toutefois elle ne fournit pas toutes les fonctionnalités d’IRC, par exemple la liste des participants. Ce canal #rmll était actif en permanence, permettant d’obtenir rapidement une réponse à toute question, d’anciens organisateurs étant très actifs sur ce canal. À noter qu’il était aussi largement utilisé pour débattre informellement de toute idée ou critique, tant des organisateurs que de toute personne intéressée par le sujet. Pour les personnes non présentes en direct, il était facile de lire a posteriori les conversations de la journée.

Wiki dédié

Le choix du wiki s’est porté sur MediaWiki, l’outil développé pour et par Wikipédia, la raison principale étant que sa syntaxe est largement connue. L’organisation 2012 a ainsi fait passer le wiki de dokuwiki à mediawiki, un choix apprécié par les organisateurs 2013 et 2014.
Utilisant l’infrastructure des RMLL, le site infoa rapidement rassemblé les informations pérennes ou en gestation. Même si ce wiki est protégé par un mot de passe pour éviter une utilisation sans contrôle et le référencement par les moteurs de recherche [1], tout bénévole recevait rapidement les données d’accès et pouvait contribuer.
La possibilité qu’offre MediaWiki de consulter la liste des modifications récentes était un autre moyen de se tenir au courant des derniers avancements. Certaines personnes les suivaient sous forme de flux RSS.

Éditeur collaboratif

Pour travailler simultanément sur un document (pad), notre choix s’est porté sur l’Etherpad [2], qui fait aussi partie de l’infrastructure des RMLL. Cet outil permet de préparer ensemble et rapidement un document, une traduction, un PV de réunion, etc. Une couleur de texte différente est attribuée à chaque auteur. L’historique de l’édition se retrouve sur une frise chronologique qui peut être visualisée à tout moment. Un système de chat intégré permet également un dialogue interactif qui est aussi archivé. Généralement, le texte terminé est recopié à l’endroit approprié.

Communication orale

L’infrastructure des RMLL ne contenait aucun outil dédié à la communication orale. Chaque année, l’organisation utilisait sa propre solution, qui celle de l’université hôte, qui une infrastructure dédiée mise en place localement.
Il s’agit d’une part d’offrir à certaines personnes absentes physiquement des réunions, la possibilité d’interagir comme dans une conférence téléphonique et d’autre part, de permettre à tout le monde d’entendre les discussions, grâce à un flux audio (streaming), en complément du canal IRC et du pad.
Transmettre un flux audio demande un micro ambiant de bonne qualité connecté à un PC, lequel traite le son pour enlever écho et bruits parasites, et un serveur de diffusion à large bande passante qui rediffusera ce flux audio tout en pouvant l’archiver. Pour l’édition 2012, nous avons utilisé un serveur Icecast.
Pour la communication orale, nous avons fait différentes tentatives, toujours à base de logiciel libre, bien entendu. Openmeeting a été rejeté, car il s’utilise à travers une interface Web basée sur Flash [3]. Mumble quant à lui nécessite un client audio spécifique, donc moins largement utilisé. La solution retenue est la distribution Elastix, système de communication unifiée. Cette solution permet de faire beaucoup plus que ce dont nous avons besoin, mais a l’immense avantage d’une mise en place simplifiée. Nous n’avons utilisé que la partie voix, basée sur Asterisk, avec la possibilité de créer des comptes et des chambres de conférence à travers une interface Web (FreePBX). Nous avons aussi installé Ices2 pour étendre Elastix et permettre de rediffuser l’une des chambres de conférence, qui devient notre chambre publique, vers le serveur Icecast, offrant ainsi l’écoute à quiconque disposait de l’url du flux audio.
Toute personne qui souhaite participer oralement demande au responsable du serveur Elastix de lui créer un compte [4]. Pour participer, il suffit alors d’utiliser un logiciel de VoIP compatible avec le protocole SIP. Dans notre cas, c’est linphone qui a eu la préférence [5].
Outre la participation à la chambre de conférence publique, cette infrastructure permet aussi aux inscrits de s’appeler directement personnellement ou de participer à une discussion dans une chambre de conférence privée. Depuis les RMLL genevoises, cette infrastructure est utilisée pour les réunions du comité des RMLL et par les organisateurs des RMLL bruxelloises de 2013.

Une réunion en pratique

Lors des réunions, des participants physiquement présents collaborent avec des participants distants qui auront droit à la parole et avec d’autres personnes également distantes qui pourront écouter le flux audio, mais intervenir uniquement par écrit via le canal IRC ou le pad.
Les informations suivantes seront donc communiquées à toutes les personnes intéressées :

  • l’heure et le lieu physique de la réunion ;
  • le canal IRC #rmll de irc.freenode.net où toute personne peut s’exprimer ;
  • l’url du pad de la réunion où toute personne peut contribuer ;
  • l’url du flux audio, au format ogg, qui peut être écouté avec tout client compatible, VLC, par exemple, donne entière satisfaction ;
  • les informations pour l’accès à la chambre de conférence publique du serveur vocal Asterisk, la chambre 800.

Le son d’un micro d’ambiance est relié à un PC local et retransmis, par l’intermédiaire du compte d’un participant connecté à la chambre 800 du serveur Asterisk. Ce dernier enregistre tout ce qui arrive dans la chambre 800. L’extension Ices2 quant à elle permet la retransmission du flux au serveur Icecast qui le diffuse sous forme de flux audio, le tout impliquant une minute de retard. L’utilisation de ces deux serveurs pour le son permet de répartir les bandes passantes.
Enfin, un haut-parleur local permet de diffuser les contributions orales des personnes distantes s’exprimant dans la chambre 800. Vu le nombre de participants, une bonne discipline est nécessaire pour que le son soit retransmis de façon audible pour les participants de la conférence, mais aussi dans le flux audio et les enregistrements. Une interface Web permet au responsable de couper le volume à un participant si ce dernier a par exemple de mauvais réglages micro.
La réunion se termine généralement au bistrot pour les personnes physiquement présentes, laissant les autres à leur univers de solitude.

Plus largement

Ces outils collaboratifs nous ont été précieux pour l’organisation des RMLL genevoises. De nombreux autres outils libres ont été utilisés pour le site Web, le graphisme, la diffusion radio RMLL (internet, FM et numérique), les captations des conférences et le serveur de diffusion des vidéos.
La maîtrise de tous ces outils libres et du stockage des informations est un garant de fiabilité, de confidentialité et de pérennité.

Philosophie

Si les libristes sont passionnés de logiciels libres, c’est qu’ils sont épris de liberté, ils veulent utiliser des outils et non être utilisés par eux ! Ils veulent adapter et parfaire en permanence ce qu’ils conçoivent et utilisent ce qui ne fait qu’encourager la collaboration.

Nous aimons cet extrait de Wikipedia :
« En étudiant les espaces de travail collaboratif, Anne-Laure Fayard et John Weeks, de Harvard, ont mis en évidence trois facteurs : la proximité, le respect de la vie privée et la permissivité [6]. Le facteur de la proximité doit rapprocher les individus. Le respect de la vie privée leur permet de rester maîtres de leur accessibilité aux autres. Enfin, la permissivité (permission, en anglais) signifie que la possibilité d’interagir en dehors de relations de travail structurées est non seulement permise, mais encouragée. »


 
  Article du FI-EPFL 2013 sous licence CC BY-SA 3.0 / A. Poltorak & A. Possoz

Pour en savoir plus sur les RMLL, on pourra lire dans le FI 2012/5 l’article d’annonce des RMLL 2012) ou regarder le site des RMLL 2012 et en particulier le programme des conférences et ses vidéos.

[1] Ce wiki contient en effet des informations personnelles, par exemple les numéros de téléphone mobile, non seulement des organisateurs, mais aussi de partenaires de l’évènement. Des discussions de négociations ou des idées en chantier n’ont pas à être indexées par un moteur de recherche.

[2] Framasoft met à disposition Framapad qui permettra aux curieux de l’utiliser.

[3] Quelques fonctionnalités poussées de Flash ne fonctionnent généralement bien qu’avec le player d’Adobe. Ceci pose des problèmes, d’une part car Adobe ne distribue pas de version de Flash pour tous les processeurs/OS, d’autre part car l’utilisation de players libres de Flash donne des résultats aléatoires. Flash est aussi très consommateur de mémoire et rappelons qu’il n’existe pas sur les iphone et ipad.

[4] Un compte SIP lui sera alors créé avec son nom, son extension téléphonique, qui sert aussi de login, un mot de passe et l’adresse IP du serveur. En outre, comme nous travaillons collaborativement, lui seront aussi communiqué le login et mot de passe de l’interface Web qui permet à tout moment de visualiser qui est en ligne.

[5] Linphone est disponible sur la majorité des distributions de GNU/Linux, mais aussi sur Android, sans oublier Windows et iOS. À noter que l’application Téléphone d’Android >=4.0 comprend le support SIP.

[6] FAYARD, Anne-Laure et WEEKS, John. Who moved my cube ? Harvard Business Review. July 2011



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