FLASH INFORMATIQUE FI



KDE 4


Tous les environnements de bureaux, quels que soient les systèmes d’exploitation, subissent actuellement de grandes mutations, influencées notamment par les nouveaux équipements mobiles et interfaces tactiles. La nouvelle mouture de l’environnement KDE a tout pour séduire. S’inscrivant dans une évolution et non une révolution, KDE sépare les interfaces tablette de celles utilisées sur les ordinateurs bureau ou laptops. Cet article commence par présenter KDE et se concentre ensuite sur les nouveautés de la dernière version.



KDE 4 sets the new milestone in the development of this modern, powerful and robust desktop environment. While this new release is certainly an evolution, it keeps the interface familiar, but still enhances the usability on many fronts. This article presents briefly KDE and focuses on the last major release.


Predrag VICEIC


Fiche descriptive


Introduction

La particularité des systèmes dérivés d’UNIX est la séparation nette entre le noyau, le gestionnaire d’affichage et le gestionnaire de fenêtres (Window manager). Même si on a tendance de cacher, pour des raisons évidentes, cette séparation aux utilisateurs, elle existe et est source de l’incompréhension du concept de desktop sur Linux par les néophytes.
De même que pour les versions pré Windows 95 de l’OS de Microsoft, la séparation entre le système d’exploitation et ce qu’on voit à l’écran existe pour les systèmes Linux. Ceux suffisamment âgés pour avoir utilisé Windows 3, confirmeront qu’une fois l’OS démarré (à l’époque c’était le DOS), il fallait exécuter manuellement la commande win afin d’accéder à l’interface graphique et aux applications Microsoft. De même, pour les systèmes dits Linux, le gestionnaire d’affichage (X Window) s’exécute par-dessus l’OS de base. Les applications peuvent utiliser X Window directement en envoyant les commandes de dessin et en récupérant les événements de la souris et du clavier.
Pour des raisons d’uniformisation, on intercale dans les systèmes Linux contemporains une application appelée gestionnaire de fenêtres entre le gestionnaire d’affichage (X Window) et l’application (Firefox...). Le gestionnaire de fenêtres gère le placement et l’apparence des fenêtres. De même que nous pouvons avoir les différentes implémentations du butineur Web (Firefox, Opera, Chrome), nous pouvons avoir les différentes implémentations du gestionnaire d’affichage : XFree86 ou X.org. Par extension et afin de ne pas nous priver de cette petite complication supplémentaire, nous avons également les différentes implémentations des gestionnaires de fenêtres : Metacity, KWin, Sawfish, Compiz, Enlightement,... une bonne septentaine en tout.

fig. 1 – architecture multicouche d’affichage UNIX

Nous, les Linuxiens, sommes enchantés par cette architecture. D’une part, nous pouvons nous singulariser par une combinaison quasi unique des différents composants du système d’affichage. De l’autre, nous restons assurés qu’uniquement l’élite (31337) dont nous faisons partie pourra survivre, sans grands dommages cérébraux (supplémentaires...), au long parcours initiatique du néant à l’interface de nos rêves.
D’autres, mus par un idéal incompréhensible, ont décidé de se lancer dans la simplification du chaos existant en réfléchissant sur les concepts d’environnement de bureau (Desktop Environment). C’est en 1996 qu’un étudiant en informatique allemand, Matthias Ettrich, publie ce curieux souhait pour une interface graphique Linux :
« IMHO a GUI should offer a complete, graphical environment. It should allow a users to do his everyday tasks with it, like starting applications, reading mail, configuring his desktop, editing some files, delete some files, look at some pictures, etc. All parts must fit together and work together. »
Étonnant, en effet. Pourquoi voudrait-on que quelqu’un décide pour nous quels sont les meilleurs composants d’une interface et comment on les fait communiquer ensemble ? À vrai dire, on s’y fait. KDE (Kool Desktop Environment) est né.

Historique



fig. 2 – KDE 1 avec Kfm, Konsole et Kicker (la barre horizontale)

Il se trouvait que Matthias Ettrich n’était pas seul à avoir cet idéal. Très vite il se trouva entouré par d’autres ayant comme lui le désir d’ouvrir Linux aux Moldus. Actuellement, 1800 contributeurs travaillent sur les 6 millions de lignes de code et 20 nouveaux contributeurs rejoignent le projet chaque mois.

Les débuts

La première version de KDE, sortie le 12 juillet 1998, reposait sur le gestionnaire d’affichage XFree86 et le gestionnaire de fenêtres KWin. Les applications comme Kicker (la barre horizontale), Kmail (client mail) et Kfm (le gestionnaire de fichiers) ont fait leurs entrées triomphantes. La lettre K devint le label de l’environnement KDE et presque tous les noms des applications commencèrent par cette lettre.

KDE v2

La première version fut très novatrice sur Linux, mais aussi très lente et peu efficace. La version 2, sortie en octobre 2000 corrige ce défaut majeur. Le gestionnaire de fichiers Kfm, renommé pour l’occasion Konqueror, fut adjoint d’une couche de communication uniformisée, KIO. KIO permettait de faire communiquer les applications KDE avec le système de fichiers de façon transparente, que ceux-ci soient sur le disque local, ou sur un serveur ftp, NFS ou CIFS. KParts fut également ajouté, permettant d’intégrer une partie d’une application KDE dans une autre. Ainsi, l’application Konsole (je vous laisse le soin de deviner à quoi elle sert) peut être intégrée dans l’application Konqueror ou dans l’éditeur Kate. La version 2 vit également l’arrivée de aRts (pas de K...) qui permettait aux applications d’utiliser la carte son. Korba, lent et inefficace, utilisé pour la communication entre les applications, fut remplacé par DCOP, Desktop COmmunication Protocol. Avec DCOP, une application peut, par exemple, appeler la méthode quit d’une autre application pour lui demander de se terminer. On peut appeler évidemment n’importe quelle autre méthode à condition que celle-ci soit déclarée de façon appropriée. Konqueror, le gestionnaire de fichiers fut enrichi avec KHTML, le moteur de rendu HTML. Ainsi Konqueror devint le navigateur Web officiel du projet KDE. Un autre projet ambitieux vit le jour dans la version 2 de KDE : KOffice. L’objectif était de fournir une suite bureautique complète : KWord, KCells, KPresenter, Kivio (diagrammes) et Artwork. Le projet KOffice existe toujours et les dernières versions peuvent travailler avec les documents basés sur les standards ODF (OpenOffice, LibreOffice,...).

fig. 3 – KDE 2 avec Konqueror, Kwrite, Kmines et Kicker

Quelques mois plus tard, en août 2001, la version KDE 2.2 apporta CUPS comme gestionnaire d’impression. CUPS, repris en 2002 par Apple et entre temps devenu le système d’impression le plus utilisé dans le monde Linux, fut interfacé avec KDEPrint, offrant ainsi une couche d’impression standard et très souple. De plus, cette version vit la première version de KOrganizer, l’application de gestion d’agendas de KDE. Finalement, Xinerama fut intégré dans XFree86 ainsi que dans KDE, permettant d’utiliser le bureau sur plusieurs écrans simultanément.

KDE v3

L’année suivante, en avril 2003, la version 3 de KDE apporta la traduction dans 50 langues, ajouta le moteur javascript à Konqueror (KJS, KDE Javascript engine).
Détail intéressant, la même année, KHTML et KJS sont repris par Apple et utilisés pour le navigateur Safari sous le nouveau nom : Webkit. La raison invoquée : KHTML et KJS sont petits (140’000 lignes de code), bien développés et respectant les standards.
Le futur a malheureusement montré que d’avoir une licence libre ne suffit pas pour profiter des contributions retournées. Apple contribuait en apportant leurs modifications au KHTML, mais irrégulièrement et donc par lots volumineux, non intégrables dans le développement actuel. Les développements furent donc contribués une année plus tard, rendant ainsi ces contributions inutilisables dans un code qui avait évidemment progressé de façon indépendante.
De 2002 à 2007, diverses versions de kde 3.x apportèrent leurs lots d’améliorations : les onglets de navigation dans Konqueror ; Kopete, le client de messagerie instantanée supportant les protocoles AIM, ICQ, Windows Instant Messenger, Yahoo, Jabber, Gadu-gadu et j’en passe. KWallet permit de regrouper les mots de passe de toutes les applications KDE en un seul endroit, et Kontact offrit une vraie application PIM en intégrant KMail, Korganizer et KAdressbook grâce à l’utilisation de KParts. La première mouture de KDE 4, le sujet de cet article, vit le jour en janvier 2008.

Plasma

KDE4 est l’environnement par défaut de nombreuses distributions de Linux, notamment OpenSuse et Kubuntu. Après l’étape d’authentification, fournie par KDM (KDE Display Manager), l’utilisateur se retrouve dans Plasma, l’espace de travail (Workspace) de KDE. Il s’agit donc de ce qu’on pourrait appeler le bureau.
Plasma fournit les moyens d’interaction avec le système. Pour ce faire, il contient les plasmoïdes, petites applications (applets) permettant de fournir les fonctionnalités telles que la corbeille, la barre de tâches, le dossier de bureau, l’horloge, boite à miniatures, moniteurs systèmes, applet météo, cadre photo, et plusieurs centaines d’autres. Plasma est donc un environnement graphique vectoriel (SVG, svp, ...), permettant de manipuler les plasmoïdes, de modifier leur taille ou leur orientation ou de les inclure dans d’autres plasmoïdes de confinement (sic) tels que la barre horizontale ou autres.


fig. 4 – plasmoïde boite à miniatures, intégré dans le tableau de bord, et directement sur le bureau (vertical et en rotation)

Note pour les historiens : un mécanisme semblable, SuperKaramba, existait depuis la release 3.5 de KDE. Trouvant l’idée géniale, les développeurs de KDE ont donc réimplémenté tout l’environnement de bureau en y intégrant cette fonctionnalité, bien entendu complètement refaite pour l’occasion.
Il est important de noter qu’il existe plusieurs moutures de Plasma (vous ne croyez tout de même pas que c’était aussi simple ?) : Plasma Desktop, prévu pour une utilisation sur un ordinateur de bureau conventionnel. Viennent s’y ajouter Plasma Netbook (pour les netbooks,...), Plasma Active (pour les tablettes) et Mobile (pour les smartphones). Évidemment, les plasmoïdes s’exécutent indépendamment de l’espace de travail dans lequel ils se trouvent. L’apparence du plasmoïde est donc séparée de son implémentation.

Kwin

Le gestionnaire de fenêtres, c’est-à-dire l’application qui s’occupe, entre autres, de dessiner les bords des fenêtres de KDE, est KWin. KWin offre toutes les fonctionnalités qu’on attend de lui : placement automatique des fenêtres, redimensionnement, déplacement d’un bureau virtuel à un autre, mais aussi l’indispensable eyecandy sans lequel un bureau ne pourrait pas s’imposer. Ainsi, KDE dispose d’un gestionnaire de fenêtres 3D depuis 2006 déjà. Il s’agissait de Compiz, développé par Novel pour SuSE et qui fut très rapidement adopté par d’autres environnements de bureau tels que Gnome.
La version 4 de KWin intègre les fonctionnalités de Compiz, offrant ainsi plusieurs dizaines d’époustouflants effets de bureau à KDE.


fig. 5 – Kwin-cube, l’effet de cube montrant 4 bureaux virtuels


fig. 6 – Kwin et le passage d’une application à l’autre (Alt+Tab)

Konqueror & Dolphin



fig. 7 – Konqueror divisé en 4 vues, de gauche à droite :
  • liste des périphériques et liens rapides,
  • fichiers sur un dossier distant (sftp),
  • vue SVN d’un projet,
  • vue graphique montrant l’arborescence des dossiers et fichiers d’un dossier local

Le gestionnaire de fichiers et client Web, Konqueror, est probablement LA killer-app qui a fait adhérer des milliers d’utilisateurs à KDE. Tout d’abord, c’était le premier gestionnaire de fichiers pour Linux qui ressemblait à ceux qu’on avait l’habitude de voir sous Windows ou Mac. Mais au-delà de ce réconfortant sentiment de déjà vu, Konqueror cache des fonctionnalités inexistantes sur d’autres systèmes.
La plus notable est l’introduction de KIO slaves, dès la version 2 de KDE. Le principe de KIO slaves est simple : Konqueror accède à toute l’information affichable et butinable à travers ces composants logiciels. Le premier KIO-slave était file :. Il permet de naviguer dans l’arborescence du disque. Rien de bien saillant de ce côté-ci. Mais viennent ensuite les KIO slaves réseau : nfs :, ftp:, sftp:, smb : (CIFS), webdav :, webdavs :, etc. Tous ces KIO slaves permettent à Konqueror d’accéder à ces différentes arborescences de fichiers et permettent d’effectuer les manipulations du type copie/déplacement, création de dossiers, suppression, upload, etc : une seule interface pour maitriser tous vos systèmes de fichiers !
Ainsi, copier un fichier d’un serveur SFTP vers un autre serveur NFS consiste à glisser/déposer le fichier d’une fenêtre Konqueror vers une autre. Vous pouvez également séparer la fenêtre en deux (ou plus) et ensuite travailler comme s’il s’agissait de fichiers locaux. Enfin, Konqueror permet de sauvegarder une configuration, y compris les URL, afin de pouvoir la rappeler par une entrée dans la barre des menus. Déployer les nouvelles classes java sur les multiples serveurs devient un jeu d’enfant !
Le KIO slave transformant Konqueror en client Web est, vous l’aurez deviné : http(s). Ensuite viennent les KIO slaves de manipulation de fichiers compressés : tar :, zip :, gzip :, bzip : et bzip2 :. Ils permettent de naviguer dans l’arborescence se trouvant à l’intérieur d’un fichier d’archives, y compris leur extraction par glisser/déposer. Depuis la version 2 de KDE (année 2000), Konqueror possède ce qui reste, même aujourd’hui, une des fonctionnalités les plus avancées existantes sur un gestionnaire de fichiers : le audiocd : KIO slave. Il affiche, dès l’introduction d’un cd audio (un support un peu vintage, je vous l’accorde) une arborescence virtuelle composée de dossiers : RAW, WAV, Ogg Vorbis, MP3, etc. À l’intérieur de ces dossiers, vous trouvez les fichiers dont les noms correspondent au nom des morceaux se trouvant sur le CD (via CDDB) et les extensions correspondantes au nom du dossier qu’on aura choisi auparavant. Vous l’aurez compris, c’est une arborescence virtuelle qui ne reflète pas ce qui se trouve sur le CD audio. Mais c’est par l’opération de glisser-déposer que la magie opère. Déplacez le morceau de votre choix du dossier Ogg Vorbis vers un dossier local et Konqueror déléguera à l’audiocd : KIO slave l’encodage de la piste audio au format OGG !
Ce n’est évidemment pas tout. Avec les années, Konqueror s’est retrouvé enrichi de dizaines d’autres KIO slaves : man :, pour naviguer dans les pages de manuels unix, finger :, pour afficher les informations sur un serveur, applications : servant à lancer les applications installées sur le système, trash : pour manipuler la corbeille, desktop :, servant de lien vers le dossier du bureau. settings : permet d’accéder aux applications de configuration du système, cgi : exécute les programmes cgi sans le serveur Web, bookmarks : gère les signets et j’en passe...
Konqueror et ses KIO slaves sont la pièce maîtresse de KDE. Toutes les applications KDE les comprennent, ce qui permet d’ouvrir de façon transparente un fichier/dossier, où qu’il se trouve, avec n’importe quelle application KDE, pour autant qu’elle gère ce type de fichier.
Avec les années, Konqueror est devenu tellement complexe, que les nouveaux utilisateurs de KDE se trouvaient démunis face aux possibilités de son interface. Ils trouvaient Konqueror compliqué. Grand bien leur fasse, c’est grâce à ces mécontents que Dolphin fut créé ; le gestionnaire de fichiers axé sur l’utilisabilité. Les développeurs de Dolphin sont partis de Konqueror et ont enlevé tout ce qui était superflu, pour obtenir un gestionnaire de fichiers simple, facile d’utilisation, mais gardant les principes qui ont rendu célèbre leur ancêtre.
Konqueror fait toujours partie de KDE et est utilisé par de nombreux utilisateurs pour ces capacités de navigation d’arborescences SVN/CVS ou autres, ainsi que pour la granularité de ses options de personnalisation.

Gwenview, Okular & Konsole

Gwenview est l’afficheur d’images issu du projet KDE. Il affiche les images, permet leurs manipulations (rotations, taille...) et possède le mode diaporama, le mode plein écran et une zone de vignettes pour une navigation facilitée.
Gwenview existe comme application autonome, mais aussi comme composant KParts, ce qui permet son intégration dans toutes les applications KDE ayant besoin d’un afficheur d’images.
Okular est le lecteur PDF officiel de KDE. Issu de KPDF, il permet également la lecture de fichiers PS, Tiff, CHM, DjVu, XPS, ODT, FictionBook, ComicBook, Plucker, EPub et Mobipocket. En plus de ces capacités de lecture, Okular permet d’annoter les documents, en utilisant les formats natifs d’annotation pour les formats de fichiers qui supportent cette fonctionnalité.
Quant à Konsole, ce petit bijou est probablement le terminal le plus avancé du monde UNIX. En plus des fonctionnalités d’un XTerm de base, Konsole supporte les onglets, ce qui permet d’avoir une seule fenêtre pour plusieurs connexions ssh. De plus, il propose un système de signets pour se retrouver en un clic, et là je le cite totalement par hasard, dans le dossier de logs d’un serveur distant. Konsole a un système de monitoring des activités des shells ouverts qui avertit l’utilisateur quand une nouvelle ligne est envoyée sur un terminal se trouvant dans un onglet de Konsole. Enfin, il permet la configuration de divers profils d’affichage, assignables à des différentes sessions shell.
Konsole a également une fonction de recherche dans l’historique d’affichage, activable avec la combinaison Ctrl+Shift+F.

KMail+KOrganizer=Kontact

KMail fut dès le départ le client mail officiel du projet KDE. C’est une application solide, bien faite et stable, qui a permis à l’auteur de ce texte de garder tous ses mails intacts et regroupés en un seul endroit, de 1999 à aujourd’hui.
Supportant les protocoles POP et IMAP, Kmail peut stocker les mails en format mbox ou maildir. Il supporte la recherche IMAP, ainsi que la recherche dans les mails locaux en utilisant Akonadi. Les capacités de filtrage ultra rapide par titre, expéditeur ou destinataire rendent cette application irremplaçable une fois qu’on y est habitué.


fig. 8 – Kmail 1.13.6, KDE 4.6

Kmail présente une arborescence de dossiers, dans lesquels les mails peuvent être filtrés grâce à un système de filtres très souples. Le classement des mails à l’intérieur d’un dossier est également astucieux : les mails sont regroupés sous les onglets limitant une période de temps : aujourd’hui, hier, il y a deux jours, février, etc. Ainsi l’échelle de l’ascenseur vertical s’adapte à la quantité des mails pour une période, la granularité des périodes augmentant avec la proximité temporelle de celles-ci. De plus, les messages peuvent être tagués (Nepomuk  !), rendant ainsi leur recherche plus rapide. KMail supporte les formats de cryptage et signature électronique OpenPGP, PGP/MIME et S/MIME.
Le compagnon de KMail, KOrganizer permet de gérer vos rendez-vous. KOrganizer supporte les serveurs Exchange, OpenExchange, Kolab, GroupDAV et peut s’interfacer moyennant les plugins supplémentaires avec les serveurs Caldav et Google Agenda. L’interface de KOrganizer fournit les fonctionnalités habituelles pour ce type d’applications. Je note tout de même l’affichage en superposition des événements provenant d’agendas différents, se trouvant sur les serveurs différents.
Kontact intègre les fonctionnalités de KMail, Korganizer et KAdressbook en une seule application en utilisant les composants KParts. Ainsi il offre la possibilité de voir et manipuler tous les rendez-vous et mails en un seul endroit.

Akonadi, Nepomuk & Strigi

Les trois services suivants sont la plupart du temps totalement invisibles pour l’utilisateur lambda. Prétendant à une certaine exhaustivité concernant le sujet traité, je me permets néanmoins d’en toucher quelques mots.


fig. 9 – architecture Akonadi
Avant l’avènement d’Akonadi, toutes les applications dites PIM (Personnal Information Manager) telles que le client mail (KMail), le client agenda (KOrganizer) ou le gestionnaire d’adresses (KAdressbook), sauvegardaient leurs données dans des fichiers plus ou moins éparpillés sur le disque. Akonadi permet, aux applications qui l’implémentent, l’accès unifié à ces données. Il fournit une base de données proxy simplifiant et accélérant l’accès aux données telles que les mails ou les adresses.
La première application qui utilisait Akonadi était KAdressbook. KMail et KOrganizer ont eu cette chance à partir de la version 4.7 de KDE. En plus de servir comme une sorte de tampon fédérateur entre les données (les mails) et l’application (le client mail), Akonadi peut synchroniser les données sans que l’application s’en mêle. Ainsi, Akonadi se connecte sur votre compte IMAP ou Caldav afin de récupérer les mails ou les événements, laissant le soin à l’application mail ou agenda de manipuler ces données par la suite.
Strigi est le nouvel indexeur de fichiers de KDE. De même que Akonadi, qui indexe les données PIM, Strigi indexe les fichiers. Attention toutefois : la technologie est très jeune, mal comprise et généralement rejetée par les utilisateurs. La cause principale de cela est une implémentation maladroite de la migration des données de l’ancienne version de l’application (p. ex KMail) à la nouvelle, utilisant Akonadi.
Malgré cela, Akonadi est un des piliers de KDE4 et ne sera pas abandonné par les développeurs. Vous comprendrez pourquoi dès que j’aurais parlé de Nepomuk.
Nepomuk, en conjonction avec Akonadi et Strigi, forme la base du Bureau Sémantique Social (Social semantic desktop). Ce n’est pas un big band cubain, mais bel et bien l’environnement distribué pour la gestion personnelle et ontologique de la connaissance unifiée : Networked Environment for Personal, Ontology-based Management of Unified Knowledge, NEPOMUK.
Nepomuk n’est pas développé dans un garage. Le projet initial a couté 17 millions d’euros, dont 11.5 millions financés par l’Union européenne. L’objectif de ce projet est de fournir la boite à outils pour l’intégration des environnements de bureau dans un environnement collaboratif global permettant de catégoriser, classer et partager l’information. Ceci est atteint en permettant l’annotation de tous les objets présents dans l’ordinateur : mails, fichiers, adresses, etc., en utilisant les formulations issues du Web sémantique. Ensuite, cette information peut être partagée et recherchée à travers le Web, en intégrant ainsi les bureaux des utilisateurs dans un magma informationnel à mi-chemin entre le Peer-to-Peer et le Cloud.
Seul l’avenir pourra nous dire si le projet atteindra ses objectifs. En attendant, on profite déjà des facilités de taggage et recherche des informations stockées sur notre disque.


fig. 10– logo Nepomuk

K3b, Amarok, Kaffeine

K3b est probablement la seule application KDE que même les adeptes de l’autre environnement de bureau Linux utilisent. K3b, comme dans KDE Burn Baby Burn, est le graveur de CD et DVD du projet KDE. Je passe sans même toucher un mot sur ses diverses capacités de gravure de CD ou DVDs. Il n’est pas nécessaire non plus de mentionner que K3b supporte la gravure de disques Blu-ray en plus de tous les autres formats. Je mentionnerais à peine la facilité avec laquelle K3b grave les CDs audio à partir des fichiers mp3, wav, flac ou ogg. Ce sur quoi j’insisterai par contre c’est la capacité d’extraction de supports vidéo. N’étant pas à la solde de grands groupes de producteur de contenu, K3b peut se permettre de donner la possibilité d’extraire, de décrypter et de transcoder à la volée les vidéos se trouvant sur les supports DVD ou VideoCD. K3b est donc un graveur et un ripper, pas étonnant donc qu’il soit si populaire.
Amarok (amaroK, jusqu’en 2006) est le lecteur audio du projet KDE. De même que K3b, Amarok ne fait pas partie de l’arbre de compilation KDE. Toutefois, ceci ne change pas grand-chose, car il suit et s’adapte aux évolutions des librairies KDE. Amarok a été complètement réécrit pour KDE4, offrant ainsi une interface agréable et facile d’utilisation. Il supporte tous les formats audio non DRM, affiche les paroles de chanson et les pochettes des albums, qu’il récupère de Amazon. Amarok permet la confection des listes de lecture selon plusieurs algorithmes, dont un particulièrement innovant permettant d’assigner les pourcentages aux tags tels que artiste, style ou autre, laissant le soin à Amarok de combiner la liste de morceaux correspondant aux critères choisis. Comme effet de transition, Amarok supporte le fondu enchainé, et enfin, il est compatible avec iPod.
Kaffeine est le lecteur vidéo du projet KDE. Il supporte tous les formats vidéo supportés par le moteur xine, qu’il utilise pour la lecture. Autant dire que sur Linux, le support de formats multimédia propriétaires n’a jamais vraiment posé problème. En plus de lire les vidéos, Kaffeine supporte les menus DVD et peut être utilisé comme interface aux tuners DVB (télévision numérique).


fig. 11– image promotionnelle d’Amarok

Solid & Phonon

La gestion de hardware sous KDE est organisée par le groupe de personnes regroupé sous le nom de Solid. Les projets faisant partie de Solid fournissent les applications de gestion de connexions réseau, de gestion d’énergie, blutooth et gestion de moniteurs. C’est un travail en cours dont l’objectif est de réunir les applications existantes sous une même API. Ainsi, Solid fournit à toutes les applications KDE l’accès à NetworkManager, udev et BlueZ.
Phonon fournit le même genre d’abstraction, mais pour tout ce qui est multimédia. À l’origine, Phonon fut développé pour fournir une couche d’abstraction multimédia aux applications KDE. Ainsi les applications ne se soucient plus des particularités de Xine, GStreamer, VLC ou MPlayer mais utilisent une API commune. Depuis, Phonon a été intégré dans Qt, fournissant ainsi cette même souplesse aux applications Windows ou OSX.
Si vous êtes un utilisateur OSX ou Windows, vous ne comprenez probablement pas pourquoi je vous raconte ceci. Après tout, pour Windows, il n’existe qu’une API multimedia : DirectX et pour OSX également : Coreaudio. Pourquoi donc compliquer ? Parce que c’est ainsi que le monde du Libre fonctionne. De nombreuses solutions au même problème ainsi que leurs mutations permettent de maintenir l’écosystème vivant. La survie du plus adapté en quelque sorte, mais appliquée au logiciel. Le fin mot de l’histoire est que la gestion de l’audio et de la vidéo n’est plus dépendante du backend mais peut être abstraite par les interfaces Phonon en facilitant ainsi grandement la vie des utilisateurs.

Qt

Une parenthèse politique me semble nécessaire ici, non parce qu’elle est d’une importance quelconque pour le néophyte voulant savoir un peu plus sur KDE, mais parce qu’elle explique audit néophyte les causes du rejet de KDE par toute une partie d’aficionados du Libre : l’entier de KDE repose sur Qt, une librairie graphique développée par Trolltech, une entreprise commerciale.
Qt n’eut pas la licence GPL avant la version 4 (2005). Au contraire, elle fut distribuée sous la licence QPL (Q Public licence) qui était libre, mais non compatible avec la licence GPL. Ceci fut corrigé depuis, principalement grâce aux pressions de l’équipe KDE.
Sans le rejet de Qt et donc de KDE par toute une partie de la communauté du Libre, un autre environnement de bureau, GNOME, n’aurait probablement jamais vu le jour.
En effet, le projet GNOME fut la réponse directe au caractère propriétaire de la librairie graphique Qt. Le projet GNOME choisit donc la librairie GTK, utilisé pour gérer l’interface de GIMP, le logiciel de dessin bitmap.
Grâce à ce conflit d’opinions, le monde du Libre possède deux environnements de bureau, des environnements performants, faciles d’utilisation et beaux.
Depuis lors, Trolltech fut acheté par Nokia, et Qt est actuellement utilisé dans beaucoup d’applications telles que Maya (Autodesk), Photoshop Elements (Adobe), Skype et Mathematica, pour ne citer que celles-ci. Il est évidemment toujours distribué sous plusieurs licences, dont la LGPL.

Mot de la fin

KDE est un environnement de bureau stable, agréable à l’oeil et à la souris, et facile d’accès. Les initiatives telles que freedesktop.org ou Nepomuk regroupent les gens dont l’objectif est de fournir les lignes guides pour des environnements de bureau modernes.
L’année prochaine on soufflera quinze bougies sur le gâteau de l’anniversaire de ce que fût, il y a longtemps le rêve d’un étudiant. KDE n’entrera pas en bourse et les gens n’attendront pas toute la nuit devant les magasins pour se le procurer. Actuellement tous les Linux représentent 2% des environnements de bureau et KDE n’aura probablement pas plus de 5 pour cent de parts de marché. Ceci n’enlève rien à l’excellence de cet environnement, car la visibilité ou même l’omniprésence ne sont pas toujours gage de qualité. La plupart des applications KDE peuvent et sont utilisées avec OSX et avec Windows. Ceci est possible grâce à Qt, le framework multiplate-forme qui est à la base de KDE.
KDE 5, annoncé en aout 2011 par Aaron J. Siego, un des moteurs principaux de KDE et Zürichois d’adoption, portera une attention particulière aux interfaces pour tablettes et smartphones. L’influence de Nokia et du défunt MeeGo, basé sur Qt, y sont probablement pour quelque chose, mais l’avenir seul nous montrera quelle peut être la place d’un environnement KDE dans un monde dominé par iOS et Android. Koffice, la suite bureautique complète pour KDE pourrait être un atout.
L’environnement de bureau tel que nous le connaissons sera probablement mort avant la fin de la décennie. Du côté des plates-formes propriétaires ainsi que du côté du libre, on affûte les armes. Quoi qu’il en soit, l’avenir s’annonce passionnant, vivement demain !

Références


 
  Article du FI-EPFL 2012 sous licence CC BY-SA 3.0 / P. Viceic



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