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L’Open Access à l’EPFL


Et si tous les résultats de la recherche étaient en accès libre sur Internet  ?



What if all scientific publications were freely accessible on the Internet  ?


Julien JUNOD


La publication en libre accès (Open Access ou OA en anglais) permet d’offrir gratuitement des documents en ligne. N’importe qui peut alors accéder au contenu, à condition d’être connecté à Internet. Le plus souvent, ceci est réalisé au moyen d’un basculement de la facturation : dans le cas des articles, les frais de publication ne sont plus couverts par les abonnements aux revues, ils sont directement pris en charge par les auteurs (selon le modèle le plus répandu, d’autres possibilités existent). Ne payent plus ceux qui lisent, mais ceux qui écrivent.

Ce que le libre accès n’est pas

Mouvement philosophique ou modèle économique, ce mode de publication n’implique pas d’autres aspects qu’on lui attribue volontiers.
Le contenu librement accessible n’est pas nécessairement libre de droits. Une consultation sans entrave n’implique pas une totale liberté d’utilisation, qui relève des questions de propriété intellectuelle, indépendamment du modèle choisi.
La publication en libre accès n’est pas forcément une activité bénévole, comme en atteste le nombre croissant d’éditeurs commerciaux qui l’adoptent.
La liberté d’accéder n’entraîne pas la liberté de publier. Les revues sérieuses reprennent le principe des comités de lecture [1], ou imaginent de nouveaux systèmes pour contrôler la qualité éditoriale nécessaire à leur réputation (PLoS ou Frontiers). On voit des formules à succès côtoyer des journaux obscurs, tout comme dans le modèle traditionnel.

Qu’en est-il à l’EPFL ?

Les institutions de recherche disposent principalement de deux outils pour mettre en oeuvre le libre accès, surnommés voies verte et dorée.
Par le biais d’Infoscience, l’archive institutionnelle maison, notre École soutient activement la voie verte. Celle-ci consiste à mettre à disposition du public une copie de l’article publié dans une revue payante, pour autant que l’auteur obtienne le consentement de l’éditeur, ce qui est souvent le cas. Officiellement, tous les membres de l’École sont encouragés à le faire. Dans la pratique, seul un tiers des publications répertoriées sont déposées dans l’archive, selon un pointage réalisé l’année passée [2].
Ce premier aspect du libre accès est le plus pragmatique, puisqu’il perpétue le système payant traditionnel, tout en offrant un second canal de diffusion gratuit. Le désavantage est une double facturation (au prix des abonnements s’ajoute la maintenance d’une infrastructure de diffusion sur Internet), et une barrière psychologique (un article téléchargé directement depuis la plate-forme de l’éditeur a souvent plus fière allure).
L’idéal serait donc la voie dorée, soit la publication dans une revue dont l’intégralité du contenu est disponible en libre accès. On allie alors prestige et gratuité. Pour l’instant, cette démarche reste entièrement à la charge des laboratoires. Ni la bibliothèque ni l’École n’ont conclu de partenariats avec les éditeurs dans le but de diminuer les frais de publication.
Toujours selon l’étude citée, dans un peu moins de 5% des cas, les chercheurs ont choisi ce modèle et ont accepté de s’acquitter d’une facture s’élevant souvent à deux ou trois mille francs. Cette situation pourrait évoluer avec la constitution d’un fonds d’aide à la publication en libre accès, qui est en cours de discussion au Fonds national et à la Conférence des recteurs des universités suisses.

Enjeux

Parmi les arguments avancés en faveur du libre accès figure en première place celui d’une plus grande diffusion. Malheureusement, la mesure fiable d’un effet du libre accès sur le nombre de citations et de téléchargements se heurte à des difficultés méthodologiques considérables. À l’heure actuelle, personne n’est en mesure de fournir des statistiques complètes et comparables qui viendraient conforter ou mettre en doute ce postulat au demeurant raisonnable [3].
Les bibliothèques avaient aussi fondé beaucoup d’espoir sur le libre accès pour contenir la hausse du prix des abonnements aux périodiques [4]. Mais que l’on facture à la sortie où à l’entrée du circuit ne changera rien à l’affaire : le prix des revues augmente avec leur réputation. Une période de transition qui verrait coexister les deux systèmes risque également de générer des coûts supplémentaires. Cependant, si l’on inclut les retours sur investissement dans l’analyse, des bénéfices pourraient être envisagés à long terme [5].
L’explosion du nombre d’articles publiés, qui, encouragé par la politique du publish or perish, a plus que doublé ces quinze dernières années [6], n’aidera pas non plus à faire baisser le montant de la facture. De nombreux scientifiques doivent faire face aux souhaits contradictoires émis par les institutions, qui encouragent la publication en libre accès, mais exigent surtout que les articles paraissent dans des revues à fort facteur d’impact. Ces deux aspects n’étant pas conciliables dans tous les domaines de la recherche, le choix est souvent vite fait entre principes moraux et survie.
Tout au plus, dans un monde où tout le monde est poussé à écrire et où plus personne n’a le temps de lire, paraît-il plus raisonnable de faire payer le privilège d’écrire plutôt que de pénaliser les personnes qui consacrent un peu de leur temps à la lecture.
D’un autre côté, le monde de l’édition, qui se sentait très menacé par l’arrivée du libre accès, se résout progressivement à adopter ce modèle, bousculé par des nouveaux venus comme PLoS ou Biomed Central, qui ont fait la preuve de son succès et de sa rentabilité. Dans ce bras de fer, ni les craintes des éditeurs, ni les espoirs des bibliothécaires ne semblent s’être réalisés.
Le mode de facturation traditionnel est un héritage direct d’une époque à laquelle le rôle des éditeurs et des bibliothèques consistait à fabriquer, diffuser et archiver des documents de papier. Or, comme il est impossible de contrôler la dissémination de documents électroniques – aucune réponse efficace n’ayant été trouvée au problème du piratage – le libre accès n’apporterait-il tout simplement pas la seule solution de financement viable dans un monde d’internautes qui considèrent le téléchargement gratuit comme un dû ?


Article du FI-EPFL 2012 sous licence CC BY-SA 3.0 / J. Junod

[1] Le DOAJ, le répertoire des périodiques en libre accès, soumet les éditeurs à des vérifications strictes avant de référencer un journal.

[2] ROTH, Dylan. État de la publication en Open Access dans les disciplines scientifiques présentes à l’EPFL. 2011.

[3] Voir par exemple : DAVIS, Philip M. Open access, readership, citations : a randomized controlled trial of scientific journal publishing. The FASEB Journal, mars 2011.
Ou encore une bibliographie plus complète de ce sujet controversé qui a fait l’objet de nombreuses recherches.

[4] Près de 400% en plus sur une période couvrant les vingt dernières années, selon le rapport ARL Statistics 2008-2009. [Association of Research Libraries, Washington.

[5] HOUGHTON, John et al. Economic implications of alternative scholarly publishing models : Exploring the costs and benefits, rapport du Joint Information Systems Committee. 2009. Une nouvelle étude, plus quantitative et consolidée quant aux modèles utilisés, est sur le point de paraître.

[6] Selon le Web of science, on passe de près de deux millions de publications répertoriées en 1995 à un peu moins de cinq millions et demi en 2011.



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