FLASH INFORMATIQUE FI



Les nuages, la reconnaissance de vos appareils


Pour faire évoluer nos appareils mobiles sans nous ruiner, intégrons les services dans les nuages (clouds).



To upgrade your mobile devices without breaking the bank, use integrated services into the clouds.


Laurent KLING


L’attrait de la nouveauté entraîne des effets parfois surprenants. Par exemple, l’apparition d’une nouvelle génération d’iPhone est corrélée avec une augmentation des sinistres chez les assureurs. L’obsolescence n’est pas technique, mais culturelle. Le goût du changement est attisé par les pratiques commerciales des entreprises tentant de nous convaincre du bien-fondé de renouveler notre matériel.

Comment résister au scorpion qui sommeille en nous ?

Dans un modèle entièrement numérique, le changement est uniquement du côté logiciel :

  • le système d’exploitation,
  • les programmes,
  • les données.

Ce monde immatériel se fracasse sur l’autel de la réalité, car l’interaction entre l’être humain et sa machine ne peut se faire qu’à travers des appareils physiques. L’individu se retrouve face à un choix similaire de celui de l’allégorie du scorpion et de la grenouille voulant traverser la rivière. Une opération qui selon la fable entraîne la disparition des deux protagonistes, car le scorpion n’ayant pas pu résister à sa nature, piqua l’amphibien qui le transportait. En tant que responsable informatique je suis confronté à un éternel dilemne, être dans le flux des nouveautés technologiques ou rester sur les bas-côtés de la route de la société de consommation. Cette course est probablement vaine, car notre soif de nouveauté semble être inscrite dans nos cerveaux reptiliens. Le rythme de cette poursuite devient frénétique quand on doit intégrer les appareils amenés par les utilisateurs eux-mêmes.

Consumérisme technologique

L’incursion du matériel personnel dans la sphère de l’entreprise est décrite comme un phénomène nouveau accompagné par un néologisme anglo-saxon consumerism it. Par un curieux retournement de sens, consumerism possède deux définitions dans la langue anglaise :

  • mouvement de protection des consommateurs, le sens original,
  • action de consommer des biens et des services, voir wikipedia.

Le consumérisme technologique est décrit comme un changement fondamental dans le rapport entre organisation informatique et utilisateurs. Au modèle simple d’une dépendance entre les clients consommateurs et le service informatique se substitue une relation plus équilibrée d’individus échangeant de l’information. Plutôt que d’opposer les deux définitions, il est préférable de bâtir l’offre autour des deux faces de la même réalité : les usagers et des services adaptés en permanence.

Un écosystème en évolution

Les êtres humains ne sont pas une espèce endémique, notre progression sur la surface de la Terre est prodigieuse. D’un réservoir génétique compris entre 30’000-50’000 individus nous avons maintenant colonisé l’ensemble de ses continents pour atteindre plus de 7 milliards de personnes. Dans ce marché planétaire, les données circulent à la vitesse de la lumière, la pression consumériste est totale, seule une amélioration des services informatiques peut éviter un effondrement de notre niche écologique. Dans ce contexte, l’avènement d’un modèle entièrement numérique représente un changement majeur dans nos habitudes de consommation. Au préalable, l’information était absorbée sous une forme tangible : un livre, un disque, une cassette vidéo.
Ces modèles appliquaient un principe de reproduction en masse :
création - modèle - reproduction sur support physique - distribution - achat - utilisation

En 1998, l’arrivée du lecteur de musique numérique Rio PMP300 avec une carte mémoire de 32 Mo a bouleversé ce processus de production :
source - numérisation - utilisation


le premier lecteur de musique numérique avec un succès commercial

Naturellement, la source était physique, un CD audio qui devait être transformé au format MP3, processus destructif pour la qualité (MP3 étant au départ un composant audio minimisant la taille pour de la vidéo numérique MPEG2). Rapidement, un marché s’est créé sur le Web pour échanger les fichiers de musique compressés.
La force d’Apple fut de comprendre ce changement fondamental d’une organisation de distribution physique vers un modèle numérique où seule l’information est échangée. Cette évolution engendra un changement majeur des circuits économiques :

  • avant, des marges pour chaque niveau de distribution physique (producteurs, grossistes, détaillants, revendeurs),
  • après, du producteur au consommateur avec un intermédiaire unique.

Pour Apple cette métaphore est iTunes qui est maintenant un acteur majeur du marché de la musique.

Faire évoluer nos processus, pas nos appareils

Comme responsable informatique je gère des infrastructures, celles-ci utilisent des environnements différents (systèmes d’exploitation, applications, services). Je dois également me tenir informé des avancées pour éviter de redévelopper un travail déjà réalisé ailleurs. Finalement, je dois combiner toutes ces sources d’actualités pour offrir des outils adaptés aux utilisateurs. Après quelques allers-retours, j’ai basculé dans un monde dématérialisé, appelé nuages ou cloud. Pour simplifier, les nuages sont des données hébergées quelque part sur Internet. Ces infrastructures existent uniquement pour fournir des services à une échelle planétaire.
Ces services absorbent de l’information numérique, ils doivent être capables de la restituer complètement aux clients. Les nuages doivent être transparents, ce qui, je le reconnais, est une prouesse métaphorique difficile, car ils sont en réalité floconneux voire totalement opaques.
Ce changement a permis de faire coexister pacifiquement deux antiquités en profitant des outils de 2012 :

Appareil iPhone iPad
Génération 1G 1G
Achat 1.2008 6.2010
Durée de vie 4 ans 2 ans
Système successif 1.1.2 - 2.0.2 - 3.1.3 3.2.1 - 4.3.3 - 5.0.1
utilisable avec les nuages (cloud) oui oui

Si ces deux montures ne sont plus du dernier cri, l’ajout d’applications payantes permet de prolonger leur durée de vie. On peut relever la générosité d’Apple qui offre chaque année une mise à jour du système d’exploitation. À ce titre, un utilisateur Apple peut facilement employer des antiquités, car le matériel est disjoint du logiciel. Pour revenir à l’iPhone, il est instructif de relire la transcription de l’époque sur l’annonce de cette révolution le 9 janvier 2007.

Les derniers résultats d’Apple avec plus de 35 millions d’iPhone vendus en trois mois sont une preuve éclatante du plébiscite pour cet appareil. Cette entreprise a réussi à créer un lien affectif entre un objet de consommation et son propriétaire, on parle de son iPhone  !

9:41am
This is a day I’ve been looking forward to for two and a half years. Every once in a while a revolutionary product comes along that changes everything. One is very fortunate if you get to work on just one of these in your career. Apple has been very fortunate that it’s been able to introduce a few of these into the world.
In 1984 we introduced the Macintosh. It didn’t just change Apple, it changed the whole industry.
In 2001 we introduced the first iPod, and it didn’t just change the way we all listened to music, it changed the entire music industry.
9:42am
Well today, we’re introducing THREE revolutionary new products. The first one is a widescreen iPod with touch controls. The second is a revolutionary new mobile phone.
9:43am
And the third is a breakthrough internet communications device.
An iPod, a phone, an internet mobile communicator… these are NOT three separate devices ! And we are calling it iPhone !

voir ici

Un iPad dans les nuages

Mon iPad a comblé le trou entre un bloc-notes papier et ordinateur de bureau. Son encombrement allié à une facilité d’utilisation sans pareille répond à mes besoins. Le principal reproche dans un emploi quotidien était la séparation des données liée à chaque application et leurs synchronisations séparées. Un premier palliatif fut trouvé : utiliser la messagerie comme dépositaire des informations. Si cette méthode fonctionne bien, elle possède comme défaut de passer par un goulot d’étranglement inadapté pour cet usage. La recherche d’une solution commence par la correspondance entre les besoins et les services disponibles :

  • offrir un espace de fichiers et synchroniser les changements automatiquement,
  • être accessible directement depuis toutes mes plates-formes matérielles (Macintosh, iPhone, iPad, Windows, Linux),
  • en cas de besoin, être disponible sur le Web.

L’écueil de tous les systèmes existant à l’EPFL résidait sur le premier point : comment éditer un document sur plusieurs machines en conservant une cohérence  ? Trois solutions viennent à l’esprit :

  • verrouiller le fichier pour le premier appareil utilisé,
  • réviser directement le contenu avec un butineur sur le Web,
  • employer un logiciel de gestion de version.

Ces trois réponses échouent dans un usage mobile, car je passe d’objet en objet.

DropBox, le service idéal pour la tête dans les nuages

Ce service commercial offre une solution à mes besoins :

  • disponible sur toutes mes plates-formes,
  • duplication automatique des changements sur tous les postes clients assurant ainsi la pérennité de l’information,
  • offre d’une logique de suivi des modifications,
  • gratuité pour 2 Go.

On peut craindre pour la confidentialité des informations, car ce fournisseur est situé aux USA, donc soumis aux autorités américaines. Cette inquiétude peut facilement être contournée si on crée un fichier encrypté. À titre d’exemple, un document KeyPass, protégé par nature peut parfaitement trouver sa place dans DropBox.
Le résultat est surnaturel, je mets à jour sur une de mes platesformes un carnet d’expérience. Par la magie du nuage, ces données sont immédiatement mises à jour sur l’ensemble de mes machines. Pour l’installation d’un nouveau serveur :

  • sur mon iMac, je crée la hiérarchie correspondante à la machine, je dépose la documentation et décris le processus d’installation ;
  • sur mon iPad ou iPhone, je mets en place le serveur dans son local, je suis les instructions élaborées au préalable ;
  • sur un serveur Linux ou Windows, j’installe DropBox, le connecte et je peux continuer mon travail en maintenant à jour son carnet de bord.


deux visions du même document, Finder Mac et Nebulous sur iPad

Un écosystème numérique

Le premier critère de choix n’est pas uniquement technologique, un système parfait sur le papier devient parfaitement inutilisable si vous ne disposez pas des bons outils. À ce titre, le premier arrivé génère le standard de facto. C’est la disponibilité des interfaces de programmation (Application Programming Interface) qui est le germe de la profusion d’outils mis à disposition par les développeurs.


deux visions du même document, Finder Mac et Nebulous sur iPad

Pour gérer les flux d’informations, je combine trois services dans les nuages :

Google,
pour l’hébergement des flux RSS,
Delicious,
un serveur de signets (bookmarks),
DropBox,
les fichiers synchronisés ;
et quatre applications sur mon iPad et iPhone :
NewsRack,
lecteur de flux RSS synchronisé avec Google et Delicious,
Delicious Bookmarks Discovery,
gestionnaire de signets synchronisé avec Delicious,
Zite Personalized Magazine,
un magazine personnalisé d’actualités construit à partir de flux RSS transitant par Google et dont les signets sont exportés sur Delicious,
Nebulous,
un éditeur de texte synchronisé avec DropBox.

Ma journée de travail commence dans les transports publics, je dégaine mon iPad et je parcours les nouvelles en provenant des flux d’information auxquels je suis abonné. Je parcours également les dernières nouvelles sur mon magazine personnalisé, je peux signaler un article que je trouve intéressant soit pour la source, soit pour son auteur.


Zite, un créateur de magazine intelligent

À partir de deux sources d’informations fédérées (Zite et NewsRack), je génère un lien en prenant soin de définir des mots-clés qui seront utiles pour une recherche croisée.


Zite, un signet et ses mots clés

Ce pointeur a peut-être déjà été signalé par un autre usager, je peux alors parcourir sa liste publique et découvrir ainsi de nouvelles inspirations. Si ses intérêts rencontrent les miens, je peux même m’abonner à son contenu.


Delicious Bookmarks Discovery, la communauté autour d’un signet

Finalement, j’édite un document hébergé dans les nuages pour utiliser l’information recueillie avec Nebulous. Je suis dépendant d’entreprises commerciales, mais je préfère bénéficier d’un avantage concurrentiel au prix de la perte d’une partie de ma liberté individuelle, peut-être un pacte avec Méphistophélès.

Back to the future

Ironiquement, j’ai déjà vécu une expérience similaire de consumérisme it en 1986 avec l’irruption de la réalité des usagers dans une grande firme multinationale.
Au départ engagé pour assurer la maintenance de terminaux, je me suis retrouvé une demi-journée plus tard dans le rôle d’intégrateur de service. C’est une discussion autour d’un café qui a provoqué un mandat pour créer un logiciel permettant à l’équipe de support (Helpdesk) de quantifier les appels téléphoniques. J’ai utilisé ma compréhension du Macintosh pour proposer une solution client-serveur écrite en assembleur et Pascal.
De fil en aiguille, mon rôle d’expert Macintosh se diffusa. À ce titre, j’ai aidé l’introduction de Mac privés. Par atavisme, les informaticiens de l’établissement voyaient d’un mauvais oeil l’incursion de technologies inconnues. Ce sentiment de rejet a été vite balayé par un haut responsable qui désirait bénéficier au travail de la même machine qu’à la maison. Ainsi Excel 2.0.2 sur Macintosh remplaça avantageusement les tableurs de l’époque (Multiplan et Lotus123).
Maintenant on se retrouve devant une situation similaire quand un usager vous demande de connecter son dernier gadget dans l’environnement complexe de son entreprise.



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