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Bougez, vous êtes localisés !


Le 8 décembre une demi-journée de conférence-débat s’est tenue à l’EPFL, organisée dans le cadre d’un partenariat UNIL - EPFL pour traiter des opportunités et des risques de la géolocalisation. Voici quelques impressions sur cette problématique, une chose est sûre, on n’a pas fini d’en parler.



Nowadays, the mobility behavior of individuals is captured for online or historical data analysis. Last 8 December, a conference and a debate tried to ask the relevant questions.


Jacqueline DOUSSON


MODAP

Professeur Spaccapietra, EPFL

Co-organisateur de cette manifestation, le projet MODAP (Mobility, Data Mining and Privacy) est un des deux projets européens qui s’intéressent à la problématique mobilité et données privées. Le sujet suscite un intérêt grandissant chez beaucoup de professionnels (média, justice, police, banque, tourisme ...), mais reste encore assez peu connu du grand public. Onze partenaires font partie du consortium MODAP (dont l’EPFL et l’UNIL) ; MODAP coordonne la recherche dans ce domaine. L’objectif de MODAP est de promouvoir une meilleure intelligence des données, notamment comportementales ... tout en garantissant leur protection contre des usages non souhaités. L’intelligence des données signifie ici l’interprétation qu’on peut faire de données brutes. Les équipes de recherche travaillent dans différents domaines :

  • acquisition et stockage des données brutes qui proviennent en grande majorité des téléphones et des GPS, mais d’autres capteurs sont susceptibles de fournir des données de géolocalisation
  • stockage des trajectoires déduites ; selon les besoins de l’étude, la trajectoire peut être liée aux moyens de transport utilisés, aux activités (repos, marche, course), aux lieux traversés (magasins, écoles), aux lieux avec temps d’arrêt de plus de 30 minutes, etc.
  • l’analyse en déduit des schémas de mobilité
  • ces schémas sont ensuite utilisés/interprétés par les entités intéressées.

Les équipes de recherche qui font partie du projet MODAP se préoccupent particulièrement de ne pas créer de bases de données avec des données sensibles et lors de la diffusion de leurs travaux de ne pas publier des informations permettant d’identifier une personne en particulier.



État des lieux de la problématique géolocalisation et privacy

Professeure Ghernaouti-Hélie, HEC-UNIL

La présentation a insisté sur la dimension géostratégique de la maîtrise des données de géolocalisation ainsi que sur les infrastructures notamment satellitaires qui les supportent.
Il a été entre autres rappelé que :

  • le GPS est une technologie contrôlée par les US, et il faudra attendre 2019 pour que Galileo (son équivalent européen) soit en fonction.
  • la géolocalisation des usagers des réseaux sociaux est un contenu publié et exploité comme un autre ;
  • toutes les activités réalisées par Internet ou la téléphonie fournissent des informations de géolocalisation et que plus en plus d’informations sont géo-taggées (photos, Twitt, ...).

De nombreuses applications de ces données de géolocalisation ont une utilité dans certains contextes : retrouver son téléphone volé, aider une personne égarée ou en danger, aide à la rencontre de personnes ou à la consommation. Les applications du géo-marketing et de la publicité ultra-ciblée que cela autorise, sont susceptibles de rapporter beaucoup d’argent.
Mais comme toujours, l’utilisation de ces données n’est pas du ressort des seuls prestataires de services ou surveillants plus ou moins officiels, des particuliers peuvent s’en emparer avec des motivations pas forcément recommandables. Le Web fourmille de logiciels qui font la joie des James Bond de cafétérias, permettant de transformer n’importe quel smartphone en spyphone par la prise de contrôle totale de celui-ci à l’insu de son propriétaire (écoutes environnementales : micro qu’on peut allumer à distance, suivi de personnes à leur insu, lecture des mails ou sms, création ou destructions de données du smartphones, .... ).
Avec l’arrivée massive des objets intelligents en connexion permanente sur un cloud dont on ne sait pas grand chose, avec des logiciels capables d’analyser très rapidement d’énormes quantités de données, il nous faut reconnaître que nous ne sommes qu’au début de cette ère de surveillance dynamique en temps réel ; le citoyen doit rester vigilant et dans la mesure du possible, ne donner ses informations de géolocalisation qu’en toute connaissance de cause.



Le point de vue d’une anthropologue

Dr Daniela Cerqui, UNIL

Cette présentation très originale pour une assistance essentiellement technique reflétait le point de vue de l’anthropologue sur la géolocalisation et les usages qu’on en fait. Pour l’anthropologue l’objet technique n’est que le résultat d’une pensée de société. Notre vision de ce qui est acceptable ou non évolue très vite.
Comme exemple, Kevin Warwick qui s’est implanté sous la peau une puce RFID, à l’époque (1998) cette expérience a soulevé beaucoup de critiques. Aujourd’hui la société VeriChip commercialise le même type d’équipement pour des utilisations plus ou moins politiquement correctes. En 2002, K. Warwick continue ses explorations en implantant une puce sur un nerf de son avant-bras, le dispositif permet de relier son ordinateur à son système nerveux et de faire refaire les mêmes gestes à un bras-robot situé quelque part sur Internet. Cette expérience annonce l’homme-cyborg, aujourd’hui objet de recherche officielle dans un but militaire (les robots sont plus résistants aux conditions extrêmes, demandent moins de ressources - et de support psychologique) et pour contrer de nombreux handicaps (vue, motricité, etc.).
La conclusion de D. Cerqui est qu’il faut être conscient que notre niveau d’acceptabilité évolue par rapport aux technologies. Et c’est aussi le cas avec l’usage des données de géolocalisation, nous sommes pris dans un conflit entre vouloir des limites et vouloir les supprimer pour faciliter notre quotidien. Comment décider de la société que nous voulons pour demain dans un contexte où les techniques évoluent tellement vite qu’elles nous sidèrent ? Tous ces systèmes nous disent peut-être avec précision où nous sommes, mais certainement pas vers où nous allons ...
Nous avons la responsabilité des données (de géolocalisation ou autres...) que nous accumulons malgré nous dans nos systèmes d’information, commençons par en prendre soin !

Cet article ne parle pas des autres présentations de cette journée :

  • Les enjeux de la géolocalisation du point de vue de la protection des données et de la vie privé, par N. Capt, avocat ;
  • Exemples d’usages d’applications géolocalisées en Suisse par D. Beni (arxiT.com).


Vous trouverez leurs présentations ici



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