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Vers une informatique pédagogique libre au DIP genevois


En 2015, la majorité des ordinateurs pédagogiques du Département de l’instruction publique, de la culture et du sport de Genève pourraient fonctionner exclusivement avec des standards ouverts et logiciels libres.



By 2015, most of the Geneva’s public school computers will run exclusively free and open source software, based on Open standards.


Marco Gregori




Il en va des logiciels libres comme de la paix dans le monde. Le consensus théorique en leur faveur est large. Pourtant, une fois le principe admis, la réalité s’avère vite complexe. Certes, chacun peut, à titre individuel, assez aisément faire le choix de passer d’un système d’exploitation informatique propriétaire à un système basé sur les standards ouverts et logiciels libres (SOLL). Mais on ne change pas l’informatique scolaire d’une institution publique, composée de milliers de postes informatiques, en mettant simplement en avant un idéal. Reste qu’à Genève, dès 2015, la majorité des ordinateurs pédagogiques (et non administratifs) du Département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP) aura migré vers des solutions libres et ouvertes. À ce titre, la Direction des systèmes d’information et service écoles-médias (DSI-SEM), notamment en charge de l’informatique pédagogique dans les écoles, a élaboré un plan de déploiement dont la deuxième version est consultable en ligne et ouverte au débat.
D’emblée, il convient d’éviter tout malentendu : l’objectif n’est pas l’installation de standards ouverts et logiciels libres en tant que tels, mais bien l’amélioration de la qualité et la pérennité des outils informatiques mis à la disposition de l’enseignement et de l’apprentissage. Corollaire, lorsqu’il est avéré qu’un logiciel propriétaire n’a pas son équivalent libre, il sera maintenu. Cette remarque vaut particulièrement pour les écoles professionnelles.

Sept établissements pilotes au primaire

Depuis plusieurs années, la DSI-SEM chapeaute et évalue des expériences réalisées avec des logiciels libres. Les avantages que l’on peut en tirer sont évidents : pérennité des documents, adaptation des outils facilitée en fonction des besoins, possibilité de fournir aux élèves les applications dont ils bénéficient à l’école pour les utiliser à leur domicile, etc. Sans compter qu’il existe une identité de valeurs entre le monde du libre et une communauté éducative publique (lire l’encart). Ainsi, une transition vers les SOLL implique des actions non seulement sur les postes de travail, mais également sur l’environnement collaboratif et les ressources pédagogiques numériques.
Actuellement, 12’000 ordinateurs constituent le parc informatique pédagogique du DIP. Un peu moins d’un quart d’entre eux sont des Macintosh fonctionnant avec MacOS. Les trois quarts sont des PC dotés d’une double configuration : la distribution Ubuntu basée sur GNU/Linux et Windows de Microsoft. Il appartient à l’usager de choisir entre les deux systèmes d’exploitation lors du démarrage de son ordinateur. En outre, de nombreux logiciels libres, tels que l’application de traitement des images GIMP ou la suite bureautique LibreOffice, sont installés sur Windows. Durant l’année scolaire 2012-2013 un premier changement de taille prévu par le plan de déploiement interviendra, puisque tous les postes pédagogiques de l’enseignement primaire (un par classe) seront exclusivement dotés d’une configuration Ubuntu. À ce jour, sept des quatre-vingt-neuf établissements du primaire genevois font office de pilotes. Cette phase permet de tester la configuration, d’y apporter d’éventuelles modifications en fonction des besoins et de mettre au point la gestion à distance des postes informatiques.

Des valeurs convergentes

En cherchant à rendre accessible à la fois les outils informatiques et les contenus réalisés grâce à eux, le monde du logiciel libre vise un objectif de démocratisation du savoir et des compétences, de partage des connaissances et de coopération dans leur mise en oeuvre, d’autonomie et de responsabilité face aux technologies, de développement du sens critique et de l’indépendance envers les pouvoirs de l’information et de la communication. Ces valeurs sont clairement convergentes avec celles d’un système éducatif. À Genève, elles sont même inscrites dans la Loi sur l’instruction publique.
En outre, les logiciels libres, par leur grande variété, permettent l’acquisition de compétences transposables à d’autres outils plutôt que l’utilisation répétitive d’un nombre limité de fonctions. Cet avantage n’a ainsi pas échappé à de nombreux enseignants qui collaborent à des portails éducatifs en utilisant des logiciels libres.

Un système développé à l’UNIL

Parallèlement, l’analyse des besoins pour les salles informatiques des écoles du secondaire I et II a déjà commencé. Elle ne part pas de zéro, puisque dans plusieurs salles des maîtres, les PC tournent déjà sous Ubuntu. Et les salles informatiques PC de trois établissements possèdent une informatique entièrement libre. Un des enjeux pour l’enseignement secondaire concerne les tableaux numériques interactifs (TNI) qui, à terme, équiperont l’ensemble des salles de classe. Le choix s’est porté sur Uniboard, un système développé par l’Université de Lausanne, entré dans le monde du libre en 2010 sous l’appellation Open-Sankoré. Le fait de distinguer le primaire du secondaire et de procéder à chaque fois en trois phases – analyse, expérimentation, finalisation – est certes nécessaire, mais ne garantit pas la réussite du programme. La résistance au changement constitue une réalité à prendre en compte, qu’elle soit basée sur des critères objectifs ou des craintes infondées. Effort d’apprentissage et d’adaptation, habitudes acquises lors de la formation d’enseignant, difficultés à récupérer des contenus réalisés avec des logiciels propriétaires, complexité à gérer trois environnements informatiques différents (pédagogique proposé par le DIP, administratif de l’État et privé), ressources insuffisantes : ces risques et préoccupations illustrent à quel point un accompagnement au changement s’avère crucial.

Changer de paradigme

Il s’agit en premier lieu de rendre très lisibles les objectifs du DIP, à travers une information régulière ; une campagne de communication auprès des collaboratrices et collaborateurs de l’enseignement est donc d’ores et déjà prévue. Deuxième point, l’assistance fournie aux usagers devra être facilement repérable et rapide.
Enfin, concernant l’aide à l’acquisition de nouvelles compétences, des cours existent. Mais l’analyse des besoins a montré que, pour la prise en main des nouveaux outils, une autoformation basée sur des modules en ligne devrait suffire.
La date prévue pour la réalisation complète de ce déploiement – 2015 – se base bien évidemment sur une planification interne. Mais elle dépend également d’une réalité exogène. Microsoft a annoncé la fin du support Windows XP pour 2014. Autrement dit, quel que soit le système d’exploitation retenu, libre ou propriétaire, une migration aura lieu. Le DIP a simplement choisi de changer de paradigme. Aujourd’hui, le standard est Windows et l’exception MacOS. Demain, le standard sera GNU/Linux, les exceptions MacOS et Windows.

Pour en savoir plus

Consulter le plan de déploiement où l’on trouve également d’autres liens et documents expliquant la politique du DIP genevois en matière de standards ouverts et logiciels libres. Voir également le site du projet GeLibrEdu.

Article du FI-EPFL 2011 sous licence CC BY-SA 3.0 / M. Gregori



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