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La disparition programmée de l’ordinateur


Une enquête d’un autre type à l’EPFL : l’ordinateur disparaît au Musée Bolo.



An investigation of a different type at the EPFL : programmed computer disappearance.


Marielle STAMM

Yves BOLOGNINI


Les archéologues du Musée Bolo ont réuni une brochette de célébrités autour de cet étrange phénomène : la disparition programmée de l’ordinateur. Les pionniers suisses de l’informatique ont apporté leur témoignage au cours de du vernissage de la nouvelle exposition. Une réplique de la première souris au monde a été remise au Musée par le fondateur de Logitech, Daniel Borel. Un ordinateur dinosaure, datant des années soixante et cent pour cent suisse, a été dévoilé par son concepteur.
Au coeur du Musée Bolo, sur un mur de vingt et un mètres de long, les fils d’une enquête d’un autre type s’entrecroisent autour de niches de couleur brillamment éclairées où trônent des objets qu’Yves Bolognini, ingénieur informaticien EPFL et co-fondateur du Musée avec Edouard Forler, collectionne depuis plus de quinze ans. Autant d’indices, de preuves et de suspects répartis en cinq chapitres inédits qui jalonnent la disparition programmée de l’ordinateur. Les visiteurs sont invités à répondre aux questions posées par les auteurs de l’enquête sous l’oeil impassible ou narquois des photos des principaux témoins.
Les exemples foisonnent pour illustrer les cinq pistes autour de cette disparition : réduction, camouflage, oubli, dissolution, humanisation. Première piste, devenue désormais classique, la réduction ou miniaturisation des composants de l’ordinateur n’est en effet pas la seule cause de sa disparition. Car la machine se cache à l’intérieur d’autres objets et se camoufle derrière un design attractif. Elle se fait oublier derrière la façade ludique des jeux vidéo ou dans les pièges de la réalité virtuelle. Elle se dissout dans le grand nuage informatique dont le meilleur exemple est Internet. Elle s’humanise par le biais d’interfaces nouvelles et devient intelligente en imitant l’homme.
Les archéologues du Musée Bolo n’ont cependant pas dit leur dernier mot et poursuivent leur enquête. Car des éléments nouveaux ont surgi tout au long du vernissage de l’exposition qui se tenait au Forum du RLC.


Niklaus Wirth, un des principaux témoins de l’enquête sur la disparition de l’ordinateur

Deux pionniers de la première heure, Niklaus Wirth, auteur du langage de programmation Pascal qui a fait le tour du monde, et Jean-Daniel Nicoud, concepteur des micro-ordinateurs Smaky sur lequels s’est initiée toute une génération de jeunes Suisses, ont montré la filiation entre les premières avancées de l’informatique et les artefacts de notre monde contemporain.

Jean-Daniel Nicoud , pionnier de la micro-informatique suisse

Créant la surprise car il n’était pas annoncé, Daniel Borel, fondateur de Logitech, a rendu hommage à l’inventeur de la souris, Douglas Engelbart, et mis à disposition du Musée sa réplique de la première souris de 1968. Construite en bois, elle est dotée d’un unique bouton et de deux roues en métal.

Daniel Borel, l’invité-surprise, rend hommage à Douglas Engelbart

Enfin, un autre pionnier inattendu et encore inconnu, Peter Toth, a évoqué avec émotion ses recherches pour concevoir, au milieu des années soixante, la Cora, un gigantesque ordinateur destiné à l’armée suisse, oublié puis redécouvert par Yves Bolognini dans les caves de l’EPFL. Les entrailles ouvertes, cette grosse machine exhibe ses composants d’un autre âge face au mur de l’exposition Disparition programmée.
Parmi les autres intervenants du vernissage, signalons Philippe Gillet, vice-président de l’EPFL pour les affaires académiques, qui a rappelé, dans son message d’accueil, le rôle important joué par l’École dans les premiers développements de l’informatique suisse. À sa suite, François Marthaler, conseiller d’Etat, a évoqué les étapes les plus marquantes de l’évolution de l’informatique à l’Etat de Vaud. Martin Vetterli, doyen de la Faculté I&C, a brossé à grands traits et avec maestria l’histoire de l’ordinateur, d’Ada Lovelace, première programmeuse au monde, au nuage informatique. Il incombait à Giovanni Conti, directeur de l’Office fédéral de l’informatique et de la télécommunication (OFIT), d’émettre quelques réserves face à la complexité croissante des systèmes et aux risques qu’elle entraîne. Et d’encourager avec à propos l’EPFL à développer des systèmes capables de s’auto-diagnostiquer et de s’auto-réparer.
L’exposition Disparition programmée a été réalisée par la Fondation Mémoires Informatiques, dont la vocation est la sauvegarde du patrimoine informatique, avec l’assistance de l’association des Amis du Musée, l’aBCM. Elle est visible au Musée Bolo dans les bâtiments de la Faculté Informatique et Communications, durant les heures d’ouverture de l’École du lundi au vendredi de 8 heures à 19 heures.

Informations pratiques

  • Visites guidées
  • Des photos et le film du vernissage sont disponibles ici.
  • Pour tout autre renseignement : Yves Bolognini, 078 748 21 16

NB : les photos illustrant cet article sont avec droits limités : Sébastien Monachon, BSC Association.

Le public découvre la nouvelle exposition du Musée Bolo L’Apple Lisa 2 trône de l’autre côté du mur


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