FLASH INFORMATIQUE FI



Nouvelle rubrique : le monde du libre


Nous introduisons, par cet article, une nouvelle rubrique de ce journal qui sera dédiée au logiciel libre/open source et à l’esprit du libre en général. Après un rappel des enjeux du logiciel libre dans la société actuelle, nous présentons les objectifs de la rubrique, les domaines que nous souhaitons couvrir, notre ligne éditoriale et notre démarche de type participative.



With this article, we introduce a new column in this journal which will be dedicated to free/open source software and its spirit. After addressing the relevance of free software in the current society, we present the aim of this column, the fields we wish to cover, our editorial policy and our collaborative approach.


Jean-Daniel BONJOUR


Enjeux du logiciel libre dans notre société

Projetés par l’informatique dans une nouvelle ère numérique, nous assistons, depuis quelques années, à la convergence ou combinaison de nombreuses technologies jusqu’ici indépendantes : presse et médias d’information traditionnels, multimédia, Internet, téléphonie .... Ces symbioses donnent naissance à de nouveaux modes et outils de communication ubiquitaires par lesquels nous devenons consom-acteurs [1]. Les technologies de l’information et de la communication ont aujourd’hui envahi notre quotidien, quel que soit notre milieu social, âge ... au point qu’il est difficile de s’y soustraire sans se sentir désinformé, déconnecté, marginalisé.
Dans ce monde globalisé, l’économie néolibérale, qui a tant profité de l’essor d’Internet, tente aujourd’hui d’en limiter l’accès et d’en policer l’usage en imposant sa loi au politique. À titre d’exemple, des personnalités bien en vue ont récemment exprimé leur souci quant à l’évolution future du Web [2] face à l’importance croissante de modèles fermés promus par certaines sociétés, sur les plates-formes mobiles notamment (smartphones et ardoises numériques ... qui surpasseront bientôt en nombre les PC traditionnels), et conduisant à une vision étriquée voire biaisée de l’Internet.
Les progrès scientifiques et technologiques visent à apporter à l’humanité davantage de bien-être, de maîtrise sur sa destinée donc de liberté. On constate cependant que notre société devient de plus en plus vulnérable, et que certaines libertés ou droits fondamentaux, durement gagnés au cours d’une longue histoire, sont aujourd’hui menacés. Dans le passé, les gouvernements cherchaient à contrôler l’information diffusée par les médias en période de conflits. Ce pouvoir s’étend maintenant aux différents systèmes d’information et communication (Internet en particulier), que ce soit pour prévenir des mouvements populaires dans les régimes totalitaires, mais aussi dans les pays démocratiques à titre préventif et en l’absence de menace réelle [3]. L’utilisateur final, essoufflé par le rythme effréné des nouveautés technologiques et dépassé par leur complexité sous-jacente, ne se pose plus de question et fait aujourd’hui aveuglément confiance au marché : toute technologie est bonne, pour autant qu’elle lui permette d’accéder à l’information désirée de la façon la plus conviviale possible. Peu importe que le format des données créées soit fermé [4], ou que la prestation soit implémentée dans les nuages [5]et n’offre aucune garantie de pérennité, sécurité, ni même respect de la sphère privée ! Qui s’inquiète du fait que le 90% des postes de travail dans le monde fonctionne sous un système d’exploitation fermé développé par un fournisseur unique ... qui détient le contrôle total de chaque machine via le mécanisme opaque des mises à jour de sécurité [6] ? Les responsables IT n’ont aujourd’hui plus le temps (ni même la mission) de penser : obsédés par le souci de performance, ils se contentent de déployer les solutions toutes cuites - le plus souvent fermées - utilisées par la majorité ... quand ils n’externalisent pas purement et simplement ces prestations ! Derrière ces dangers ou dérives - on pourrait en citer bien d’autres - se cachent des enjeux sociétaux. Face à ces défis et compte tenu de l’importance croissante des systèmes d’information, nous pensons que les objectifs du logiciel libre sont plus actuels que jamais. Notre société a besoin de davantage de transparence [7], et le mouvement du libre est un mouvement citoyen qui va dans ce sens et s’adresse aux autorités que nous avons élues, au monde économique, à nos employeurs, etc. Certains politiciens commencent de s’en soucier, à l’instar du Groupe de parlementaires suisses pour une informatique durable.
Entre le tout-État (contrôle étatique fort) et le libre marché (loi du plus fort), la promotion du logiciel libre répond avant tout à un souci de liberté [8] et non de prix. Le mouvement du libre est donc une culture qui cherche à promouvoir un certain nombre de valeurs fondamentales : contrôle donné à l’utilisateur (de son informatique, ses données, sa connexion Internet...), partage de la connaissance (lutte contre les inégalités numériques, émancipation de chacun), dynamique citoyenne et participative (liberté d’expression et de circulation de l’information, catalyseur de démocratie), modèle économique basé sur la coopétition [9], etc. Dans cette optique, un logiciel libre est considéré comme un bien commun, développé, maintenu et documenté de façon coopérative par une communauté ouverte, destiné à offrir les services attendus par les développeurs-usagers [10].
En milieu académique, la démarche du libre devrait être naturelle, son fondement étant celui-là même qui a permis le développement scientifique, c’est-à-dire la mise en commun des idées et du savoir collectif pour permettre la progression de la recherche et l’augmentation de ce savoir. Voilà pourquoi le monde du libre doit trouver sa place dans le Flash informatique EPFL !

Objectifs de la rubrique

Les colonnes de ce journal sont traditionnellement ouvertes à un large éventail de contributions, dans tous les domaines informatiques. S’agissant de cette nouvelle rubrique Logiciel libre, nous nous sommes fixé les objectifs spécifiques suivants :

  • faire connaître et utiliser les logiciels libres, à des fins professionnelles (recherche, administration ...), de formation (enseignement), ou personnelles/privées ;
  • démontrer que le monde du logiciel libre, par sa très grande diversité, offre de nombreuses alternatives aux applications fermées/commerciales dans quasiment tous les domaines [11] ; la plupart des logiciels libres étant multiplates-formes, on peut envisager de les utiliser avant de se décider à migrer à son tour sur un système d’exploitation libre ;
  • encourager les utilisateurs à participer à la communauté du libre, en contribuant de l’une des nombreuses façons possibles : conseils et entraide dans le cadre des forums ou mailing-listes, traduire un logiciel, le documenter (mode d’emploi, tutoriel), soumettre des rapports de bugs, participer au développement ... ;
  • expliquer et promouvoir le modèle du libre : philosophie, licences, travail communautaire, etc.

Dans l’esprit du libre, tous nos articles seront sous licence Creative Commons CC BY-SA afin d’en faciliter la diffusion tout en préservant le droit d’auteur.

Les licences Creative Commons constituent un ensemble de licences régissant les conditions de réutilisation et redistribution d’oeuvres de natures diverses (notamment diffusées sur Internet). Nous avons ici opté pour la licence CC BY-SA 3.0 (Creative Commons / Paternité - Partage des Conditions Initiales à l’Identique) qui autorise la reprise, (re)distribution et modification de nos créations par d’autres personnes aux conditions suivantes :
BY (Paternité) : nécessité de citer le nom de l’auteur de l’oeuvre originale de la manière indiquée par celui-ci (ou par le titulaire des droits de cette oeuvre).
SA (Share Alike/Partage des Conditions Initiales à l’Identique) : la nouvelle création résultant de la transformation de l’oeuvre originale ne peut être redistribuée que sous les mêmes conditions (contrat identique).
Il s’agit donc d’une licence de type copyleft [12], analogue aux licences GNU GPL (v 2/3) utilisées par bon nombre de logiciels libres.

Ligne éditoriale

Pour atteindre les objectifs définis, préserver l’identité et la spécificité de cette rubrique ainsi que la qualité des contributions, nous nous fixons un certain nombre de règles éditoriales :

  • les articles de cette rubrique seront exclusivement dédiés au monde du libre et ne présenteront donc pas d’applications de type freeware [13] ;
  • principalement orientés vers un public large (utilisateurs non-informaticiens), ils seront d’utilité pratique avec une approche basée sur les tâches qui peuvent être accomplies ; la priorité sera accordée aux applications multiplates-formes ;
  • des contributions plus spécialisées (par exemple outils libres pour administrateurs système, logiciels-métier libres) seront possibles, mais en principe non majoritaires ;
  • les auteurs resteront agnostiques par rapport aux différents systèmes d’exploitation (éviter toute polémique ou guerre de religion) ;
  • un contrôle de qualité sera assuré par un mécanisme de peer review (relecture des contributions par un groupe de personnes compétentes en matière de logiciel libre à l’EPFL).

Domaines couverts par la rubrique

Nous envisageons différentes catégories d’articles :

  • présentation de Logiciels libres proprement dits (comme l’article sur GIMP dans le présent numéro) : applications classiques installées/packagées ou portables, extensions ou plugins, applications implémentées de façon stand-alone (sur média bootable), distros Linux à orientations spécifiques, applications Web, logiciels/infrastructures de cloud libres, apps mobiles libres ...
  • Développements libres : développements originaux ou forks réalisés à l’EPFL, larges déploiements de solutions libres, travaux d’intégration basés sur des logiciels libres, projets éducatifs ...
  • autres oeuvres / Contenus libres (élaboration, partage et diffusion) : documentations, tutoriels/cours/videocasts, ouvrages libres, graphisme et multimédia (fontes, clipart, images, vidéos ... sous licences libres), plates-formes de création/diffusion d’oeuvres libres (type Wikipedia, OpenStreetMap ...)
  • Tribune libre (informations et réflexions plus générales autour du libre, comme l’article sur le vote électronique dans ce numéro) : présentation des licences libres, de formats et protocoles ouverts, position/évolution de grands acteurs par rapport au libre (universités, administrations ...), événements et manifestations dans le monde du libre, revues de presse du libre ...

Démarche participative

Un groupe de personnes actives dans le domaine du logiciel libre à l’EPFL s’est constitué pour gérer cette rubrique. Son rôle est d’animer ces colonnes en écrivant des articles, recherchant des auteurs, relisant les contributions et donnant leur avis ... À l’image des communautés dans le monde du libre, ce groupe est ouvert, et toute personne intéressée par l’une ou l’autre de ces tâches peut donc s’y joindre en manifestant son intérêt par e-mail.
Des séminaires relatifs au logiciel libre se déroulent depuis 2 ans à l’EPFL. Nous souhaitons rassembler ces deux initiatives en demandant aux auteurs d’articles de présenter ce qu’ils ont écrit à l’occasion de ces séminaires, et vice-versa en encourageant les présentateurs à écrire des articles.
Toute personne de la communauté EPFL ou même externe à notre École désirant soumettre un article à paraître dans cette rubrique peut le faire spontanément via ce formulaire Web. C’est avec plaisir que nous vous publierons !
En lançant cette nouvelle rubrique, nous faisons le pari que vous, lecteur, lirez et parlerez de ces articles autour de vous, nous ferez part de vos remarques ou découvertes libres, nous adresserez des propositions d’articles, ou mieux : que vous contribuerez à votre tour en écrivant des articles ! Rappelons finalement que vous pouvez nous lire dans la version électronique du Flash informatique EPFL.
Nous nous réjouissons de vous donner, au fil des mois qui viennent, le goût du libre et des valeurs qu’il défend !


Article du FI-EPFL 2011 sous licence CC BY-SA 3.0 / J.-D. Bonjour

[1] Avec l’avènement du Web 2 (wikis, blogs, réseaux sociaux ...).

[2] « (Avec l’App Store d’Apple) vous n’êtes plus sur le Web, vous êtes emprisonné dans un magasin unique plutôt que d’être sur un marché ouvert. L’évolution [de ce magasin] est limitée au bon vouloir d’une société » (Tim Berners-Lee, inventeur du Web). Ce modèle centralisé de distribution d’applications nécessitant « la permission [d’une société] est une menace à l’ouverture du système » (Jimmy Wales, fondateur Wikipedia). « Plus les applications contrôlées par une seule société -que ce soit Apple ou FaceBook- sont répandues, plus cette société décide de ce qui est disponible ( ...). Cela pourrait limiter l’énergie mise par les développeurs dans des sites Web » (Josh Bernoff). (cités par Le Temps du 1.2.2011).

[3] Par exemple restrictions de droits fondamentaux par le Patriot Act promulgué en 2001 aux USA.

[4] Avec pour effet que l’on n’arrive plus à relire un fichier vieux d’à peine 15 ans, comme c’est le cas avec la suite bureautique la plus répandue du marché !

[5] Ce n’est pas le concept du cloud en soi qui est mauvais, mais le fait d’abandonner le contrôle de ses données à un tiers. Il nous faut au contraire développer, avec des outils de cloud ouverts, nos propres infrastructures d’entreprise.

[6] Quelques gouvernements commencent de s’en préoccuper. Exemples récents : la Russie a décidé fin 2010 de migrer toute son administration au logiciel libre d’ici 2015, non pas tant pour faire des économies, mais pour des raisons de sécurité nationale (ne pas dépendre de solutions fermées de fournisseurs étrangers) ! La Chine a également lancé le développement d’un système d’exploitation national basé Linux afin d’utiliser ses propres technologies et lutter contre le manque de sécurité des OS actuels. Espérons que l’objectif caché n’est pas d’implémenter des backdoors de surveillance (ce qui ne serait du reste possible que si ces logiciels perdent leur caractère libre).

[7] Illustré par exemple par le buzz autour de Wikileaks.

[8] Free Software Foundation : « Le logiciel que nous utilisons est d’une importance critique pour garantir l’avenir d’une société libre. Le logiciel libre consiste à avoir le contrôle de la technologie que nous utilisons dans nos maisons, où les ordinateurs travaillent à nos avantages individuel et commun, et non pas pour des sociétés de logiciels propriétaires ou des gouvernements qui pourraient chercher à restreindre nos libertés ou à nous surveiller ».

[9] La coopétition est un mot-valise construit à partir des deux mots coopération et compétition.

[10] Contrairement aux logiciels propriétaires, qui sont des marchandises développées par un cercle fermé dans une logique avant tout commerciale.

[11] À titre indicatif, le serveur SourceForge à lui seul recense plus de 40’000 projets de logiciels libres sous Windows, 34’000 sous Linux+BSD et 8’000 sous MacOS. Pour un petit tour d’horizon des applications les plus utiles pour un étudiant, voyez par exemple l’article : Pour une logithèque libre de l’étudiant émancipé paru dans le FI7/2010.

[12] Gauche d’auteur par opposition à droit d’auteur.

[13] Logiciel caractérisé uniquement par sa gratuité (graticiel). On peut le redistribuer gratuitement, mais pas l’étudier, le code source n’étant pas disponible. Les freewares peuvent aussi être un piège : parfois, lorsque le succès est avéré, le logiciel n’est plus fourni que contre rémunération.



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