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tout public Pour une logithèque libre de l’étudiant émancipé


Si le modèle du logiciel libre a aujourd’hui clairement fait ses preuves dans le monde, les logiciels libres et open-source mériteraient d’être plus largement connus et utilisés dans notre École, pour le bénéfice de tous. Cet article vise à vous faire connaître les logiciels libres les plus importants, vous encourager à les utiliser... et vous émanciper  !



Today, free and open-source software, although widely recognized worldwide, is still largely underused in our School. This article aims at presenting the major and most important free and open-source software, as well as to strongly encourage you to use them, for your personal benefit... and to become emancipated  !


Jean-Daniel BONJOUR


Les atouts du logiciel libre en milieu académique

L’article Les logiciel libres de la GNU Generation EPFL, dans le présent numéro, ayant présenté le modèle du logiciel libre (sa philosophie, ses origines et caractéristiques), nous allons nous intéresser ici aux logiciels libres et open source (ci-après FLOSS [1]) en environnement académique, et introduire ceux qui nous semblent particulièrement intéressant dans un contexte étudiant. Certains d’entre eux seront décrits plus en détail ultérieurement dans cette revue.
La robustesse, le haut niveau de fonctionnalité et l’ergonomie des logiciels FLOSS ne sont plus à démontrer, et bon nombre d’entreprises et administrations publiques ont adopté le logiciel libre dans leur stratégie IT. Mis à part certains domaines métiers pointus  [2] où les logiciels propriétaires/commerciaux n’ont pas (encore) de concurrents libres, les logiciels FLOSS couvrent désormais tous les domaines d’utilisation classiques de l’informatique : bureautique, graphisme, communication, multimédia, gestion, analyse et visualisation de données, développement logiciel... sans oublier les systèmes d’exploitation sous-jacents (pour postes de travail, serveurs, infrastructures réseau, équipements mobiles/smartphones, systèmes embarqués...). Notre objectif n’est pas d’énumérer ici tous les avantages du modèle du Libre [3], mais rappelons ceux qui nous semblent déterminants en milieu académique :

  • Le développement des logiciels FLOSS s’appuie sur des communautés ouvertes : composées à la fois d’excellents programmeurs et de spécialistes des domaines couverts par ces logiciels (souvent dans les universités) [4], ces communautés sont accessibles à toute personne (chercheur, étudiant, utilisateur) désireuse d’apporter sa contribution, à quelque niveau que ce soit : développement, traduction/internationalisation, test, rapport de bug, documentation, support, tutoriel... Ce modèle correspond particulièrement bien au monde académique, et la communauté constitue aussi un appui très fort en matière de formation et de support (forums...). En lien direct avec cette communauté, l’utilisateur final est également reconnu comme un partenaire essentiel, invité à exprimer ses besoins et partager ses expériences [5]. Peut-on rêver plus beau modèle sur le plan éducatif  ?
  • L’adéquation des FLOSS aux besoins des utilisateurs : étant le fruit d’un travail de développement coopératif et financièrement désintéressé, ces logiciels sont avant tout conçus comme des outils destinés à offrir les services attendus par les usagers, et sont de ce fait riches en fonctionnalités et de niveau professionnel [6]. À contrario, les logiciels commerciaux sont essentiellement considérés par leurs éditeurs comme des marchandises, développées par un cercle fermé et dans une logique purement commerciale (rentabilité, chiffre d’affaires, parts de marché...), bien souvent sans garantie de pérennité vis-à-vis des utilisateurs  [7].
  • Le degré de réactivité de ce modèle de développement est souvent élevé : s’agissant de l’implémentation de nouvelles fonctionnalités ou technologies, les FLOSS sont souvent à la pointe. La mise à disposition de correctifs (en cas de bugs, failles de sécurité) est également très rapide [8] ainsi que l’absence de mécanismes de protection antipiratage facilite leur mise en oeuvre dans des environnements complexes tels que des salles d’étudiants. Il est aussi très aisé de réduire la taille d’un système au strict nécessaire [9].
  • La qualité et la sécurité des FLOSS : ouvert, le code est expertisé/validé par l’ensemble des développeurs ainsi que tout utilisateur intéressé. Cela favorise l’implémentation des meilleures pratiques, permet de débusquer plus rapidement les erreurs de programmation, empêche l’implémentation de portes d’entrée indiscrètes (backdoors) et protège la sphère privée de l’individu [10].
  • Les formats de données, API’s et protocoles sont ouverts et bien documentés : l’interopérabilité entre applications (et nous en utilisons beaucoup en milieu académique  !) est facilitée, de même que les échanges entre utilisateurs et communautés. La pérennité des données est également assurée.
  • Les licences d’utilisation des FLOSS garantissent un usage sans aucune restriction et sans coût pour l’étudiant, l’enseignant, le chercheur et l’institution. Il est ainsi possible d’installer les mêmes applications sur sa machine privée, dans les salles de cours et sur les postes des laboratoires. En contre-partie, les institutions adoptant le logiciel libre devraient se sentir investies de la responsabilité de contribuer, elles aussi, à la valorisation de ce bien commun en collaborant au travail de développement réalisé par ces communautés. Mais cela n’ouvre-t-il pas, pour nos universités, de belles perspectives scientifiques et pédagogiques  ? Du reste, n’est-ce pas notre vocation première que d’être au service de la Communauté  ?

Sélection de logiciels libres utiles dans un contexte étudiant

Les logiciels FLOSS se comptent par dizaines de milliers [11]. L’utilisateur a donc plus que l’embarras du choix, mais un certain nombre de ces logiciels sortent du lot, en terme de qualité et richesse fonctionnelle notamment. Notre objectif est d’attirer votre attention sur ceux d’entre eux qui pourraient clairement vous rendre service tout au long de vos études puis dans votre carrière.
Cette sélection résulte, bien entendu, d’un choix subjectif de l’auteur qui s’appuie cependant sur une longue expérience auprès des étudiants et sur l’avis d’une dizaine de personnes qui ont été consultées à cette occasion (merci à eux  !). Parmi nos critères, nous avons en particulier tenu compte de ce qui suit :

  • seules 7 catégories assez générales de logiciels ont été abordées ; nous encourageons les enseignants, dans les différentes sections de l’EPFL, à faire connaître directement à leurs étudiants les logiciels FLOSS dans leurs domaines respectifs, voire à publier un article dans cette revue  !
  • à part trois exceptions dûment signalées [12], nous avons délibérément évité de présenter des freewares (gratuiciels), c’est-à-dire des logiciels gratuits, mais non libres ; derrière ces logiciels se cachent parfois des restrictions d’utilisation (lisez attentivement la licence  !), ou ceux-ci se transforment subitement en logiciels commerciaux ;
  • nous nous sommes efforcés de présenter des solutions multi-plateformes (logiciels tournant sous Windows, MacOS X et GNU/Linux) ; dans les cas où ce n’est pas possible, nous proposons des solutions spécifiques pour chacune des plates-formes ;
  • tous les logiciels proposés sous GNU/Linux devraient être disponibles sur toutes les distributions majeures (Debian, Ubuntu, Fedora, RedHat, CentOS, openSuSE, Mandriva, Gentoo, etc.) ;
  • le lien Web associé à chaque logiciel renvoie au site principal de la communauté en charge ; selon la langue ou le système d’exploitation, vous serez probablement aiguillés vers d’autres sites ; s’agissant de GNU/Linux, vous aurez tout intérêt à examiner si le logiciel considéré fait l’objet d’un paquet (paquetage, package) pour votre distribution (et dans ce cas installable en deux clics depuis votre gestionnaire de paquets, avec résolution automatique de toutes les dépendances).

Notez enfin la signification des symboles que nous utiliserons :

Bureautique

Graphisme

Comminication, Internet

Gestion, analyse et visualisation de données

Multimédia

Développement, programmation

Utilitaires divers

Système d’exploitation

Comme mentionnés sur le site de la GNU Generation, les logiciels libres sont un gage de qualité, de sécurité et de liberté dans le monde de l’informatique moderne. Souvent multi-plateformes, ils laissent l’utilisateur libre de choisir son système d’exploitation. Celui-ci ne constitue pas la finalité d’un ordinateur, mais le socle sur lequel s’exécutent les applications, complété par un certain nombre d’outils de base (explorateur de fichiers, outils d’administration et de configuration...). Le jour où vous aurez entièrement migré sur des logiciels FLOSS, vous serez peut-être tenté d’abandonner à son tour votre système d’exploitation propriétaire Windows ou MacOS X au profit du système libre GNU/Linux, sous lequel vous retrouverez tous ces logiciels... et bien d’autres encore  !
GNU/Linux se décline en de nombreuses variantes appelées distributions (ou distros, voir par exemple ce site). La plupart d’entre elles s’installent extrêmement facilement, généralement à partir d’un Live CD (CD bootable) qui vous permettra de tester le système avant son installation proprement dite sur le disque de votre machine. Si vous souhaitez être assisté dans ce processus de migration sur le campus de l’EPFL, vous pouvez faire appel au HelpDesk Poséidon, ou participer aux Install Fests régulièrement organisées par la GNU Generation.
GNU/Linux propose différents environnements de bureau et de fenêtrage très conviviaux et modernes, les deux plus réputés étant GNOME et KDE. Vous bénéficierez également d’un gestionnaire de paquets [13] qui vous permettra d’installer, bien plus facilement que sous Windows ou MacOS X, des milliers de logiciels prêts à l’emploi pour votre système et diffusés via les dépôts propres à votre distribution. Ce mécanisme, qui est l’une des grandes forces de GNU/Linux, prend également en charge les mises à jour de sécurité du système et de l’ensemble des applications ainsi installées. Il en résulte un système réactif, très riche, robuste, convivial, et actuellement épargné par les virus [14].

Quelques références utiles

Sites de téléchargement de logiciels FLOSS et hébergement de projets open source :

Applications portables (souvent le meilleur moyen de tester une application avant de l’installer, ou pour l’utiliser sur un support amovible tel qu’une clé USB) :

Équivalences entre logiciels FLOSS et propriétaires :

Documentation et tutoriels relatifs à des logiciels FLOSS :

Sur le logiciel libre en général :

Conclusion

Les fondements philosophiques du mouvement du logiciel libre sont ceux-là mêmes qui ont permis le développement scientifique dans notre civilisation : la mise en commun des idées et du savoir collectif pour permettre la progression de la recherche et l’augmentation de ce savoir. De notre point de vue, cela devrait donc être la règle, dans le monde académique, d’opter, à fonctionnalités et performances analogues, en faveur de solutions logicielles ouvertes et libres, plutôt que d’utiliser des technologies fermées et liberticides/privatrices [15] (commerciales et parfois monopolistiques), ceci afin de défendre une liberté sans cesse menacée, conserver notre indépendance, favoriser l’innovation, stimuler notre créativité, préserver une situation de diversité (et la richesse qui en découle), et assurer la meilleure pérennité possible de nos données et développements  [16].

[1] Selon Wikipedia : l’expression Free/Libre and Open source Software (FLOSS) qualifie à la fois les logiciels libres et les logiciels open source, les deux grands mouvements soutenus respectivement par la FSF->hhttp://www.fsf.org] et l’OSI. Il prend aussi en compte l’équivalent des termes dans d’autres langues. Libre se dit frei en allemand, Free en anglais, livre en portugais, libero en italien... Il a l’avantage de n’exclure aucune des différentes approches et de ne pas être anglo-centrique.

[2] Par exemple CAO, mécanique...

[3] Voir les sites Web mentionnés au chapitre références.

[4] Pour ne donner qu’un exemple, citons celui de la vaste communauté de mathématiciens et statisticiens qui développe le remarquable logiciel de statistiques R.

[5] Alors que les structures de support et hotlines des éditeurs de logiciels sont souvent, quant à elles, des trous noirs.

[6] Le mode de travail communautaire engendre également des solutions plus universelles et s’adaptant à des contextes variés. À titre d’exemple, les grands logiciels libres sont ainsi disponibles dans de nombreuses langues.

[7] L’éditeur allant parfois jusqu’à rompre délibérément la compatibilité arrière pour justifier/vendre une nouvelle version.

[8] En cas de mauvaise réactivité ou autre dysfonctionnement dans la communauté, cela conduit généralement à un débat ouvert entraînant une remise en question : adaptation des processus de développement, intégration de nouveaux contributeurs, voire dans certains cas naissance d’un fork (développement parallèle par une nouvelle communauté... forme d’évolution qui s’apparente à la loi de la sélection naturelle et qui est rendue possible par les licences libres)..

  • La portabilité des FLOSS : conçus dans un esprit d’ouverture, la plupart de ces logiciels sont disponibles sur tous les systèmes d’exploitation majeurs (Windows, GNU/Linux, MacOS X : tous trois bien présents en milieu académique), laissant à l’utilisateur final le choix de son système, et facilitant le passage d’un système à un autre ainsi que l’échange des données.
  • L’ouverture du code, la transparence des procédures d’installation et de configuration, ainsi que la bonne documentation (manuels d’utilisation, mais surtout le code proprement dit) permettent l’adaptation des FLOSS aux propres besoins de l’utilisateur, ainsi que leur intégration dans le système d’information de l’institution. La propreté/simplicité d’implémentation caractérisant la plupart des FLOSS[[Celle-ci résulte souvent de leur caractère multi-plateforme.

[9] Un serveur GNU/Linux (services Web, fichiers et impression) n’occupe que 1.5 GB d’espace disque. À environnement applicatif identique, un poste de travail GNU/Linux occupe 3 à 4x moins d’espace qu’un poste Windows 7 et ne grossit pas avec le temps.

[10] Pour autant que l’on prenne les codes chez des distributeurs auxquels on peut faire confiance, car rien n’empêcherait une personne malveillante de modifier un logiciel libre pour y ajouter un backdoor et le mettre à disposition sur le Web.

[11] A titre indicatif, la distribution GNU/Linux Debian, entièrement libre, recense plus de 40’000 paquets. Et le serveur SourceForge recense plus de 40’000 projets open-source sous Windows, 34’000 sous Linux+BSD, et 8’000 sous MacOS.

[12] Logiciels pour lesquelles nous avons eu de la peine à trouver de vraies/bonnes alternatives FLOSS.

[13] Le gestionnaire de paquets s’occupe du téléchargement, de l’installation et de la mise-à-jour automatique des logiciels en garantissant une cohérence globale du système et des applications (résolution des dépendances...).

[14] Deux raisons majeures expliquent cette absence de virus : architecture intrinsèquement plus robuste que Windows ; système moins répandu, donc présentant peu d’intérêt pour des attaques massives.

[15] Plus fort que propriétaire, ce terme de Richard Stallman manifeste le fait que les logiciels commerciaux et fermés privent leurs utilisateurs des libertés fondamentales du logiciel libre (exécuter pour n’importe quel usage, étudier le code, l’améliorer et republier, redistribuer le logiciel) et les rend captif d’un fournisseur (lock-in).

[16] Certaines personnes mal informées seraient tentées de faire le parallèle entre les FLOSS et la presse gratuite. Si cette dernière est bien connue pour sa médiocrité, son absence de recul et un modèle économique s’appuyant sur la publicité et la consommation, c’est absolument l’inverse en ce qui concerne les logiciels libres qui sont développés sans aucun esprit mercantile et par les meilleurs experts du domaine.



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