FLASH INFORMATIQUE FI



Les nouveaux défis des bibliothèques


Les nouvelles opportunités et défis offerts par les technologies du Web renforcent la position des bibliothèques dans la société 2.0.



New opportunities and challenges are offered by the Web 2.0 technologies. With their help, libraries can strengthen their position in this knowledge society.


Laurence DENOREAZ-BUCLIN


Parmi les missions des bibliothèques, on trouve entre autres, la conservation, la recherche et la diffusion de documents, la transmission des connaissances, l’accès à la culture et à la littérature pour tous, auxquelles s’ajoute impérativement celle d’être à l’écoute des besoins de ses usagers. Avec les nouvelles technologies, une nouvelle dimension s’est mise en place : il s’agit maintenant de s’approprier les outils du Web pour aller à la rencontre de ces mêmes usagers, de les former à ces outils et de leur donner les clés pour accéder et utiliser au mieux les ressources à disposition. Les bibliothèques doivent fournir des renseignements fiables et pertinents à l’usager et lui permettre de s’y retrouver dans la pléthore d’informations à disposition. Le professionnel du domaine est le trait d’union entre l’offre à disposition et le public. Les outils du Web participent à cette action et peuvent permettre de valoriser les fonds de l’institution.
Avec l’avènement d’Internet, de grandes questions se posent aux bibliothèques :

  • Le public est-il en diminution ?
  • Comment conserver son public ?
  • Comment reconquérir les anciens usagers ?
  • Faut-il attirer un nouveau public ?

Selon les études officielles concernant les pratiques culturelles publiées en 2009, autant en France (synthèse 1997-2008) qu’en Suisse (étude nationale de 2008, la précédente étude datant de 1988), la fréquentation des bibliothèques par les usagers est restée plutôt stable. En Suisse : pour 2008, on constate un taux de 36% pour les loisirs et de 21% pour la formation, sur un total de 44% de visites des personnes interrogées. Il est à remarquer que la fréquentation en Suisse est très régulière, la moitié des usagers se rendant plus de sept fois par année dans une bibliothèque. Par contre en France, le taux était de 31% en 1997 et a baissé à 28% en 2008.

  Lire des livres Ne pas lire de livres
Se rendre dans une bibliothèque 41,4% 2,4%
Ne pas se rendre dans une bibliothèque 39,9% 16,3%


source : Lire des livres et se rendre dans une bibliothèque (2008), page 16

PNG - 4.1 ko
source, page 15

Les facteurs qui semblent influer sur ce phénomène sont :

  • l’âge :
    • en France, on assiste à une baisse de la lecture, journaux et livres confondus par les jeunes,
    • alors qu’en Suisse, ce sont plutôt les jeunes qui fréquentent les bibliothèques pour les loisirs, 65 % des usagers ont moins de 30 ans, alors que les 60 ans et plus ne sont plus qu’environ 25% à s’y rendre.
  • le sexe :
    • les hommes lisent en général moins de livres que les femmes dans les deux pays,
    • et en Suisse, les femmes se rendent plus volontiers en bibliothèque.
  • le niveau de formation et le revenu sont encore plus significatifs, car plus ils sont élevés et plus la fréquentation est forte ;
  • le lieu d’habitation montre une différence minime ;
  • la nationalité n’a également que peu d’influence selon les deux études consultées.

De ces différents chiffres, on peut déduire que la présence en bibliothèque est restée pratiquement identique, même en France, où le taux de fréquentation n’est pas très élevé et inférieur à celui de la Suisse, et que le niveau d’éducation et le salaire des personnes ont une grande importance sur la motivation à se cultiver ou à utiliser les prestations offertes par les bibliothèques. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter, le public est toujours là. Les outils du Web peuvent être une opportunité à ajouter aux offres des bibliothèques pour augmenter la satisfaction de leur public, leur proposer des formations et leur offrir des instruments innovateurs. Le fait qu’en Suisse, le public jeune est plus assidu en bibliothèque que le plus âgé pourrait signifier que les bibliothèques ont su mériter leur public. Serait-ce dû au fait que les bibliothèques suisses sont allées à la rencontre de leurs usagers, et plus particulièrement grâce aux nouvelles technologies qui plaisent tant aux jeunes ?
Quelle est la finalité de la fréquentation des bibliothèques en Suisse ? Sur la proportion de 44%, seul 2,4% des personnes n’ont pas lu de livres. Cela semble démontrer que bien peu de personnes utilisent les autres services d’une bibliothèque. Une motivation supplémentaire pour développer un autre genre de services. Il faut cependant rester prudent, car l’étude est faite sur un échantillon de 6564 ménages et on peut s’interroger si cela est le reflet d’une complète réalité.
De plus, il faut encore se demander si tous ceux considérés comme non-lecteurs ne lisent pas plutôt des quotidiens gratuits et pratiquent la lecture en ligne ou encore achètent des livres plutôt que de les consulter ou les emprunter en bibliothèque.
L’évolution actuelle montre que l’usage des écrans et d’Internet bénéficie d’une hausse constante. Auparavant, la classe moyenne regardait la télévision et maintenant, ce sont les plus jeunes, friands de nouvelles technologies et les personnes des milieux favorisés qui ont pris le relais avec les nouveaux écrans devenus le support privilégié de nos rapports à la culture [1]. En effet, avec un écran (téléphone mobile intelligent, assistant personnel, ordinateur personnel, liseuse,...) on peut avoir accès à de multiples prestations (journaux, livres, informations sur le Web, musique, photos,...).
Depuis la fin des années 90, on assiste à un essor important des possibilités de consommation, de stockage et d’échange de contenus audiovisuels [2]. Est-ce cela qui incite les bibliothèques à se rendre visibles sur le net ?
Une autre interrogation est de savoir pour quelle raison les gens fréquentent les bibliothèques ? pour la lecture ou pour d’autres prestations ? Certaines offres peuvent aller de la possibilité d’accéder à des archives et des documents papier, à une exposition ou à une conférence ou aux périodiques et journaux payants, en passant par l’Internet gratuit. Cette énumération n’est pas exhaustive. Un des soucis fréquents des bibliothécaires est l’appropriation de leurs locaux par les usagers qui viennent plutôt les utiliser comme salle de travail que pour les ressources à disposition.

Voici une liste descriptive d’outils et d’environnements connus et moins connus, utilisés par des bibliothèques à travers le monde, répartis selon trois axes :

Les briques de base

Les réseaux sociaux

  • Facebook fondé en 2004, avec plus de 400 millions de membres. Il est ciblé grand public et présent sur les sites de bibliothèques réputées, dont la British Library, la BNF (Bibliothèque Nationale de France),...
  • Ning qui existe depuis 2005 (développé en 2004) est avec plus de 43 millions de membres, un potentiel rival de Facebook.
    PNG - 8.9 ko
    www.ning.com/search ?sf=hp&q=library

Il permet de créer son propre réseau indépendant, de partager des photos et des vidéos, d’échanger avec d’autres professionnels via des chats, forums de discussion et des blogs, d’organiser des événements,... De nombreuses bibliothèques et leurs collaborateurs, surtout aux États-Unis y ont adhéré et utilisent les services à disposition. Le revers de la médaille est que ce réseau est payant. Mais cela peut aussi être synonyme de sérieux.
Sans oublier pour la communication entre professionnels les réseaux Linkedin (plus de 65 millions de membres) et Viadeo (30 millions de personnes).

Les blogs

Ils sont souvent implantés en complément du site Web de l’institution, ils permettent de communiquer avec les usagers et de leur transmettre des informations sous une forme organisée, de type journal de bord, par exemple pour présenter les nouveautés. Parfois, ils servent aussi de page d’accueil. L’usager peut participer en ajoutant des commentaires, mais ne peut pas modifier les informations initiales.

Les wikis

Les wikis (mot hawaïen qui signifie rapide) incitent à la collaboration entre utilisateurs en les laissant modifier les pages mises à disposition sur un site Web dynamique. Certaines pages de sites de bibliothèques fonctionnent sur le modèle Wikipedia, cela permet à l’usager habitué à ce style de mise en page d’être attiré et de retrouver plus facilement des informations.

PNG - 9.4 ko
La bibliothèque Universitaire Paris Descartes sous forme de wiki

Les tags

Les tags sont des mots-clés créés par une personne (usager ou collaborateur) et associés à des informations. Ils servent à décrire le contenu d’un objet (texte, image,...). On peut parler d’indexation personnalisée ou de folksonomies &, qui permettent de classer et de retrouver des références avec des éléments reflétant des concepts similaires.

Les flux RSS

Ils affichent les mises à jour d’un site au fur et à mesure de leur diffusion. Ils permettent d’être renseigné sur l’actualité et les activités de la bibliothèque.

JPEG - 7.4 ko
www.nypl.org/help/rss-feeds

Jeux sérieux ou Serious games

Ces applications informatiques combinent un aspect sérieux, de type pédagogique ou informatif et le côté ludique des jeux vidéos. Elles utilisent la simulation ou la reconstitution de situations, parfois complexes dans un but d’apprentissage. Pour apprendre par exemple où se trouvent physiquement les ressources dans une bibliothèque : fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_s%C3%A9rieux.

PNG - 21.1 ko
eps.library.cmu.edu/rooms/documents/libraries-and-collections/Libraries/etc/index.html

Et encore permettre à l’usager

  • de poser des questions en tout temps (messagerie standard : e-mail ou instantanée : chat) ;
  • de mieux cibler sa question grâce à des formulaires en ligne ;
  • d’accéder aux informations via son téléphone portable (sms, applications spécifiques) ;
  • de gérer et d’accéder à ses comptes e-mail et de messagerie instantanée et à son réseau social grâce à un seul outil (Meebo, Digsby,...).

SwissInfoDesk

Le guichet virtuel de la Bibliothèque nationale suisse, grâce au fonds extrêmement riche de la BN fournit des informations de qualité, dispensées par des spécialistes de l’information compétents. Pour l’usager indépendant, des informations sont répertoriées sous neuf thèmes principaux, répartis ensuite en sous-niveaux pour faciliter la recherche. On y trouve un index des sujets et des personnes. Tout cela en trois langues (allemand, français et anglais).
Le guichet travaille en partenariat avec des bibliothèques suisses et partage des renseignements avec la Deutsche Internetbibliothek, et le service Si@de (Services d’information à la demande), ainsi que le réseau francophone de services de questions-réponses lancé par la Bibliothèque Nationale de France .
Les demandes de recherche peuvent être envoyées via un formulaire en ligne.
Un service de veille documentaire est aussi disponible.
Ces différents services peuvent être payants suivant le temps consacré à la recherche.

Les plates-formes interactives génériques de communication

  • Twitter : pour l’envoi rapide et gratuit de messages brefs ;

    PNG - 15.8 ko
    l’ETHZ est présente entre autres sur Twitter
  • Slideshare : pour télécharger et partager des documents (Word, PowerPoint, PDF et vidéos)
  • Les Podcasts pour diffuser ou écouter des émissions audio ou vidéo ;
  • et évidemment toutes les plates-formes de réseaux sociaux.
    JPEG - 12.3 ko
    la médiathèque du Valais et ses widgets

Les outils pour classer et organiser

  • le partage de références bibliographiques : pour découvrir gratuitement de nouvelles ressources parmi les publications académiques et partager celles-ci avec ses pairs. Aussi pour découvrir qui lit les mêmes articles et vous permettre de stocker et retrouver des fichiers PDF ;
  • la création de pages personnalisées : permettre aux usagers de rassembler au même endroit leurs widgets, sites et blogs préférés, mais aussi leurs différents comptes e-mails, réseaux sociaux, moteurs de recherche, messageries instantanées, photos, vidéos, podcasts ainsi que tous les autres services qu’ils utilisent et apprécient sur le Web.
    JPEG - 13.4 ko
    les bibliothèques publiques de Dublin sont sur Netvibes
  • le catalogage de livres : pour cataloguer avec des informations issues d’Amazon, de la Bibliothèque du Congrès, et plus de 200 autres bibliothèques dans le monde. Trouver des personnes ayant les mêmes goûts littéraires. Pour animer des groupes de lecture et pour importer le contenu dans un OPAC .

La situation à l’EPFL et à l’ETHZ

Dans les deux écoles polytechniques suisses, un site Web donne les informations nécessaires quant aux services offerts par leurs bibliothèques respectives. Ces services diffèrent selon les ressources humaines et logistiques à disposition, ainsi que selon leur politique de gestion. Pour des informations plus précises, il est conseillé d’aller directement sur le site de chaque bibliothèque.
À l’EPFL, de nombreuses ressources en ligne sont disponibles :

  • un guichet virtuel (library.epfl.ch/info/) ;
  • un service de questions via email (questions.bib@epfl.ch) ;
  • des accès au service Nebis, le réseau de bibliothèques et de centres d’information en Suisse ;
  • Infodoc, qui est une liste de discussion sur l’information scientifique, la documentation et les bibliothèques à l’EPFL ;
  • des formulaires électroniques pour des demandes de prêt et pour la fourniture de documents.

À l’automne 2010, un nouvel outil sera mis en place à la bibliothèque de l’EPFL pour remplacer le catalogue actuel. Cet outil intégrera bon nombre des fonctionnalités 2.0 décrites ci-dessus.
Pour sa part, l’ETHZ offre grâce à son nouveau portail, un système de requêtes basé sur une technologie de moteur de recherche de Ex Libris Primo. Les services suivants parmi d’autres sont désormais disponibles :

  • des news ;
  • un blog ;
  • une visibilité sur Facebook et Twitter ;
  • l’accès à NEBIS ;
  • des formulaires en ligne pour diverses prestations.

En guise de conclusion

En parallèle à la masse d’informations à disposition, on assiste à une prolifération des outils permettant de la traiter. Il s’agit de trouver le bon équilibre permettant de respecter l’image de l’institution et de satisfaire aux exigences des usagers. Et d’agir en tenant compte des ressources humaines, logistiques et financières à disposition.
Dans le monde des bibliothèques, le Web 2.0 est un outil fantastique, qui offre un cadre de travail générique et suffisamment souple pour permettre à toutes sortes d’activités de se développer. Les métiers de l’information et des bibliothèques évoluent en parallèle à cet outil et aux besoins de leurs utilisateurs. Les acteurs du domaine (professionnels et usagers) doivent avancer sur la même route et collaborer étroitement.
C’est par cette collaboration et cette liberté de référencer par chacun des informations qu’est née la folksonomie, indissociable du Web 2.0.
Dorénavant, le bibliothécaire n’est plus le seul à détenir les clés de la connaissance, il doit savoir écouter, répondre aux attentes et organiser les échanges de manière à continuer à fournir des prestations fiables et minutieusement organisées.

Bibliographie

  • Une partie des cours suivis lors de ma deuxième année de spécialiste en information documentaire à la HEG de Carouge.
  • Association des professionnels de l’information et de la documentation. Les fils RSS en ligne. Paris, ADBS. (consulté le 28 juin 2010)
  • Bibliothèque nationale suisse BN - Des questions sur la Suisse – SwissInfoDesk. Site de la Bibliothèque nationale suisse en ligne. (consulté le 3 juillet 2010)
  • Chaimbault, Thomas. Tag - bibliothèques 2.0. In : Site Vagabondages en ligne. Mis à jour le 8 juin 2010. (consulté le 26 juin 2010)
  • Donnat, Olivier. Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Eléments de synthèse 1997-2008. In : Enquête sur les pratiques culturelles des Français – Les résultats de l’enquêtes 2008 en ligne. (consulté le 27 juin 2010)
  • Ecole centrale de Lyon. Veille et travail collaboratif avec le Web 2.0 : partage de signets et de références bibliographiques. Bibliothèque Michel Serres en ligne. 02 décembre 2008. (consulté le 27 juin 2010)
  • Gazo, Dominique. Le web 2.0 et les bibliothèques 2.0. In : Site de Association Internationale Francophone des Bibliothécaires et Documentalistes en ligne. Modifié le 9 mars 2009. (consulté le 26 juin 2010)
  • Habarou, Corinne. Blogs et wikis en tant qu’applications phares du Web 2.0. Quelles utilisations dans l’enseignement et la recherche ? In : Unité Régionale de Formation à l’Information Scientifique et Technique de Paris. en ligne. (consulté le 26 juin 2010)
  • Office fédéral de la statistique OFS. Les pratiques culturelles en Suisse. Enquête 2008. Lecture. In : Statistique suisse – Publications en ligne. 30.06.2010 (consulté le 30 juin 2010)
  • Office fédéral de la statistique OFS. Les pratiques culturelles en Suisse. Enquête 2008. Premiers résultats. In : Statistique suisse – Publications en ligne. 23.06.2009. (consulté le 26 juin 2010)
  • Scott, Douglas. Speak Quietly : Ramblings About Libraries, Writing, and Everything in Between. In : Speak Quietly blog (consulté le 28 juin 2010).


Glossaire

OPAC
catalogue de bibliothèque informatisé sous forme de base de données indiquant la disponibilité des documents.
folksonomie
système de classification collaborative décentralisée spontanée, basé sur une indexation effectuée par des non-spécialistes (définition Wikipédia).

[1] Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Éléments de synthèse 1997-2008, p.2

[2] Idem, p1



Cherchez ...

- dans tous les Flash informatique
(entre 1986 et 2001: seulement sur les titres et auteurs)
- par mot-clé

Avertissement

Cette page est un article d'une publication de l'EPFL.
Le contenu et certains liens ne sont peut-être plus d'actualité.

Responsabilité

Les articles n'engagent que leurs auteurs, sauf ceux qui concernent de façon évidente des prestations officielles (sous la responsabilité du DIT ou d'autres entités). Toute reproduction, même partielle, n'est autorisée qu'avec l'accord de la rédaction et des auteurs.


Archives sur clé USB

Le Flash informatique ne paraîtra plus. Le dernier numéro est daté de décembre 2013.

Taguage des articles

Depuis 2010, pour aider le lecteur, les articles sont taggués:
  •   tout public
    que vous soyiez utilisateur occasionnel du PC familial, ou bien simplement propriétaire d'un iPhone, lisez l'article marqué tout public, vous y apprendrez plein de choses qui vous permettront de mieux appréhender ces technologies qui envahissent votre quotidien
  •   public averti
    l'article parle de concepts techniques, mais à la portée de toute personne intéressée par les dessous des nouvelles technologies
  •   expert
    le sujet abordé n'intéresse que peu de lecteurs, mais ceux-là seront ravis d'approfondir un thème, d'en savoir plus sur un nouveau langage.