FLASH INFORMATIQUE FI

FI-spécial été 2008 - Pérenne-IT


Concilier informatique et écologie




Raphaël ROUSSEAU

Théo BONDOLFI


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Quels que soient le fabricant et les produits choisis, une solution pérenne passe par une telle architecture

Concilier informatique et écologie ?

À l’heure du développement durable, comment un responsable informatique choisit-il les solutions pour ses utilisateurs ?
Cette question est la même dans tous les cas de figure, du particulier à la multinationale ; la différence est que le particulier ou l’association de quartier n’a souvent pas les mêmes compétences, la même disponibilité ni le même budget pour y répondre !
Dans chaque évolution du parc informatique, intervient la notion de migration. On passe d’un logiciel à l’autre, ne serait-ce que d’une version à l’autre d’un même logiciel. L’investissement lors de ce changement se composera de l’éventuel coût d’achat du nouveau logiciel (ou de la nouvelle version), mais aussi (et surtout) du temps passé à :

  • l’installer,
  • récupérer les anciennes données,
  • se familiariser à cette nouvelle application.

Ensuite viendront les coûts d’exploitation (sauvegarde, pannes, hotline...), le tout formant le coût total de possession (en anglais TCO : Total Cost of Ownership) d’un parc informatique.
Quels sont les coûts environnementaux réels liés à l’usage d’un ordinateur ? Outre les coûts directs de fabrication du matériel et de l’élaboration des logiciels, il y a de nombreux coûts indirects, par exemple :

  • la perte de temps à cause d’un usage inapproprié des logiciels ;
  • les préjudices liés à la perte de données stockées sur un ordinateur qui tombe en panne ou est victime de virus ;
  • l’idée qu’il est nécessaire d’avoir son propre ordinateur pour avoir ses programmes et configurations personnels. Cela amène bien des entreprises et foyers à être suréquipés par rapport à leurs besoins réels d’informatisation ;
  • la durée de vie d’un matériel est souvent raccourcie si on se cantonne aux logiciels d’éditeurs qui poussent au renouvellement du parc de machines à un rythme accéléré.

L’imposture informatique

Depuis 1998, des journalistes et experts de la société de l’information ont publié diverses études (articles, livres, rapports) mettant en évidence la surenchère (des performances et des coûts) établie et entretenue par les fournisseurs de matériel et de logiciels informatiques. Ils démontrent que les méthodes commerciales des fournisseurs font stagner le coût d’entrée dans la société de l’information, sans fournir les fonctionnalités simples qui sont véritablement demandées par la grande majorité des utilisateurs de l’informatique.
Citons notamment :

Critères pour une informatique plus écologique

Voici les critères sur lesquels évaluer une solution informatique globale afin de répondre aux contraintes des divers types d’utilisateurs :

  • Économique
    • bon marché et facile à remplacer, coût de maintenance réduit ;
    • favorisant les logiciels libres et gratuits (bureautique, Internet, MP3, films ...) ;
    • performante et offrant une mobilité complète sans surcoût.
  • Écologique
    • réduisant globalement la consommation d’énergie (à la fabrication et à l’usage) ;
    • durant plus longtemps, car plus robuste (6 à 8 ans au lieu des 3 à 5 ans standard) ;
    • permettant le recyclage des technologies (logiciels libres, poste client de seconde main ...).
  • Éthique
    • lancée et suivie par des organisations d’intérêt public, œuvrant pour le bien commun ;
    • facilitant le partage de l’information et la réduction des fossés numériques ;
    • ne contenant aucun moyen de rendre les clients captifs d’un produit.
  • Sécurisée
    • permet de garder vos documents confidentiels ;
    • dotée d’antivirus performants et d’un système efficace contre le spam ;
    • ne laissant aucune trace informatique sur les stations utilisées.
  • Passe-partout
    • l’outil doit pouvoir tenir dans la poche (clé USB, disque dur ou téléphone GSM) ;
    • s’utilisant sur toute station PC avec Windows (soit 90% des ordinateurs aujourd’hui) ;
    • s’adressant à tous les internautes de 7 à 77 ans, avec toutes les fonctions standard.
  

Le saviez-vous ?


Libre n’est pas gratuit

Même si la plupart des logiciels libres sont diffusés gratuitement, c’est la liberté qui est au cœur des logiciels libres : liberté d’utiliser, d’étudier, de modifier et de redistribuer les logiciels couverts par une licence logicielle libre. Le modèle économique ne passe donc pas par la vente de licences, mais repose sur d’autres leviers, liés à l’expertise du groupe (formel ou informel) développant et diffusant le logiciel : formation, hotline, développement sur mesure, conseil ...

Des solutions cohérentes existent

Nous présentons ici le produit EcoPC, mais d’autres solutions ayant des spécifications proches existent, notamment la Framakey (française) et PortableApps (américaine).
La partie émergée de l’EcoPC est matérielle : elle se présente sous la forme d’une clé USB (EcoSatPC) renfermant tout ce qui est important vis-à-vis de son propriétaire : données, configurations et logiciels. La partie immergée comprend des services personnalisés de formation et une présence sur le Web (portfolio électronique/blog/site Web personnel).
Lorsqu’on branche l’EcoSatPC sur un poste de travail, une icône vient s’ajouter à la barre des tâches. Il s’agit du menu Démarrer de l’EcoSatPC, qui donne accès aux logiciels et données présents sur la clé. On peut donc travailler sur ses documents avec les logiciels auxquels l’utilisateur est familiarisé. Finie l’époque où l’on devait s’assurer que l’ordinateur qu’on nous prête est bien équipé des bons logiciels et des bonnes versions avant de pouvoir travailler sur un document existant !
La solution se base sur des logiciels libres, aujourd’hui sous Windows uniquement, mais des versions multi-plateformes sont en prévision. Les programmes ont habituellement besoin d’être installés explicitement sur un poste ; ceux qu’utilise l’EcoPC sont dits portables, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas (ou plus) liés à un ordinateur donné. On peut donc les placer sur n’importe quel support, notamment une clé ou un disque USB dans notre cas, afin de pouvoir les utiliser directement. Ainsi on peut être mobile tout en gardant sur soi son carnet d’adresses, ses courriels, ses fichiers de traitement de texte, ses documents multimédias, ses préférences, ses signets...
Le centre de la solution informatique n’est plus l’ordinateur, mais l’utilisateur et ses données.

  

Le saviez-vous ?


Les logiciels portables se répandent

La Framakey, un produit similaire à l’EcoSatPC, a été distribuée à plus de 200’000 exemplaires en France en 2007.
Le Conseil régional d’Île-de-France a équipé les élèves de la région de clés USB faisant tourner des applications portables, dont la suite bureautique OpenOffice.org, le navigateur Firefox, la messagerie Thunderbird, un lecteur audio et vidéo, un lecteur de documents PDF et des applications spécifiques.


Défis sociaux

Même s’il paraît évident qu’une solution portable est bien plus écologique, il reste des défis à relever pour l’implantation de solutions portables dans les écoles, les administrations, les entreprises, les foyers ?

  • la compréhension que ce qui compte, ce n’est pas Mac ou PC, c’est matériel et logiciels libres ou propriétaires ;
  • la volonté des responsables informatiques (public, privé) de mettre moins d’argent dans le matériel, et plus dans la formation à l’usage d’applications libres ;
  • le fait d’investir plus dans la formation des formateurs, et ceci en toute indépendance face aux éditeurs de logiciels (plutôt que de valoriser leurs compétences sur Word, Excel,...).

Réduire concrètement le gaspillage

Comme sur la route où les règles de conduite ont réduit les accidents, les frais et les pollutions, ce qui compte pour l’aisance numérique, c’est surtout de :

  • comprendre qu’Internet et l’informatique ne sont ni réservés aux informaticiens, ni une source de complication, mais simplement un changement fondamental à adopter dans notre manière d’échanger avec les autres et dans la gestion de l’information ;
  • coopérer pour éviter de réinventer la roue, en accédant à des plates-formes Web (réseau social, formation à distance) afin de réduire les déplacements physiques, favoriser le télétravail, qui sont autant de mesures qui réduisent l’impact des activités humaines sur les écosystèmes naturels ;
  • favoriser l’adoption des bonnes pratiques (adoption de l’eCulture) sur Internet, afin de ne pas perdre de temps, ne pas se démotiver, ne pas rejeter ce nouveau média, ne pas gaspiller de l’électricité et mettre en péril sa santé à cause d’un usage inapproprié.

La Coalition EcoPC

Une coalition EcoPC est en cours de formation. Son rôle est d’établir des normes et labels à l’usage des acteurs du monde des technologies de l’information et des clients/usagers.

Elle englobe des acteurs :

  • du matériel informatique (pour l’achat des clés USB par chaque revendeur),
  • du développement logiciel,
  • du support technique pour les utilisateurs,
  • de la production/diffusion de contenus et de dépannage informatique (pour les revendeurs du produit).

Forte de ses 10 ans de travaux et recherche dans les domaines de la communication électronique et de la direction de projets multiculturels décentralisés, sa veille technologique permanente avec son important réseau d’experts, divers partenariats publics et privés pour des expériences pilotes, la fondation suisse Ynternet.org pour l’eCulture est à l’origine de la coalition EcoPC. Son objectif n’est pas de développer ou vendre un produit, mais d’animer une communauté, dont la finalité est le bien commun autour des solutions de communication par voie électronique. Il s’agit plus d’un rôle de prescription que de développement à proprement parler, car les solutions techniques existent et sont en permanente évolution, mais ce sont ensuite et surtout les comportements (individuels et collectifs) qui incarneront (ou pas) les avancées en termes d’écologie, environnementale ou sociale.

  

Success stories

Véronique, 25 ans, part en mission en Europe de l’Est puis en Iran. Partout, elle utilise l’EcoPC, partout ça marche ; et pourtant dans bien des contextes, l’usage d’un ordinateur portable n’est pas envisageable (encombrement, fragilité). De retour chez elle en Suisse, bien connectée et équipée, elle continue à l’utiliser et le recommande à d’autres.
Le projet EcoPC a remporté deux prix en 2007 :

  • le concours Chevalier de la communication (Comknight) ;
  • le prix Entreprendre Région Lausanne (PERL).

.

Conclusion

Une solution informatique 100% écologique n’existe sans doute pas et il faudra certainement toujours faire des compromis tant que nous voudrons bénéficier des atouts de l’électronique. Quoi qu’il en soit, il est possible dès aujourd’hui de s’orienter vers des solutions durablement moins énergivores, plus efficaces et plus respectueuses des utilisateurs. Les solutions portables et mutualisées comme l’EcoPC offrent une alternative pérenne qui tend vers un meilleur équilibre entre des besoins toujours croissants et une planète finie.

Pour tout renseignement ou besoin d’accompagnement de responsables informatiques, veuillez contacter les auteurs.



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