FLASH INFORMATIQUE FI

FI-spécial été 2008 - Pérenne-IT


Gestion des déchets électriques et électroniques en Suisse et dans le monde




David ROCHAT


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Les objectifs de la filière suisse de gestion des DEEE
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Enfant démontant les parties contenant des métaux précieux sur un circuit imprimé
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Dissolution des métaux contenus dans les circuits imprimés dans de l’acide nitrique
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Récupération du cuivre après incinération de câbles à l’air libre
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La problématique des déchets électroniques

Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) - ou e-déchets - désignent les appareils fonctionnant grâce au courant électrique devenus obsolètes. Sous cette définition, on trouve non seulement les ordinateurs, téléphones ou téléviseurs dont leurs propriétaires n’ont plus d’usage, mais également toute une série d’appareils devenus indispensables à notre mode de vie, tels que iPod, console de jeux, distributeurs de billets, appareils médicaux, etc. Beaucoup d’appareils moins sophistiqués, tels que le sèche-cheveux ou le grille-pain tombent aussi sous cette définition.
En résumé, la majorité des biens de consommation qui se sont accumulés dans notre société depuis plus d’un demi-siècle, a commencé à produire son flot d’appareils hors d’usage depuis un certain temps, au point que les DEEE sont aujourd’hui le type de déchet à plus forte croissance dans le monde, culminant à plus de 40 millions de tonnes par année d’après le PNUE [1].
Le problème posé par ce type de déchet est apparu quand les municipalités se sont rendu compte qu’elles ne pouvaient pas gérer ce nouveau fardeau qui s’immisçait dans le flux d’ordures ménagères. En plus d’être lourds et volumineux, les DEEE présentent la particularité, par rapport aux autres catégories de déchets, d’être composés d’un assemblage complexe de plusieurs sortes de matériaux : plus de la moitié des éléments de la table périodique de Mendeleïev sont présents dans un téléphone portable ! Les DEEE sont donc un mélange de matières valorisables et de matières dangereuses. Le plastique, le verre, les métaux de base tels que le cuivre, l’aluminium ou les ferreux, les métaux précieux tels que l’or, l’argent, le palladium ou le platine, et les métaux spéciaux comme l’indium et le tellure sont autant de bonnes raisons de recycler les DEEE, alors que les métaux lourds (mercure, cadmium, plomb, etc.) et les produits organiques comme les retardateurs de flammes doivent éviter de se retrouver diffusés dans l’environnement.

La solution proposée par la Suisse

Le problème ainsi posé a poussé plusieurs pays pionniers à mettre en place une filière spécifique de gestion de ce type de déchets il y a près de 10 ans. La Suisse est un des premiers pays à avoir abordé le problème, en mettant en place dès 1994 une filière pour les appareils usagés des NTIC [2] et en développant la première loi spécifique aux DEEE [3] en 1996. Les objectifs visés par la filière e-déchets en Suisse sont présentés dans le schéma.
La filière suisse repose sur le principe de la responsabilité étendue du producteur, découlant du principe du pollueur - payeur. D’après ce principe, toute entité produisant et mettant sur le marché un bien de consommation en est responsable tout au long de son cycle de vie. Cela veut dire que les marques ou les importateurs de marques d’appareils électriques et électroniques en Suisse, ont la responsabilité d’assurer la gestion dans les règles de l’art de leurs produits en fin de vie. Cela se traduit par l’obligation d’assurer aux consommateurs suisses de pouvoir se débarrasser de manière pratique de leurs e-déchets au moins gratuitement [4]. Les producteurs assurent la viabilité économique de la filière en introduisant une taxe anticipée de recyclage, que le consommateur paye à l’achat d’un nouvel appareil, et qui servira à financer la collecte, le transport, le démantèlement, le recyclage et l’élimination des fractions dangereuses des vieux appareils. Grâce à ce système, près de 70’000 tonnes de déchets sont collectées et recyclées chaque année dans le pays.
Il existe aujourd’hui quatre organismes représentant les producteurs d’équipements électriques et électroniques et qui assurent leur gestion appropriée en fin de vie, selon les types d’appareils [5].
La Suisse a été suivie de près par les pays nordiques en particulier, et aujourd’hui l’Union Européenne en général cherche à mettre en œuvre et à harmoniser la filière dans l’ensemble des pays membres, grâce notamment à la directive européenne sur les DEEE.

La gestion des DEEE dans le monde en développement

Si les pays industrialisés ont réussi à mettre en place des filières de gestion des DEEE économiquement viables pour tous les DEEE, quelle que soit leur valeur, il en va autrement dans le monde en développement. D’une part, les pays en transition tels que l’Inde et la Chine ont connu une explosion de la demande en équipements électriques et électroniques, à tel point que le nombre d’utilisateurs d’ordinateurs en Chine a augmenté de 1052 % entre 1993 et 2000 par rapport à une moyenne mondiale de 181 %.
Dans ces pays, personne n’a mis en place de système de gestion des DEEE, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas recyclés. Au contraire, le système indien, par exemple, s’est développé naturellement à partir d’une économie du déchet préexistante, qui absorbait et valorisait les matières provenant des navires, des véhicules hors d’usage, de la démolition. Avec l’avènement de l’ère des nouvelles technologies, ce secteur économique bien établi commença à absorber les déchets électroniques pour en extraire les différents métaux contenus, afin de les revendre à l’industrie de la métallurgie, jusqu’à ce que certains se spécialisent dans le recyclage de déchets électroniques. Contrairement à la Suisse où le consommateur finance le système de recyclage au moyen de la taxe de recyclage anticipée, en Inde, ce sont les collecteurs de déchets qui payent pour obtenir des équipements hors d’usage afin de les revendre aux recycleurs. Il y existe donc une économie du déchet électronique, où certains secteurs de l’industrie en alimentent d’autres grâce à leurs déchets, créant de la sorte des cycles de matière où quasiment tout est réutilisé. Il en résulte qu’en plus de faire face aux énormes quantités d’e-déchets produits par leur propre société, les Indiens font également face à des importations massives de vieux appareils en provenance principalement des États-Unis et de l’Europe.
Néanmoins, le système de recyclage indien possède certaines faiblesses qui sont à l’origine de graves problèmes, notamment du fait que ses motivations ne reposent pas sur des intérêts environnementaux ou sociaux, mais sur le gain économique. De par le manque de législation et de réglementation, le secteur largement informel du recyclage des DEEE ne se réfère à aucune norme environnementale ou sociale. Il en résulte un fort impact social, avec un travail peu rémunéré, parfois pratiqué par des enfants, ainsi qu’un fort impact environnemental, les travailleurs n’étant pas conscients du contenu toxique de ces déchets ou les traitant par des procédés chimiques sans précautions (voir les photos).
L’Inde et la Chine ne sont pas les seuls pays en développement à faire face à un problème naissant dû aux DEEE, il en va de même dans l’ensemble du monde en développement. Le problème est d’autant plus alarmant dans les pays les plus pauvres, qui bénéficient de plus en plus de la solidarité numérique, à savoir des envois de matériel informatique neuf ou de 2ème main par des organisations d’aide au développement. L’Afrique est particulièrement concernée par ce phénomène, et on ne compte plus le nombre d’associations et d’ONG qui s’appliquent à numériser le Continent noir . Ces initiatives sont bien entendu nécessaires et bienvenues, mais très peu de ces acteurs du développement se rendent compte qu’il n’existe en général aucune infrastructure pour gérer ces appareils lorsqu’ils ne serviront plus. Il en résulte que des activités de recyclage informel telles qu’observées en Inde et en Chine commencent à apparaître un peu partout dans le monde, avec les impacts environnementaux et sociaux qui en découlent.

Heureusement, de nombreuses initiatives internationales ont vu le jour et tentent de remédier à ce problème. La Suisse n’est pas en reste, avec peut-être l’un des premiers programmes de développement cherchant à assister des pays partenaires sur ce problème financé par le Seco [6] depuis 2003. Ainsi, l’expérience helvétique a été exportée en Chine, en Inde et en Afrique du Sud depuis 5 ans par l’Empa [7], qui est aujourd’hui également impliqué dans plusieurs pays africains [8] et sud-américains.
L’expérience gagnée au cours des dernières années dans la thématique de gestion des DEEE dans le monde en développement a permis de développer des modèles économiques qui devraient permettre aux plus pauvres d’améliorer leur condition de vie et de travail grâce aux activités de recyclage, tout en réduisant l’impact sur leur santé et l’environnement. Le cas le plus éloquent concerne l’extraction des métaux précieux depuis les circuits imprimés : au lieu de s’adonner à des procédés chimiques humides impliquant de nombreuses substances toxiques, les recycleurs du secteur informel ont été formés à démonter et séparer les fractions optimales qu’ils peuvent revendre à des raffineries de métaux précieux. Ces raffineries ont la capacité technique d’extraire jusqu’à 95 % de 17 métaux différents par un processus pyrométallurgique, alors que le procédé chimique humide ne permet de récupérer qu’à peu près 25 % d’un seul métal, l’or, contenu initialement dans le déchet. Ce modèle économique alternatif permet aux travailleurs du secteur informel d’améliorer leur revenu par un facteur 3, tout en menant un exercice moins dangereux dans leur activité de recyclage.

[1] Programme des Nations Unies pour l’Environnement

[2] Nouvelles Technologies de l’Information et de Communication

[3] L’Ordonnance sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et électroniques (OREA)

[4] Ce qui veut dire que le consommateur ne doit pas payer pour se débarrasser de ses déchets, mais qu’il peut au mieux recevoir de l’argent en retour.

[5] Plus d’informations sur la filière suisse sont disponibles ici

[6] Secrétariat d’État à l’économie

[7] L’institut fédéral de recherche en matériaux et technologies (EMPA) est responsable du contrôle technique de la filière suisse de gestion des DEEE depuis le début.

[8] Voir



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