FLASH INFORMATIQUE FI

FI spécial été 2007 - Images


Du sens de la vue à la construction du regard ou l’enfant dans le partage de sa vision du monde




Valérie JATON

Philippe RAMEL


Accompagnant depuis 4 ans des enseignants et leurs classes dans des projets multimédias [1], les auteurs du texte ci-dessous ont choisi de rapporter leurs réflexions suite aux observations des moments vécus avec des élèves réalisant des images.

L’image à l’école : de la forme au contenu ?

Introduction : cadrer, vous avez dit cadrer ?

Premier essai photographique à l’école enfantine (4 ans). Un cadrage est rarement prémédité... D’où vient le problème ? Flou de bougé, manque de stabilité ? Même si c’est souvent le cas, il y a aussi une raison principale : tout à la joie de pouvoir photographier et ne sachant pas trop comment s’y prendre, un jeune enfant n’est pas réellement attentif à son cadrage. Il voit bel et bien son sujet à travers le viseur ou sur l’écran de l’appareil photo, mais pour lui, regarder est un apprentissage : cela demande de l’anticipation, une capacité à former mentalement l’image de l’image, à guider la prise de vue pour que ce qu’il voit sur l’écran corresponde à ce qu’il voit dans sa tête. Considérant souvent comme une erreur la prise de vue telle que ci-contre, l’enfant y remédie [2], et essaie d’en réaliser une autre meilleure, c’est à dire avec un sujet placé de manière bien visible et au centre de l’image. Il la compose alors telle qu’il veut la montrer aux autres.


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résultat fréquemment obtenu lorsqu’un enfant utilise pour la première fois un appareil de prise de vue photographique à l’école enfantine (4 ans)
© Alexandra, classe CIN ; prénom fictif

Cet apprentissage de recomposition se fait dans la mesure où le jeune photographe comprend aussi comment revenir sur une séquence d’images, en passant du mode prise de vues au mode lecture de son appareil de photo numérique.
Le geste de recomposition relève d’un apprentissage chez le tout jeune élève : revenir sur ce que j’ai fait, l’analyser, le réaliser une nouvelle fois autrement et le donner à voir aux autres.

Il passe alors progressivement de la compétence innée du voir à celle construite du regarder. Cet apprentissage se poursuivra tout au long de la scolarité obligatoire, voire post-obligatoire. Sa compétence première s’enrichit de nombreuses notions propres à ce domaine : le sens de l’espace et la composition, la grammaire de l’image et les règles de cadrage, la gestion de la couleur et des valeurs du noir et blanc, les aspects du droit à l’image, la responsabilité de l’auteur vis-à-vis de son public, etc.

Il devient auteur et non plus simple copiste ou photocopiste. Élargissant le cercle de ses compétences, il parcourt avec ses enseignants l’immensité de cet environnement habité par les images et leurs re-présentations, et conjointement à la découverte des autres environnements culturels ou conceptuels, il se dote, comme futur citoyen et être communicant, d’un niveau de conscience plus vaste dans la faculté de devenir auteur de sa propre vie.

Corps de la leçon : l’atelier des images

La notion de photomontage, ou de phototrucage est certainement partiellement intégrée chez un enfant de 4 ans s’il participe à une activité qui en dévoile les secrets de fabrication.


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parmi les ateliers usuels d’une classe enfantine existe aujourd’hui, l’atelier photographie © jara, HEPL

Dans quelques classes enfantines vaudoises, parmi les ateliers usuels (peinture, math, jeu de raisonnement, français, ...) existe aujourd’hui, grâce à l’apparition des ordinateurs et des appareils de photos numériques ou scanners, un atelier photographisme. Plus qu’un Photomaton, cet atelier permet, par exemple, de réaliser une nouvelle image, une autre image : Moi, déguisé en lutin.


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L’élève devient auteure d’une image dont les sources sont multiples
© jara, HEPL

Au programme : photographie devant un fond uni (plan moyen). Puis passage à l’ordinateur, avec apprentissage du transfert des fichiers, de l’emploi du clavier pour écrire son prénom (et gestion de la lecture des lettres en majuscules sur le clavier et leur affichage en minuscules à l’écran !). Ensuite détourage de sa photographie à l’aide d’une gomme informatiquement magique. Et enfin création de l’image qui n’existe pas, en déplaçant, translatant, redimensionnant, posant au premier plan, à l’arrière-plan, etc.

Bel exercice de gestion de l’espace avec passage progressif du plan horizontal (la souris sur le tapis) au plan vertical (les éléments sur l’écran) ! Mais aussi de motricité fine, de latéralisation, d’appropriation d’une ergonomie qui aimerait bien qu’un bureau ressemble à un bureau, sans en avoir le moindre attribut tactile et tridimensionnel (Mais c’est facile, tu glisses l’image sur le bureau ...).

Ce qui est nouveau dans cet atelier de photographisme, c’est que l’élève devient auteur d’une image dont les sources sont multiples. En manipulant des objets images, il découvre que le résultat final peut se composer d’éléments distincts, provenant de types différents (dessins, photographies, structures scannées, ...) et de diverses sources (enseignante, banque d’images, Internet).

Synthèse partielle : Voyez-vous ce que l’on entend ?

Pour voir loin il faut y regarder de près (Pierre Dac)

L’école ? Un lieu d’un travail. Travail de construction d’images, comme dans les exemples cités ci-dessus. Et aussi travail de déconstruction : par l’observation de la composition des affiches publicitaires, des oeuvres d’art en photo dans les journaux ou dans les livres d’école, des cartes postales, de tout support visuel donnant accès à une forme, à un contenu dans la perspective d’entretenir la réflexion sur les buts et les moyens d’expression.

Comment l’enfant appréhende-t-il le monde de la représentation ? La réalisation d’images à l’école facilite-t-elle la compréhension du langage des images ? Les personnes ayant amené des réponses à ces questions ne sont pas légion. Evelyne Thommen [3] et Andrée Schirtz Nägeli, dans leur article Le développement de la compréhension de la discontinuité entre l’actuel et le virtuel dans les images [4] spécifient que la compréhension de la double réalité d’une image (distinction entre le mental et le physique, ainsi que différenciation entre le fictif et le réel) se développe chez l’enfant, de 6 à 12 ans.

Aussi, nous pouvons conclure en disant que les enseignants peuvent permettre aux enfants de devenir auteurs, compositeurs et interprètes, en développant chez eux tant une vision analytique que synthétique. Et qu’alors les images leur apportent une clé de lecture du monde qui les entoure et des univers dont elles sont porteuses.


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éducation aux médias : allusion à une campagne publicitaire incitant les photographes à shooter sans penser
©Philippe Ramel , HEPL

[1] Projet mediabus, le cyberbus, UER (Unité d’Enseignement et de recherches) médias et tic dans l’enseignement, HEP Lausanne

[2] Ce cadrage pourrait ne pas être considéré comme une erreur, mais bel et bien une image voulue et désirée.

[3] Professeure, HES-SO, École d’études sociales et pédagogiques, Université de Fribourg

[4] ENFANCE, n°2/2002, p.117 à 139



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