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Concours de la meilleure nouvelle 2007


Nouvelle retenue par le jury — La vengeance




Joël STADELMANN


Le texte gagnant au concours de la meilleure nouvelle 2007 :
Presque banal de Flavien Rouiller

Ont été retenus aussi par le jury :
La vengeance de Joël Stadelmann,
Le fromage de l’architecte de Frédéric Rauss,
Melissa de Blaise D’Hont.
Je, tu,... ils de Nicolas Guerin.

La forme du concours est la nouvelle, l’histoire doit se passer en 2015 dans le Learning Center de l’EPFL et le thème doit donner un rôle prédominant dans le déroulement de son histoire au thème du spécial été 2007 : Images .
Relire le Règlement du concours

- ...se placer dans le référentiel du centre de masse permet de réduire le nombre de degrés de liberté de six à trois. Cette réduction est particulièrement avantageuse, car elle permet une solution rigoureuse du mouvement. Dès lors, on peut, grâce à la conservation de l’énergie et à celle du moment cinétique calculer la for...

- Pardon, je manque à tous mes devoirs. Je me nomme Grim. Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans ma tête. N’écoutez pas ce raseur, il a l’art et la manière de rendre compliquées des choses qui auraient pu être simples. Actuellement, il essaie de démontrer rigoureusement que la forme de l’orbite d’un corps soumis à une force de gravitation est une ellipse lorsque l’orbite est fermée et que les orbites en général sont des coniques ce qui implique que les orbites ouvertes soient des paraboles ou des hyperboles... Je parle comme lui, ça doit vous faire assez peur.

Ne vous inquiétez pas, encore vingt-cinq minutes et nous pourrons partir. On peut prendre un café juste en face de l’auditoire. Ça me – enfin nous – fera le plus grand bien.

D’ici là, je peux vous parler d’une chose plutôt curieuse que j’ai découverte il y n’y a pas longtemps. Ce jour-là, j’étais un peu triste. Et pour être un peu tranquille, j’ai quitté le cours. J’ai marché droit devant moi et j’ai atteint l’extérieur du bâtiment, j’ai grimpé quelques volées d’escaliers et j’ai siégé sur le toit. C’est un endroit plutôt agréable, on peut y voir...

J’ai l’impression que vous ne comprenez rien. Remarquez, c’est assez normal. Vous apparaissez comme ça dans ma tête, mais vous ne devez avoir aucune idée de ce qui nous entoure.

Donc, je reprends. Je m’appelle Grim. Je suis étudiante dans une fac technique de Suisse qu’on appelle EPFL. Je suis des tas de cours tous plus ennuyant les uns que les autres. Et ce jour-là, je suis montée sur le toit du CM. C’est un bâtiment d’ici. C’est un endroit assez chouette pour être tranquille. Il n’y a rien sur le toit de ce bâtiment vétuste. Et donc personne pour venir vous déranger. Et pour couronner le tout, la vue sur les montagnes d’en face est féerique.

J’ai fini par relever un détail assez inattendu sur ce toit. C’était une adresse internet. Un ancien format apparemment, puisqu’il s’agissait d’une page http://. Quand j’y suis allée, je n’ai vu que deux choses. Un compteur qui indiquait le nombre de visiteurs : "1". J’étais donc la seule visiteuse de ce site. Il y avait aussi un abonnement à un "flux rss". J’ai fait quelques recherches depuis. Le flux rss était un truc qu’on utilisait il y a un peu moins de dix ans pour se tenir informé de l’évolution de sites internet. Un peu comme nos bots Elodie d’aujourd’hui quoi ! En cherchant un peu, j’ai fini par télécharger un soft qui lisait ces flux. Je l’ai installé et j’ai lu les flux. Il n’y avait rien. Un peu déçue, je suis passée à autre chose. Mais quelques jours plus tard, une nouvelle tombait.

Ah, c’est l’heure d’aller prendre le café.

- Plutôt pratiques ces cours étalés sur deux heures, on peut prendre une pause et un café au milieu. Pour en revenir à mon histoire, j’ai eu un sacré choc quand mon lecteur de flux rss m’a affiché : "Grim, il te faut aller à l’exposition "Mind" au Learning Center pour recevoir plus d’instructions sur ta tâche." Comment un site internet basé sur un standard abandonné il y a cinq ans et dont j’ai été l’unique visiteuse pouvait, premièrement, savoir mon nom et, deuxièmement, m’envoyer dans une exposition qui sera inaugurée d’ici quelques jours. Des conférences sur le thème de la folie et des peintures de malades ! Mais qu’est-ce que je pourrais bien faire là bas ?

Ah vous partez. C’est navrant. Je vais être obligée de suivre mes cours maintenant.

- Tiens vous êtes revenu. Et visiblement, si je puis dire, vous ne savez toujours pas où vous arrivez. Alors, voilà : nous sommes au Learning Center de l’EPFL, à cette fameuse exposition picturale. On y voit de tout : des formes abstraites, des dessins précis, des paysages, des plans...Quand je suis arrivée dans cette expo, je ne savais pas trop ce que je devais y faire. J’ai commencé à regarder les tableaux dans l’ordre quand un homme en livrée m’a donné une lettre sur laquelle mon nom était écrit en lettres cursives et dans la quelle on me disait de m’attarder précisément ici. Ce qu’on voit devant nous, c’est une peinture, intitulée "Vengeance", d’un type qui a été enfermé à l’asile il y a dix ans, à la fin 2004. On ne dit pas de quelle folie il était atteint. Visiblement, la toile représente deux dames, une jeune et une nettement plus âgée qui subissent un sort peu enviable. Elles ont des cibles derrière la tête. C’est d’autant plus curieux que cette dame qui est juste à côté de moi ressemble un peu à la plus jeune. Elle tient une lettre comme la mienne !

Elle est juste partie après avoir haussé les épaules, comme si ce qu’elle avait lu dans sa lettre l’indifférait au plus haut point. Elle a même laissé tomber son enveloppe quand on nous a bousculés. Elle s’appelle Schina Saibender.

L’ordinateur est une chose formidable. Il suffit d’aller s’asseoir devant un écran et de pianoter quelques secondes pour grappiller de précieuses informations sur n’importe qui. Je sais maintenant que cette dame est collaboratrice scientifique dans la section de mathématiques. L’ennui, c’est que mon lecteur de flux rss m’annonce maintenant que je dois la tuer.

Elle a passé sa journée à l’expo, je peux aller lui rendre l’enveloppe que j’ai récupérée. l’ennui, ce sera les gens tout autour, vu que je n’ai pas plus envie que ça de causer des dommages collatéraux Il fait déjà nuit, c’est qu’en janvier, elle tombe tôt. Tant mieux, ça ne sera que plus simple. Excusez-moi quelques secondes.

- Bonsoir madame.
- Bonsoir.
- Vous venez de perdre ceci.
- Ah. Merci.
- Vous la jetez directement. C’est très agréable de s’être donné tant de peine pour ça !
- Écoutez, mêlez-vous de ce qui vous regarde OK ?
- Pourtant, ça ne fait pas partie de vos habitudes !

Pourquoi lui ai-je dit ça ? Ce ne sont pas mes mots ! Je ne parle pas de cette façon !

- Que voulez-vous dire ?
- Quelle importance ?

Je pars, j’ai piqué sa curiosité, elle me suit dans le couloir, jusqu’au sous-sol . J’attrape un quelque chose qui traînait ici. Je l’écrase très fort sur sa tête, elle tombe, assommée.
Elle reprend connaissance, j’essaie de parler un peu avec elle. Je voudrais bien savoir ce qu’elle sait sur la toile, la vieille dame ou sur l’auteur. Elle ne veut rien dire. Elle est obnubilée par l’idée que je la détache. C’était une fameuse précaution que j’ai prise puisqu’elle semble plutôt énervée. Je la laisse en porte à faux entre le palier et la cage de l’ascenseur puis je monte à l’étage pour l’appeler. Je devrais peut-être m’en aller maintenant.

- Tiens bonjour, bienvenue dans ma tête. C’est amusant de vous avoir ici, figurez-vous que cette nuit, j’ai fait un rêve proprement incroyable. J’y allais à une exposition et j’y tuais une personne que je n’avais jamais vue en la découpant à l’aide d’un ascenseur.
Sauf que ce lecteur de flux rss faisait partie de mon rêve. Et deux dépêches m’y attendent. La première me félicite pour l’avancement de mes travaux et la seconde me recommande une conférence qui se tient aujourd’hui au Learning Center. Les nouvelles par contre sont mauvaises. Elodie, qui est un de mes bots qui retourne le net, m’a ramené les nouvelles du jour. Un meurtre a été perpétré à l’EPFL. Heureusement, la police ne semble pas avoir de piste.

- C’est un vieux monsieur qui parle. Il montre sur grand écran cette fameuse "Vengeance" , la toile que je regardais hier. Il nous explique que l’auteur est obligatoirement psychotique et délirant. Je trouve ses arguments assez douteux, mais il est médecin généraliste et doit donc être suffisamment imbus de lui-même pour être convaincu d’être un spécialiste des questions de "personnalité contrariée" comme il le dit si joliment. Mais ce qui me dérange le plus, c’est la dame qui est au deuxième rang. Celle-ci, c’est la vieille sur le tableau. Elle était déjà vieille au moment d’être peinte et elle ressemble encore pas mal à son image. Il n’y a pas de doute, c’est elle. Comme ça fait déjà deux heures que le toubib délire là en bas, on va faire une petite pause, prendre le café.
C’est le "facteur" d’hier qui sert le café. Il n’a pas totalement abandonné ses anciennes fonctions puisque j’ai eu le droit à une lettre avec mon café. La vieille s’appelle Cevchkaorin Schethebnin. Elle travaille dans les structures de soutien aux étudiants. Il semble important que son trépas soit particulièrement désagréable. Je vais donc devoir le préparer un peu plus.

- La conférence vient de finir. Moi pendant ce temps, j’ai regardé les peintures. À part la "Vengeance", il y a une autre toile du même auteur. Elle s’intitule "De loin ce qui vous va le mieux". C’est une sorte de gigantesque trompe l’oeil. Les tasses et les sachets de thé que l’on voit de loin se transforment en train et en instruments de jardinage à mesure qu’on s’en rapproche. Et d’un seul coup, ces locomotives et ces cisailles se métamorphosent en couteaux et en cordes. Mais quand même, la tasse de thé... j’aime bien l’idée de lui faire boire quelque chose à cette petite vieille !
Je lui prépare un dopant pour son cocktail qu’elle prend après la conférence : du GHB. C’est plutôt pratique, en ce sens que je vais pouvoir m’occuper d’elle tranquillement maintenant. Je n’ai eu qu’a demander pour qu’elle me suive jusqu’à l’exposition de tableaux. Je lui fais ramasser un papillon récapitulant les différents tableaux sur un présentoir et l’invite à descendre dans le parking souterrain. Il y a ici des quantités de voitures de toutes marques et de toutes les tailles. Celle-ci, a l’air parfaite pour mon objectif : à la fois colorée et sportive. Je lui fais enlever ses chaussures et ses chaussettes. J’en aurais besoin plus tard. Mais à présent, la question principale est : "Comment soulever la voiture ?" Je n’ai pas le choix. Ce type-là bas devra m’aider. D’abord, j’envoie la bonne samaritaine détourner son attention et je le contourne pour qu’il ne me voie pas arriver. Il a suffi d’un bon coup à l’arrière de la tête pour l’endormir. Il va être plus coopératif maintenant si je veux lui voler le cric de sa voiture. Ses clefs sont dans sa poche. Sa voiture fait des petites lumières quand je dis à ma "nouvelle amie" d’appuyer sur le bouton.
Après tout, elle fait tout ce que je lui demande. Alors, il n’y a pas de raisons que je me fatigue à faire le sale travail.
« Donnez-moi un point d’appui et un levier et je soulèverai la Terre. » disait Archimède. Je n’en demande pas tant à ma vieille. La voiture de sport suffira. Après elle s’allonge docilement en dessous. Je l’attache aux essieux avec les lacets de ses chaussures et j’enfonce une chaussette dans sa bouche pour qu’elle ne puisse pas crier. Ensuite, je repose la voiture et je vais ranger le cric et les clefs de l’autre type. Je le réveille, il se plaint de maux de tête et me remercie avant de partir. C’est drôle, il ne s’est aperçu de rien. Moi, par contre, je n’ai pas mangé et j’ai faim.

- Apparemment, le propriétaire de la voiture de sport habite à Ferney-Voltaire, d’après la photo dans le journal, il est plutôt mignon. Il est quand même au main des forces de police. Apparemment, les lacets de la vieille se sont rompus sur l’autoroute. C’est assez désolant pour lui, mais dans l’action, je n’ai pas pensé à tous les ennuis que j’allais lui créer.
Je n’ai plus reçu d’enveloppe aux lettres cursives et ce fameux flux rss reste blanc. Moi, je me suis mise à la peinture, ma première représente un ascenseur qui se mélange à une voiture de sport.
Et au fond, je crois que je me sens mieux quand je suis la seule à savoir ce qui se passe dans ma tête.



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