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FI spécial été 2007 - Images


Tous photographes ! côté expo




Jacqueline DOUSSON

Appoline RAPOSO DE BARBOSA


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L’exposition Tous photographes qui s’est tenue au Musée de l’Elysée, Lausanne, du 8 février au 20 mai 2007, avait pour thème la mutation de la photographie amateur à l’ère numérique. L’exposition s’est voulue interactive et de nombreux amateurs y ont participé en envoyant leurs photos. Nous nous sommes rendues sur place le vendredi 23 février pour en savoir plus sur les coulisses de l’exposition. Le musée de l’Elysée s’est mis en quatre pour informer nos lecteurs :

  • Jean-Jean Clivaz, médiamaticien, responsable des installations techniques
  • Pierre Fürer, responsable de la lisibilité de l’exposition, donc du graphisme et de la signalisation
  • Hervé Wagner, civiliste
  • André Rouvinez, responsable logistique et muséographie.
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de gauche à droite : Messieurs Clivaz, Fürer, Wagner et Rouvinez
Donnez-nous quelques chiffres à propos du matériel
Une grande partie du matériel a été prêté par HP, partenaire de l’exposition, dont les imprimantes et principalement celle pour les posters :
  • 10 écrans plats
  • 10 ordinateurs
  • 10 téléphones portables
  • 4 photo-cadres
  • 1 imprimante HP Designjet 3100
  • 4 imprimantes photosmart HP

De plus, nous avons vu dans chaque pièce des clés USB fixées au mur qui relèvent température et humidité de l’air ; il suffit de les planter sur notre ordinateur pour avoir des courbes de température sur une année et demie.

Dites-nous deux mots sur l’exposition
Notre exposition se veut avant tout un concept, une expérience, un laboratoire. Vous y verrez la photographie vue par un site communautaire : Flickr, par une agence : Scoopt et par un site de publication : Lulu. Nous abordons le phénomène du photo-journalisme citoyen à travers les blogs, les albums électroniques. Notre but est de présenter les nouvelles technologies, d’analyser leur répercussion sur notre quotidien - 250 milliards de photographies numériques seront prises en 2007 dans le monde -, de les expliquer de manière interactive.
Cette exposition n’est pas classique pour nous, nous avons besoin d’un support texte très important. Les visiteurs aiment que tout soit évident tout de suite. Nous essayons donc d’attirer leur attention avec ces panneaux de couleur orange ou gris. Dans chaque salle, une citation vieille de plus de 100 ans proche de la thématique exposée fait un rappel historique comme cette lettre d’un lecteur au Daily News en 1895 : Le parlement ne pourrait-il pas faire quelque chose pour diminuer les nuisances causées par les personnes qui se promènent avec des appareils photographiques portables ?
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le tableau des appareils

Quelques informations glanées au cours de la visite des différentes salles

JPG Magazine
JPG Magazine est à la fois un magazine imprimé vendu en kiosque et une communauté en ligne. Sa particularité est d’être créé par ses lecteurs qui contribuent, sans rémunération, en envoyant des photographies. Les lecteurs votent pour leurs préférées qui sont imprimées dans le numéro suivant.
Concours citoyen
Yahoo Japon propose un concours pour augmenter la participation aux élections. La photographie est utilisée comme un moyen de développer un esprit civique. Les autorités japonaises essaient par le biais d’un concours, axé sur les valeurs d’environnement, de santé publique, etc. d’inciter les électeurs à se rendre aux urnes.
Et cette petite boîte noire avec un bouton ?
Le procédé est simple, le bouton déclenche l’envoi d’un message à un serveur qui renvoie quelques minutes ou quelques heures plus tard, une photographie de Flickr prise à la seconde même où vous avez appuyé sur le bouton. C’est un peu comme si l’instant était le facteur déterminant de la photographie et non la scène que vous avez sous les yeux.
Encore un bouton à presser ?
Il s’agit d’un gag contenu dans la première publicité de Kodak fin des années 1880 pour montrer que la photographie devient accessible à tous : Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste ! Ici en appuyant sur le bouton croyant prendre une photo, vous enclenchez un petit magnétophone et le plus petit haut-parleur au monde diffuse un chant de l’époque.
Et ces photos de presse ?
Dans cette salle nous apportons le regard des professionnels sur les photos d’amateurs témoins. Le fait n’est pas nouveau, déjà en avril 1951, le grand journal japonais Mainichi a publié une photographie prise par un témoin d’un terrible accident de train. L’événement a eu un écho important au Japon et est à l’origine de la fondation de l’Association japonaise des photo reporters.
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des exemples d’images réalisées par des reporters citoyens

On voit ici une photographie d’un crash pendant un meeting aérien ; cette photographie d’amateur a été repérée par l’agence SIPA lors de son développement ; après négociation, elle a été vendue dans le monde entier. Depuis le 11 septembre 2001, les photos d’amateurs relatant l’actualité se sont multipliées à grande vitesse et sont devenues un élément incontournable de l’actualité journalistique, le badaud étant sur place devient reporter. La photo prise par un téléphone portable par un passager du métro lors des attentats terroristes de juillet 2005 à Londres a fait la une de beaucoup de journaux dans le monde. Quoique d’une qualité technique très mauvaise, signature de l’outil qui l’a prise, elle a un poids émotionnel plus important que beaucoup de photos prises par des appareils professionnels.
Susciter la réflexion plutôt qu’un discours moraliste, là est notre propos.

Voici une photographie reçue par un journaliste sur son téléphone portable pendant son séjour à Gaza. La photographie lui montre ce qu’il est en train de regarder ; il se retourne et voit l’auteur de la photographie qui lui demande de l’aide pour sortir du pays.

Concours de la meilleure photo amateur faite à partir d’un téléphone portable
Nous montrons ici le concours d’Ericsson pour aborder le sujet, mais il en existe de nombreux autres.
Tous paparazzi ?
Splash émet des appels sur le Net pour recevoir des photos de stars faites par des amateurs ; chaque semaine nous recevons de leur part une image qu’ils ont choisie pour nous.
Nous voici arrivés dans le lieu qui a donné son nom à l’exposion : Tous photographes
Les images téléchargées sur le site tousphotographes.ch arrivent sur le serveur du Laboratoire de communications audiovisuelles de l’EPFL, responsable de cette partie de l’exposition. A partir de 11h00 du matin, le flux d’images qui arrive est projeté ; chaque image, projetée à raison d’une toutes les quatre secondes, est filmée par une caméra et le participant reçoit une image prise par webcam de sa photo telle que montrée au public du Musée. Les images arrivent du monde entier.
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l’image, chargée sur le site tousphotographes.ch, diffusée sur le mur du Musée

Chaque semaine l’ordinateur choisit 100 images pour en faire un poster qui est imprimé sur l’imprimante HP Designjet 3100 ; elles entreront dans la collection du musée.

Outre ses aspects culturel et technologique, cette démarche a aussi un objectif scientifique : collecter un grand nombre d’images avec leurs informations respectives. Cela doit permettre aux chercheurs de l’EPFL, d’une part d’évaluer comment le public annote ses photos, et d’autre part de développer de nouveaux algorithmes pour l’indexation automatique des images. La professeure Sabine Süsstrunk qui dirige le projet pense pouvoir disposer de la plus vaste banque d’images existante à des fins de recherche après l’exposition. Son laboratoire est aussi responsables des aspects éducatifs sur la technologie numérique.

Chaque semaine, de 150 à 200 photographies seront collectées et imprimées en grand format sur l’imprimante HP Designjet 3100.
Ces épreuves, présentées dans une exposition dynamique, seront renouvelées chaque semaine, un exemplaire étant conservé dans la collection du musée.

Nous voilà 150 ans en arrière ?
Dès le début de la photographie, les amateurs ont été légion. Le musée de Vevey nous a prêté cet appareil miniature, un des premier Kodak miniature, merveille de technologie avec un film qui nous montre que les appareils miniatures ne datent pas d’aujourd’hui.
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première image du soleil prise en1845
Tabou ou choquante
Comment montrer la pornographie ou les images de chirurgien ? Ici on voit que dès le début de la photographie, les images licencieuses ou choquantes existent.
Art ou exhibitionnisme
Natacha Merritt provoque l’émoi du milieu artistique pour avoir osé choisir sa propre sexualité comme sujet de photographie numérique. Hier, ses photographies semblaient relever de l’exhibitionnisme et demain, elles seront exposées dans des biennales d’art contemporain.
Au sous-sol ne marchons pas sur ces petits écrans... que projettent-ils donc ?
Ce sont des images saisies dans le cadre du projet iLake. Ce projet consistait à demander aux nombreux touristes qui prennent des photos depuis le bateau sur le Lac des Quatre-Cantons, haut lieu touristique suisse, l’autorisation de faire une copie instantanée de leur photo. Le but de ce projet est d’initier une réflexion sur le thème de l’image touristique.
Et ce mur d’images ?
Ici, ce sont les noms de fichiers qui ont retenu l’attention d’Adrien Cater. Après une recherche de img_001.jpg sur Google images, nous avons sélectionné les 1500 premières et les avons imprimées sur ces petites imprimantes HP. Ici, le facteur déterminant n’est pas le temps, mais le numéro : img_001.jpg indique en général la première photo prise par un appareil numérique.
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installation d’Adrien Cater, Random Access Memory
Copyright protected ?
Le photographe Arthur During a remarqué qu’une de ses oeuvres : raindrops apparaissait sur de nombreux sites Web sans son accord. En réponse, il a réalisé une installation à partir de saisies d’écrans montrant l’utilisation de raindrops dans différents contextes.
Amateur ou professionnel ?
C’est un des thèmes de réflexion de l’exposition. Il y a d’un côté ces professionnels qui font des photos comme des amateurs, avec un pixel grossier, un éclairage peu sophistiqué, qui inventent une nouvelle esthétique plus dans l’air du temps. Il y a aussi des professionnels qui, comme Dag Nordbrenden, reprennent la même scène, avec les mêmes meubles et les mêmes personnes que des photos amateurs prises une quinzaine d’années plus tôt. Au visiteur de savoir détecter la différence du regard.
Un jeune New-Yorkais a pris en photo tous les jours pendant 6 ans sont visage sous le même angle et avec la même expression. Il en résulte une vidéo étonnante projetée sur les murs du musée (il suffit de taper Noah dans Youtube pour la voir).
Etes vous surpris du succès ?
Naturellement, au début nous étions très inquiets. Le démarrage a été un peu lent. Ensuite nous avons eu un pic et maintenant nous nous considérons en vitesse de croisière. Nous pouvons dire aujourd’hui que c’est une exposition qui attire beaucoup de visiteurs.
C’est une exposition sur le phénomène photo amateur - photo professionnelle. Le musée de l’Elysée fonctionne comme un laboratoire. D’autres musées s’intéressent au concept. Nous verrons quel type de débat cela a suscité. Au-delà de la fréquentation physique du musée, nous avons vécu une véritable révolution via le Web. En effet, un débat s’est créé au sein de la blogosphère et en cela cette expérience est une réussite pour nous puisqu’elle a dépassé le cadre du musée. Quant aux chiffres, un peu plus de 34’000 images ont été chargées sur le site de l’exposition en provenance de 133 pays différents. L’autre aspect très intéressant, c’est que les participants ont eu une démarche très artistique, c’est-à-dire qu’ils choisissaient clairement leurs plus belles images puisqu’elles devaient être exposées dans un musée. Ce n’est donc pas du tout le même type d’images que celles que l’on pouvait voir dans l’installation d’Adrien Cater.


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