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Neo Hermes : avez-vous le projet de gérer vos projets ?




Philippe PICHON


Hermes ?

Divinité de l’Olympe, dont il était le messager, Hermes était notamment le dieu du commerce et des voyageurs.
Son nom a été quelque peu galvaudé, mais en ce qui nous intéresse HERMES est le nom d’une méthode de gestion de projets informaTIC, née il y a plus d’une trentaine d’années, et qui fait de plus en plus parler d’elle dans sa version remise au goût du jour à l’occasion des projets NOVE-IT et NEO HERMES.
Pour les férus d’acronymes (accrochez-vous :-)) HERMES signifie Handbuch der Elektronischen Rechenzentren des Bundes, Methode für die Entwicklung von Systemen.

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Processus informatiques dans l’administration fédérale

Une méthode de plus ?

Certes, les chefs de projet qualifiés connaissent tous une ou plusieurs méthodes de conduite de projet, ainsi que les principes généraux qui régissent ce domaine, même si hélas, leur mise en pratique est rarement aussi stricte que la théorie le voudrait.
En fait, peu importe la méthode, ce qui est important est d’en avoir une et bien entendu de l’utiliser. Et bien sûr la méthode ne fait pas tout, d’autres qualités sont nécessaires à un chef de projet et à une entreprise pour réussir.
Mais les nombreuses études qui font ressortir les impressionnants taux d’échecs de projets plaident pour une gestion beaucoup plus rigoureuse.
Alors, pour quelle méthode opter ? Pourquoi pas pour HERMES [5] ? Nous verrons ci-dessous que pas mal d’arguments plaident en sa faveur.

Un encadrement solide

Précisons d’emblée que cette méthode est pour ainsi dire fournie totalement gratuitement puisqu’elle est libre de droits d’utilisation, que la plupart des outils sont OSS (open source software) et qu’elle est fortement soutenue par l’USIC [18] qui est l’état-major du CI [1], donc à un haut niveau politique.
HERMES est en fait la solution technique du processus P05-Elaborer des solutions, l’un des processus informatiques de l’administration fédérale (plus d’informations sur ces processus sur une des pages NOVE-IT [10]).
La directive P007 [13] du CI, qui fait référence à l’OIAF [14], précise d’ailleurs que Tous les projets informatiques doivent être réalisés conformément au système de gestion de projet HERMES ; cette directive est appuyée par la Norme pour la conduite de projets informatiques en cyber-administration, la e-CH-0054 [2], qui fait également la promotion d’HERMES. Bien entendu il peut y avoir débat de juristes pour savoir qui et quels projets sont effectivement obligatoirement soumis à cette méthode, mais le présent article n’est pas publié dans une revue juridique, nous n’allons donc pas nous attarder sur ce sujet épineux.

Une bonne diffusion

La qualité made in Switzerland de cette méthode lui permet d’avoir été adoptée par de nombreux acteurs d’importance, notamment : la Confédération helvétique, des cantons (VD, TI, BE, LU, AR, BL, JU), des villes (Zurich, Bienne, St-Gall, Winterthour), des régies fédérales et des entreprises privées (Swisscom, CFF, La Poste, Bedag, T-Systems, Groupe Mutuel, Yellowworld), des hautes écoles (Université de Fribourg, HES d’Olten, de Soleure, de Berne, de Bâle et HES-SO, la WirtschaftsInformatikSchule Schweiz à Kloten, l’ISEIG à Lausanne).
Des acteurs étrangers, tels le gouvernement luxembourgeois ou l’Union postale universelle, ont d’ores et déjà aussi adopté HERMES, et d’autres contacts sont en cours dans divers pays. Et vous ?
De plus, une communauté d’intéressés organisés en divers groupes de travail, a été créée sous le nom d’HERMES Group [6] ; elle réunit de nombreux utilisateurs et spécialistes.

Multilingue

Issue de la Confédération helvétique, HERMES a hérité du multilinguisme : allemand, français, italien et anglais (désolé pour ceux qui ne parlent que le romanche :-)). En attendant, on trouve aussi un glossaire de 200 termes en 4 langues.
Il faut toutefois avouer qu’il subsiste encore quelques éléments pas encore parfaitement traduits ; mais il faut bien qu’il reste quelques détails à améliorer au cours des 3 prochaines décennies :-). À moins que d’ici là le français fédéral ait remplacé l’Espéranto.

Certification

Il existe relativement beaucoup de certifications possibles pour les chefs de projet. La certification HERMES (possible sur 2 niveaux avec une validité de 4 ans) n’est pas contradictoire, mais complémentaire. Elle n’a rien d’inaccessible pour tout bon professionnel qui veut bien y consacrer un peu de temps pour la préparer (une formation adéquate et une expérience pratique peuvent s’avérer utiles).

Le 1er niveau est le H-SPTP (Swiss Project Team Professional), le second est le H-SPM (Swiss Project Manager).
Dans certains cas cette certification risque de s’avérer indispensable : la stratégie informatique de l’administration fédérale prévoit déjà que les projets à partir de 500 KF (ou ceux qui sont stratégiques ou risqués) devront être exclusivement conduits par des chefs de projet certifiés HERMES.
Il pourrait donc valoir la peine de se faire certifier. Cela se fait auprès de la SAQ [15], elle-même accréditée par le SAS [16].

Formation en ligne

Certaines écoles (par exemple l’IFCAM à Lausanne) proposent des formations et préparations à la certification HERMES, et peuvent organiser des formations en entreprise.
L’OFIT [11] propose également des cours adaptés, mais pour le moment ils ne sont dispensés qu’en allemand.
L’USIC [18] met à disposition des élèves la plate-forme open source de formation en ligne OLAT. Cette solution d’e-learning (ou Learning Management System) est développée par l’Université de Zurich ; elle est diffusée gratuitement et internationalement et mériterait vraisemblablement un article à elle seule.

Une méthode pragmatique

Maintenant que avons quelque peu cerné le problème, passons à plus concret. Certes, on ne fait pas le tour complet d’HERMES en quelques minutes, 30 ans obligent. Il y a pléthore de documentation et d’outils. Heureusement, le principe du tailoring (vous prenez ce dont vous avez besoin) est fort bien intégré, vous n’aurez donc pas à engager des ressources administratives disproportionnées.

Make or buy

La méthode tient compte des options make or buy : lorsque l’on développe en interne, on parlera d’HERMES DS pour développement de système, alors qu’en cas d’acquisition de progiciel on parlera d’HERMES AS pour adaptation de système. Les phases 3 et 4 seront alors Conception et Réalisation, respectivement Évaluation et Implémentation.

Solution en trois axes

Hérité du passé, duquel il ne faut pas forcément tout jeter, le manuel [8] reste un élément central. Il s’agit en fait d’un manuel des connaissances de base, agrémenté d’un manuel spécifique pour les adaptations de systèmes (AS) et d’un autre pour les développements de systèmes (DS).
On trouve aussi un guide HERMES Manager destiné aux mandants, aux membres du comité de projet et aux responsables hiérarchiques, ainsi que diverses publications annexes. Sans parler des nombreux modèles de documents de projet, prévus pour être aisément personnalisés.
Un deuxième axe est constitué par une série d’utilitaires et d’outils :

  • le HSC, pour HERMES Scorecard, pour effectuer un contrôle de gestion du projet ;
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    Un extrait de ScoreCard
  • la SDT, pour Structure Détaillée des Tâches, qui permet de faciliter le tailoring, avec des feuilles Microsoft Excel agrémentées de macros ainsi qu’une fonction d’exportation sous Microsoft Project ;
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    L’aperçu des possibilités de tailoring
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Les tâches sélectionnées exportables
  • TimeWinner, un tout nouveau complément spécifiquement dédié à la gestion des risques ;
  • PowerUser [7], une application électronique à installer sur votre PC pour vous assister dans l’exécution des projets TIC ; c’est sans conteste l’une des pièces de résistance ; l’application génère les fichiers de projet ainsi que différentes check-lists, taillées sur mesure ; un assistant vous guidera. Elle est basée sur le framework libre Eclipse [3] ; un coup d’oeil sur les dizaines d’entreprises d’envergure internationale qui forment l’Eclipse Foundation ne laisse aucun doute sur la solidité de cette solution. L’éditeur interne de PowerUser est OpenOffice. Une fonctionnalité de diagrammes de Gantt est également mise à disposition grâce à une autre solution libre, le GanttProject [4].
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Les tâches sélectionnées, importées sous Microsoft Project
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L’installation de PowerUser peut s’effectuer online ou depuis le CD (actuellement v. 1.1 ; la v. 2 est prévue pour fin 2007). Après l’installation, un guide de démarrage vous assiste

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Le workbench de PowerUser, configurable selon vos désirs. Prévoyez un peu de temps pour le maîtriser à fond

On retrouve dans PowerUser un manuel électronique, ainsi que l’atelier (le workbench), impossible à décrire ici en quelques lignes. Je vous laisse la joie d’en explorer les très nombreuses possibilités.
PowerUser intègre également un logiciel de gestion de sources, pour ceux qui travaillent en groupe : CVS (Concurrent Versions System) ; c’est loin d’être un inconnu, puisque c’est avec l’aide de ce système qu’ont notamment été développés de grands projets open source tels que Gimp, Gnome, KDE, Mozilla ou Xemacs. Il a toutefois maintenant un successeur, nommé Subversion, mais qui en reprend globalement les grands principes.
Enfin, le troisième axe est représenté par le savoir, acquis, capitalisé et librement diffusé. Y compris via le HERMES Group ; il est d’ailleurs aussi possible de s’abonner à la NewsLetter [6].

Conclusion

HERMES mérite (au minimum) l’attention de tout chef de projet qui se respecte. Cette méthode, qui compte environ 6’000 utilisateurs actuellement, est en passe de devenir incontournable pour la gestion de tout projet d’importance dans l’administration fédérale (organisme dont je vous laisse interpréter les subtilités de la définition) et s’étend au-delà.
Alors, si le coeur vous en dit essayez d’y regarder de plus près, votre curiosité pourrait bien être récompensée. Vous pourriez essayer HERMES à l’occasion de votre prochain projet afin de vous faire la main.

Quelques liens

  1. CI, Conseil Informatique de la Confédération. Le CI est responsable de la stratégie générale concernant les TIC au sein de l’Administration Fédérale ; son organisation est décrite ici.
  2. eCH-0054 (norme pour la conduite de projets informatiques, HERMES, eGovernment standards / cyberadministration) : www.ech.ch/index.php ?option=com_docman&task=doc_download&gid=656&Itemid=181&lang=fr. Autres normes eCH adoptées : www.ech.ch/index.php ?option=com_docman&task=cat_view&gid=7&lang=fr.
  3. EPF, Eclipse Process Framework (donc rien à voir ici avec les Écoles Polytechniques Fédérales) : www.eclipse.org/epf.
  4. Gantt Project.
  5. HERMES Homepage (en français). Un nouveau site HERMES ou encore basé sur le CMS OSS PLONE est en cours de réalisation.
  6. HERMES Group. Avec une liste de spécialistes reconnus. Abonnement à la lettre d’information.
  7. HERMES PowerUser.
  8. Manuels HERMES.
  9. IFCAM, Institut suisse pour la Formation des Chefs et Cadres d’entreprise dans les Arts et Métiers.
  10. NOVE-IT (réorganisation, processus informatiques de l’Administration Fédérale).
  11. OFIT, Office Fédéral de l’Informatique et de la Télécommunication (cours HERMES).
  12. OLAT, Online Learning And Training.
  13. Processus P007 (directives pour la conduite de projets informatiques, utilisation d’HERMES).
  14. OIAF et en complément, la LOGA, Loi sur l’Organisation du Gouvernement et de l’Administration.
  15. SAQ, Swiss Association for Quality.
  16. SAS, Service d’Accréditation Suisse (dépendant du SECO).
  17. SUBVERSION (successeur de CVS).
  18. USIC, Unité de Stratégie Informatique de la Confédération. L’USIC publie notamment l’ensemble des normes (contraignantes pour l’Administration fédérale) adoptées par le CI à cette adresse


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